La BSA Gold Star : le monocylindre anglais des Ton-Up Boys

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La BSA Gold Star : le monocylindre anglais des Ton-Up Boys


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Le 30 juin 1937, Wal Handley boucle l'anneau de Brooklands à plus de 107 mph sur une BSA Empire Star et repart avec une étoile d'or. BSA en fait un nom de baptême : la Gold Star, monocylindre assemblé à la main, né en 1938 et produit jusqu'en 1963 en 496, 348 puis 499 cm³. La DBD34 de 1956 pousse le jeu jusqu'à 42 chevaux, 180 km/h et carburateur Amal GP. Reine de la Clubman's TT au point d'en provoquer la suppression, elle devient la monture rêvée des Ton-Up Boys de l'Ace Café avant que Lucas et la bascule vers les twins n'y mettent fin.

Sommaire


Une étoile d'or gagnée à Brooklands

Tout part d'une seule journée de course. Le 30 juin 1937, sur l'anneau de béton de Brooklands, dans le Surrey, un pilote officiellement retraité reprend le guidon pour une pige : Wal Handley, multiple vainqueur du Tourist Trophy. Sa monture est une BSA Empire Star 500, une M23 de série profondément préparée dans l'atelier compétition de l'usine — châssis confié à Len Crisp, moteur à Jack Amott, piston haute compression 13:1, arbres à cames spéciaux, magnéto de course et alimentation au méthanol, pour environ 34 chevaux.

Handley remporte sa course de trois tours à 102,27 mph de moyenne (environ 164 km/h) et signe un meilleur tour à 107,57 mph (près de 173 km/h). Or Brooklands récompensait d'un badge doré, la Brooklands Gold Star, tout pilote bouclant un tour à plus de 100 mph en course. Handley repart donc avec son étoile d'or — et BSA avec un nom de baptême en or massif. Le service commercial ne laisse pas passer l'occasion : la sportive à venir s'appellera Gold Star. Rarement un nom de modèle aura eu une origine aussi littérale, dans une époque où les Anglais bâtissaient déjà leur légende à coups de records, comme la Brough Superior SS100.


BSA : des fusils de Birmingham aux motos

Derrière ces trois lettres se cache la Birmingham Small Arms Company, fondée en 1861 dans le Gun Quarter de Birmingham par quatorze armuriers réunis en association, qui avaient fourni des armes au gouvernement britannique pendant la guerre de Crimée. La bicyclette arrive dans les années 1880, un premier deux-roues motorisé expérimental à moteur Minerva en 1905, et la première BSA de série, la 3½ HP, est présentée au salon d'Olympia en 1910 pour la saison 1911.

À son apogée, BSA est tout simplement le plus gros constructeur de motos du monde, un empire industriel qui absorbera même Triumph en 1951. Dans l'Angleterre d'après-guerre, BSA, Triumph, Norton, Royal Enfield et Vincent se partagent un marché mondial que personne n'imagine alors leur reprendre.


Un monocylindre assemblé à la main

La première M24 Gold Star est prête à l'automne 1937 et exposée au salon d'Olympia en novembre, pour le millésime 1938. Son monocylindre culbuté de 496 cm³ troque la fonte contre l'alliage léger pour le cylindre et la culasse, avec des carters de boîte en Electron, un alliage de magnésium. Comptez 28 chevaux garantis au banc, avec deux taux de compression au catalogue : 7,75:1 à l'essence, 12,5:1 en carburant alcoolisé. La guerre coupe net l'aventure : Brooklands ferme en 1939 et BSA retourne à l'armement.

Le vrai règne commence après-guerre. La B32 de 348 cm³ tout alliage arrive en 1948 — elle devient ZB32 avec le millésime 1949 —, suivie de la ZB34 de 499 cm³ en 1949. Puis les générations s'enchaînent : BB en 1953 avec le cadre à bras oscillant, CB en 1954 et son fameux gros ailetage, DB en 1955, enfin la DBD34 en 1956, uniquement en 500. Le 350 poursuivra sa carrière sous l'appellation DB32 jusqu'à la fin.

La Gold Star n'est pas une moto de série ordinaire : chaque moteur est assemblé à la main puis passé au banc individuellement. Surtout, elle se commande dans un catalogue d'options vertigineux — route, Clubman, scrambles, trial, Daytona ou Catalina — avec rapports de boîte, pont, carburateur, guidon et échappement à la carte. Une même référence pouvait ainsi partir en course de côte, en tout-terrain ou sur route.


DBD34 Clubman : une machine de course livrée avec des phares

La version qui a construit le mythe, c'est la DBD34 Clubman de 1956. Sur le papier, la fiche a de quoi faire pâlir bien des sportives de l'époque : 499 cm³, 42 chevaux à 7 000 tr/min, un énorme carburateur Amal GP de 1 pouce et demi (38 mm) à pipe cloche, un échappement fortement galbé terminé par un silencieux « trompette » abondamment copié, et une boîte RRT2 à rapports ultra-rapprochés montée sur roulements à aiguilles. Le tout pour 110 mph, soit environ 180 km/h.

Ajoutez les guidons bracelets plongeants, le réservoir chromé et une première tellement longue qu'elle emmène la moto à près de 97 km/h avant de passer la seconde, et vous obtenez une moto tout sauf commode en ville : ralenti capricieux, embrayage dur, démarrage au kick qui se mérite. Personne ne s'en plaignait. La Gold Star n'était pas achetée pour aller au travail, mais pour faire le ton — les fameux 100 mph — et le prouver.

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Clubman's TT : une domination qui a tué la course

Créée en 1947, lors du retour des courses sur l'île de Man, la Clubman's TT était réservée aux machines de série pilotées par des amateurs licenciés en club — exactement le terrain de jeu rêvé pour une moto de catalogue préparée en usine. Résultat : la Gold Star remporte la Junior Clubman's chaque année de 1949 à 1956, huit éditions d'affilée, et s'empare aussi de la Senior à partir de 1954, avec Alistair King.

Les chiffres disent tout. En 1955, 33 des 37 machines engagées en Junior Clubman's étaient des Gold Star 350 ; la même semaine, Eddie Dow s'imposait en Senior Clubman's sur une 500, disputée cette année-là sur le petit circuit du Clypse. En 1956, Bernard Codd réalisait le doublé Junior + Senior sur Gold Star, avec 54 des 55 engagés en Junior montés sur une Goldie. Une catégorie de production transformée en coupe monotype involontaire : la Clubman's TT fut purement et simplement supprimée après 1956. Peu de motos peuvent se vanter d'avoir tué la course qu'elles dominaient, sur le Mountain Course de surcroît.

Le palmarès ne s'arrête pas au bitume : en 1956, Chuck Minert remporte le Catalina Grand Prix californien sur une Gold Star modifiée, succès si retentissant que BSA commercialisera de 1959 à 1963 une réplique baptisée Gold Star Catalina. Sur les terrains de scrambles britanniques, le gros mono règne aussi sur une bonne partie des années 1950, à l'époque où les Anglais célébraient encore leur suprématie mécanique dans des rendez-vous comme Goodwood.


Ace Café, Ton-Up Boys et café racers

C'est dans la rue, pourtant, que la « Goldie » devient une icône. Dans l'Angleterre des années 1950-1960, une jeunesse en blouson de cuir se retrouve dans les transport cafés ouverts la nuit le long des grands axes — l'Ace Café, sur la North Circular Road londonienne, en tête. On y glisse une pièce dans le juke-box, on file jusqu'à un point de repère convenu et on tente de rentrer avant la fin du morceau. Ce jeu, et le culte des 100 mph, ont donné leur nom aux Ton-Up Boys et façonné le style que l'on connaît sous le nom de café racer.

Dans ce décor, la Gold Star coche toutes les cases : elle est homologuée route, elle passe le ton d'origine, elle a le guidon bas et le look de course. Elle devient la monture rêvée des Ton-Up Boys, aux côtés des Triumph et des hybrides « Triton » (moteur Triumph, cadre Norton). Cette culture-là s'inscrit dans un affrontement générationnel devenu mythique, celui des Mods contre Rockers, cousin britannique des greasers américains. Et quand on cite les grandes routières anglaises de comptoir, la Triumph Bonneville T120 reste sa rivale la plus directe.

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La chute : une magnéto, des twins et un naufrage

La Gold Star s'éteint en 1963. La cause immédiate est presque triviale : Lucas cesse de produire la magnéto utilisée par la série B, et BSA refuse d'engager les frais d'une refonte du moteur alors que l'industrie bascule vers les alternateurs et les blocs-moteurs à carters unifiés. Le fond du problème est plus large : un mono assemblé à la main coûte cher, le marché se tourne vers les twins et les petites cylindrées, et la réglementation sur le bruit ne fait pas de cadeau à un échappement de course. Le dernier lot de 350 DB32 quitte l'usine en 1963. Le nom survivra brièvement sur la Rocket Gold Star (1962-1963), un twin 646 cm³ dans une partie-cycle de Goldie, tiré à seulement 1 584 exemplaires.

La suite est celle de toute l'industrie britannique. Débordé par des japonaises mieux finies et mieux vendues — la Honda CB750 Four de 1969 sonne la fin de la récréation —, le groupe BSA s'effondre. En 1972, il est au bord de la faillite ; un plan de sauvetage gouvernemental fusionne l'année suivante ses activités motos avec Norton-Villiers pour former Norton Villiers Triumph en 1973. Le sigle BSA disparaît de l'enseigne. Il faudra attendre le rachat de la marque par Classic Legends, filiale du groupe indien Mahindra, en 2016, puis le lancement d'une nouvelle Gold Star 650 monocylindre au début des années 2020, pour revoir l'étoile d'or sur un réservoir neuf.


Tableau récapitulatif

Repère Détail vérifié
Constructeur Birmingham Small Arms Company (BSA), fondée en 1861, première BSA de série en 1910
Origine du nom Brooklands Gold Star décernée à Wal Handley le 30 juin 1937 (tour en course à plus de 100 mph)
Performance fondatrice 102,27 mph de moyenne, meilleur tour à 107,57 mph, sur BSA Empire Star 500 (M23) au méthanol
Production 1938-1939 (M24), puis 1948-1963 pour la lignée d'après-guerre
Cylindrées 496 cm³ (M24), 348 cm³ (série 32), 499 cm³ (série 34)
DBD34 Clubman (1956) 499 cm³, 42 ch à 7 000 tr/min, Amal GP 1"1/2, boîte RRT2, environ 180 km/h
Palmarès phare Junior Clubman's TT gagnée chaque année de 1949 à 1956, Senior à partir de 1954 ; 33 des 37 engagés en Junior 1955 ; doublé Bernard Codd 1956
Fin Arrêt en 1963 (fin de la magnéto Lucas, coûts, bascule vers les twins)
Fin de BSA Fusion avec Norton-Villiers en 1973 au sein de Norton Villiers Triumph

FAQ — Questions fréquentes

D'où vient le nom « Gold Star » ?
De la Brooklands Gold Star, un badge doré décerné aux pilotes bouclant un tour à plus de 100 mph en course sur l'anneau de Brooklands. Wal Handley l'a obtenue le 30 juin 1937 sur une BSA Empire Star 500 préparée, et BSA a repris le nom pour sa nouvelle sportive.

Quelles cylindrées la BSA Gold Star a-t-elle connues ?
Deux principalement : 348 cm³ pour les modèles 32 et 499 cm³ pour les modèles 34, la toute première M24 de 1938 affichant pour sa part 496 cm³. Toutes sont des monocylindres quatre-temps culbutés.

Pourquoi la DBD34 est-elle la plus recherchée ?
Parce que c'est la version ultime, apparue en 1956 et proposée uniquement en 500 : 42 chevaux à 7 000 tr/min, carburateur Amal GP de 1 pouce et demi, boîte RRT2 à rapports très rapprochés, guidons bracelets et environ 180 km/h.

Pourquoi la Clubman's TT a-t-elle été supprimée ?
Parce que la Gold Star l'avait vidée de tout suspense. Elle a gagné la Junior Clubman's chaque année de 1949 à 1956 et la Senior à partir de 1954. En 1955, 33 des 37 engagés en Junior étaient des Gold Star 350, et en 1956 Bernard Codd a signé le doublé Junior-Senior devant un plateau de 55 partants dont 54 Goldies. La catégorie a été abandonnée après cette édition 1956.

Pourquoi BSA a-t-elle arrêté la Gold Star en 1963 ?
Lucas a cessé de fabriquer la magnéto utilisée par la série B, et BSA n'a pas voulu financer la modernisation du moteur. S'y ajoutent le coût d'un mono assemblé à la main, la réglementation sur le bruit et le basculement du marché vers les twins.