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Velocette : la petite maison de Birmingham qui a gagné le premier championnat du monde
Histoire des marquesVelocetteMoto britannique
Née en 1904 à Birmingham et installée à Hall Green depuis 1927, Veloce Ltd n'a jamais été qu'une petite maison familiale, et elle a pourtant donné au motocyclisme son tout premier champion du monde 350. En 1949, Freddie Frith remporte à quarante ans les cinq Grands Prix qu'il dispute sur une KTT Mk VIII ; Bob Foster récidive en 1950. Suivront la Venom de 499 cm³, la Venom Thruxton de 41 chevaux tirée à 1 108 exemplaires, et ce record de Montlhéry : vingt-quatre heures à 100,05 mph de moyenne, les 18 et 19 mars 1961. La firme s'éteint en février 1971.
Sommaire
- Hall Green : une manufacture familiale au cœur de Birmingham
- Le KTT et l'invention du sélecteur au pied
- 1949-1950 : les deux premiers titres mondiaux des 350
- Venom, Viper et Venom Thruxton
- Montlhéry 1961 : 24 heures à plus de 100 mph
- La LE : la moto silencieuse des bobbies
- Février 1971 : la fin de Hall Green
- Héritage : café racer, Ton-Up Boys et cote de collection
- Tableau récapitulatif
- FAQ
Hall Green : une manufacture familiale au cœur de Birmingham
Tout commence avec un immigré allemand. Johannes Gütgemann débarque en Angleterre en 1876, à dix-neuf ans, s'anglicise en John Taylor puis prend le nom de John Goodman en obtenant la nationalité britannique en 1911. Sa firme, Taylor Gue, approvisionnait l'Ormonde Motor Co. avant d'en reprendre l'activité fin 1904 et de sortir sa première motocyclette, baptisée Veloce, en 1905. L'entreprise deviendra Veloce Ltd et, en 1927, portée par ses premiers succès en course et par des commandes qu'elle n'arrive plus à honorer, s'installera à Hall Green, dans la banlieue sud de Birmingham — une adresse qu'elle ne quittera jamais.
Velocette n'a jamais été une grande usine. Là où Triumph ou BSA produisaient à la chaîne, la petite maison de Birmingham assemblait à la main, avec une obsession de la finition qui deviendra sa signature : noir profond, filets d'or, ajustages soignés. En 1924, Percy Goodman, fils du fondateur, dessine le premier monocylindre maison à arbre à cames en tête, le Model K, produit à partir de 1925. Ce moteur va porter la marque pendant un demi-siècle et l'inscrire, à sa manière, dans l'histoire de la moto tout entière.
Le KTT et l'invention du sélecteur au pied
La consécration arrive vite. En 1926, Alec Bennett remporte le Junior TT de l'île de Man sur une 348 cm³ à arbre à cames en tête avec plus de dix minutes d'avance sur son poursuivant, et Velocette rafle au passage le prix par équipes. Deux ans plus tard, Bennett récidive dans le Tourist Trophy Junior 1928, devant son coéquipier Harold Willis.
Or ce même Harold Willis, ingénieur de développement de la maison, venait de mettre au point un dispositif qui allait changer la moto pour toujours : le sélecteur au pied à rappel positif, ce levier qui revient au centre après chaque passage de rapport. Il fait précisément ses débuts en course sur les Velocette de ce TT 1928, avant d'être généralisé sur les modèles de série, puis copié par toute l'industrie ; il équipe aujourd'hui la quasi-totalité des motos du monde. Peu de marques peuvent revendiquer un tel héritage technique.
En 1929, Veloce Ltd décline sa machine de course victorieuse en KTT, une réplique vendue au public — la formule de la moto de Grand Prix disponible en concession, bien avant les japonaises. La lignée culmine avec le KTT Mk VIII dévoilé au salon de la moto de fin 1938, doté d'un cadre à bras oscillant et de jambes de force pneumatiques Dowty Oleomatic quand la concurrence roulait encore en cadre rigide. Sur des machines d'usine bâties sur ce schéma, Stanley Woods offre à Velocette les Junior TT 1938 et 1939, brisant sept années de domination Norton.
1949-1950 : les deux premiers titres mondiaux des 350
En 1949, la FIM organise le tout premier championnat du monde de vitesse, six manches et cinq catégories : 500, 350, 250, 125 et side-cars 600. C'est la saison inaugurale de ce qui deviendra le championnat du monde MotoGP. En 500, Leslie Graham s'impose sur AJS ; en 250, l'Italien Bruno Ruffo sur Moto Guzzi. Et en 350 cm³, un homme de quarante ans écrase tout le monde.
Freddie Frith, vétéran de Grimsby, dans le Lincolnshire, engage un KTT Mk VIII d'usine équipé du nouveau moteur à double arbre à cames en tête. Il gagne les cinq Grands Prix 350 qu'il dispute — Junior TT compris — et se retrouve champion avec un score parfait, au point de pouvoir faire l'impasse sur la dernière manche à Monza. Freddie Frith devient ainsi le tout premier champion du monde 350 cm³ de l'histoire, puis raccroche dans la foulée.
L'année suivante, Velocette remet ça. Bob Foster, surnommé le « Cheltenham Flyer », déjà vainqueur du Junior TT 1947 à 80,31 mph de moyenne, remporte le titre 350 en 1950 grâce à ses victoires en Belgique, aux Pays-Bas et en Ulster. Deux titres mondiaux pour une entreprise familiale de Birmingham face aux armadas italiennes que l'on retrouvera chez Gilera ou MV Agusta : le rapport de forces était absurde, et pourtant Hall Green a gagné.
Venom, Viper et Venom Thruxton
Retour à la route. En novembre 1955, Velocette présente la Venom, un monocylindre culbuté de 499 cm³ (86 x 86 mm) développant 34 chevaux à 6 200 tr/min pour une pointe de 100 mph, soit 160 km/h. Sa petite sœur la Viper, lancée en même temps, reprend la même architecture en 349 cm³. Deux machines longues, basses, au bruit d'échappement inimitable, qui deviennent des favorites des clubmen anglais.
Le nom qui fera date arrive ensuite. Le circuit de Thruxton, ancien aérodrome près d'Andover, accueillait de longues courses de motos de série — la Nine-Hour puis les 500 Miles. En 1964, Alan Harris et Howard German y remportent la classe 500 sur une Venom Clubman, deux autres Velocette complétant le podium de catégorie. La marque récupère aussitôt le nom pour son haut de gamme, dévoilé à Earls Court en novembre 1964 : la Venom Thruxton.
Culasse à grosses soupapes, carburateur Amal GP, bracelets, commandes reculées, frein avant à double came : la Thruxton sort 41 chevaux et frôle les 120 mph en configuration course. Elle ne sera produite qu'à 1 108 exemplaires. Son sommet ? Le Production TT 1967, première édition de l'épreuve réservée aux motos de série à l'île de Man : Neil Kelly gagne la classe 500 à 89,89 mph de moyenne avec le meilleur tour à plus de 91 mph, Keith Heckles le suit à 89,15 mph. Doublé, et dernière victoire de Velocette au TT.
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Montlhéry 1961 : 24 heures à plus de 100 mph
C'est peut-être l'exploit le plus fou de la marque, et il s'est joué en France. Les 18 et 19 mars 1961, sur l'anneau incliné de l'autodrome de Linas-Montlhéry, une Venom Clubman allégée d'une cinquantaine de livres — garde-boue, phares, batterie, compteur déposés — et coiffée d'un carénage intégral signé Doug Mitchenall, celui qui donnera bientôt la Veeline de série, part à l'assaut du record des 24 heures. Carburateur GP, pot mégaphone : la machine tourne inlassablement autour de 107 mph.
Huit pilotes se relaient, mélange détonnant d'Anglais et de Français : Bertie Goodman, le directeur général de Veloce Ltd en personne, le journaliste Bruce Main-Smith, le jeune Alain Dagan, le plus rapide de tous, et surtout Georges Monneret, alors âgé de 55 ans, accompagné de son fils Pierre Monneret. Une chute coûte une demi-heure de réparations. Au bout des vingt-quatre heures, la moyenne tombe : 100,05 mph, soit 161,01 km/h, pour environ 2 400 miles avalés d'affilée.
Une 500 monocylindre venait de tenir plus de 160 km/h de moyenne pendant une journée entière ; essais compris, le moteur avait couvert quelque 3 800 miles et il ressortit intact du démontage. Plus de soixante ans plus tard, c'est toujours un record que personne n'a jamais repris à une 500 monocylindre. De quoi tenir tête aux grands rendez-vous d'endurance comme le Bol d'Or ou les 24 Heures Motos du Mans.

Un mur nu, c'est un garage qui s'ennuie. Accroche-toi une affiche qui sent l'huile chaude, les anneaux inclinés et les 24 heures pied au plancher.
La LE : la moto silencieuse des bobbies
Il faut imaginer le grand écart. Pendant que ses monocylindres hurlaient sur les circuits, Velocette lançait en 1948 l'objet le plus improbable de son catalogue : la LE, pour « little engine ». Un bicylindre à plat refroidi par eau à soupapes latérales de 149 cm³, porté à 192 cm³ en 1951, transmission par arbre, jambières, radiateur, démarrage au levier. Vitesse de pointe : 50 mph, environ 80 km/h. Prix de lancement : 126 £, quand une BSA Bantam en valait 76.
Le public bouda cette « moto pour tous » un peu austère, mais un client inattendu l'adopta massivement : la police britannique. Plus de cinquante forces de police l'achetèrent, séduites par son silence, sa propreté et sa docilité en patrouille de quartier — au point d'absorber plus de la moitié de la production. Les agents, qui saluaient d'un hochement de tête faute de pouvoir lâcher le guidon, lui valurent son surnom éternel : la « Noddy bike ». Ironie du sort, cette étrange machine devint le plus gros succès commercial de la marque, et la LE resta au catalogue jusqu'au dernier jour de Hall Green.
Février 1971 : la fin de Hall Green
Les années 1960 sont fatales. Velocette tente de sortir de la moto pure avec le scooter Viceroy (1960-1964) : moins de 700 exemplaires vendus, alors que l'outillage avait été financé par un emprunt de 75 000 £ contracté en 1959, dont 45 000 restaient dus à la liquidation. La Vogue lancée en 1963, LE rhabillée de polyester à double optique, n'atteindra que 381 exemplaires. Deux échecs coûteux pour une maison qui n'avait aucune réserve.
Pendant ce temps, le marché bascule. La Honda CB750 Four de 1969 redéfinit ce qu'un motard attend d'une grosse cylindrée, et l'industrie anglaise s'effondre en cascade — le même naufrage qui emportera plus tard la Norton Commando et les Norton rotatives. En février 1971, une assemblée des créanciers vote la liquidation volontaire de Veloce Ltd. La famille Goodman réglera l'intégralité des dettes : jusqu'au bout, la maison aura tenu son rang.
Héritage : café racer, Ton-Up Boys et cote de collection
Velocette n'a pas survécu, mais son vocabulaire, si. La Venom Thruxton est devenue l'un des archétypes du café racer, aux côtés de la BSA Gold Star des Ton-Up Boys et de la Triumph Bonneville. Sur les parkings d'Ace Café, dans l'Angleterre des Rockers contre Mods, un monocylindre de Hall Green réglé au millimètre valait tous les discours.
Aujourd'hui, les KTT Mk VIII d'usine s'échangent à six chiffres en salle des ventes, la Thruxton figure au panthéon des monocylindres anglais aux côtés de la Vincent Black Shadow et de la Brough Superior SS100, et les rassemblements comme Goodwood font encore résonner ce battement lent et lourd. Deux titres mondiaux, un record d'endurance jamais battu, une invention devenue universelle : pour une petite maison de Birmingham, le bilan est vertigineux.
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Tableau récapitulatif
| Repère | Détail |
|---|---|
| Société | Veloce Ltd, usine de Hall Green, Birmingham (depuis 1927) |
| Origines | Reprise d'Ormonde fin 1904, première moto « Veloce » en 1905 |
| Innovation majeure | Sélecteur au pied à rappel positif, Harold Willis, TT 1928 |
| Machine de course | KTT (1929), Mk VIII à bras oscillant dès fin 1938 |
| Titre mondial 1949 | Freddie Frith, 350 cm³, 5 victoires en Grand Prix |
| Titre mondial 1950 | Bob Foster, 350 cm³ (Belgique, Pays-Bas, Ulster) |
| Venom (1955) | 499 cm³, 34 ch à 6 200 tr/min, 100 mph |
| Venom Thruxton | 41 ch, 1 108 exemplaires, doublé au Production TT 1967 |
| Record de Montlhéry | 18-19 mars 1961 : 100,05 mph (161,01 km/h) sur 24 h |
| LE | 1948, bicylindre à plat à eau 149 puis 192 cm³, police britannique |
| Fermeture | Février 1971, liquidation volontaire de Veloce Ltd |
FAQ — Questions fréquentes
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Qui a remporté le tout premier championnat du monde 350 cm³ ?Le Britannique Freddie Frith, sur Velocette KTT Mk VIII, lors de la saison inaugurale de 1949. À 40 ans, il a gagné les cinq Grands Prix 350 qu'il a disputés et n'a même pas eu besoin de courir la dernière manche de Monza.
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Velocette a-t-elle gagné un second titre mondial ?Oui. En 1950, Bob Foster, surnommé le « Cheltenham Flyer », offre à la marque un deuxième titre 350 cm³ consécutif grâce à ses victoires en Belgique, aux Pays-Bas et en Ulster.
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Quel est le record des 24 heures établi par Velocette à Montlhéry ?Les 18 et 19 mars 1961, une Venom Clubman carénée pilotée par huit hommes en relais a couvert 24 heures à 100,05 mph de moyenne, soit 161,01 km/h, sur l'anneau de Linas-Montlhéry. Aucune 500 monocylindre n'a repris ce record depuis.
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Qu'est-ce qu'une Velocette Venom Thruxton ?C'est la version la plus poussée du monocylindre 499 cm³ de la marque, baptisée d'après le circuit anglais de Thruxton. Avec 41 chevaux, une culasse à grosses soupapes et un carburateur Amal GP, elle n'a été produite qu'à 1 108 exemplaires et a signé un doublé au Production TT 1967 avec Neil Kelly et Keith Heckles.
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Qui a inventé le sélecteur de vitesses au pied ?Harold Willis, ingénieur de développement de Velocette, a mis au point le sélecteur au pied à rappel positif à la fin des années 1920. Il a fait ses débuts en course sur les Velocette du Tourist Trophy 1928, avant d'être copié par toute l'industrie.
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Pourquoi la police britannique roulait-elle en Velocette LE ?Lancée en 1948, la LE était un bicylindre à plat refroidi par eau de 149 puis 192 cm³, à transmission par arbre, très silencieux et propre. Plus de cinquante forces de police l'ont adoptée pour les patrouilles de quartier, ce qui lui a valu le surnom de « Noddy bike ».
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Pourquoi Velocette a-t-elle fermé ses portes ?Les échecs commerciaux du scooter Viceroy et de la Vogue, le coût de leur développement et l'arrivée massive des motos japonaises ont eu raison de la petite firme. Veloce Ltd est entrée en liquidation volontaire en février 1971, la famille Goodman réglant l'ensemble des dettes.

