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La Vincent Black Shadow (1948) : la moto la plus rapide de son temps
Sommaire
- Vincent HRD, l'atelier de Stevenage
- Un V-twin de 998 cm³ hors normes
- « Black Shadow » : le moteur noir et le gros compteur
- La Black Lightning et le maillot de bain de Rollie Free
- Philip Vincent et Phil Irving, deux génies obstinés
- Un trésor de collection quasi introuvable
- Tableau récapitulatif
- FAQ
Vincent HRD, l'atelier de Stevenage
Quand on parle des grandes marques anglaises, on cite d'instinct Triumph ou Norton. Pourtant, la firme la plus radicale de l'âge d'or britannique s'appelait Vincent. Tout commence en 1928, quand le jeune Philip Vincent rachète pour 450 livres le nom de la marque en faillite HRD, fondée par l'aviateur Howard Raymond Davies. L'affaire, renommée Vincent HRD Co., Ltd, installe sa production à Stevenage, dans le Hertfordshire.
Là où la plupart des constructeurs de l'époque achetaient des moteurs à des fournisseurs, Vincent voulait tout concevoir lui-même. Après un désastreux Tourist Trophy de l'île de Man en 1934, il décide de développer ses propres mécaniques, une philosophie d'ingénieur qui n'est pas sans rappeler celle des grands twins britanniques comme la Norton Commando ou l'intemporelle Triumph Bonneville T120. Cette exigence maison va faire de Vincent une marque à part, adulée des puristes autant que redoutée de la concurrence.
Un V-twin de 998 cm³ hors normes
Au cœur de la Black Shadow bat un V-twin à 50° refroidi par air de 998 cm³, avec une cote de 84 mm d'alésage pour 90 mm de course. Sa puissance annoncée grimpe à 55 chevaux à environ 5 500 tr/min, un chiffre proprement stupéfiant pour 1948. À titre de comparaison, les grosses cylindrées anglaises de l'époque plafonnaient bien en dessous.
Le résultat sur la route est vertigineux. La Black Shadow est créditée d'une vitesse de pointe d'environ 200 km/h (125 mph), et un prototype avait déjà atteint 122 mph lors des essais de mise au point. Elle devient ainsi la moto de série la plus rapide du monde à sa sortie, un titre que Vincent affiche fièrement dans sa publicité. Pour une machine de la fin des années 1940, c'est un bond en avant que le monde à deux roues ne reverra qu'avec la vague des japonaises, de la Honda CB750 Four aux missiles modernes tels que la Suzuki Hayabusa.
La Vincent ne se contentait pas de la ligne droite : cadre servant de réservoir d'huile, suspension arrière triangulée, double frein sur chaque roue, réglages multiples… Chaque détail trahissait une obsession de l'ingénierie rare pour l'époque.
« Black Shadow » : le moteur noir et le gros compteur
D'où vient ce nom d'ombre noire ? Tout simplement de la finition du bloc-moteur. Philip Vincent décréta que la mécanique serait peinte en noir, à l'aide d'un apprêt anticorrosion (le « pyluminising ») recouvert d'un émail noir cuit au four. Cette robe sombre, à la fois protectrice et spectaculaire, distinguait immédiatement la Shadow de sa sœur plus sage, la Rapide, dont le moteur restait clair.
L'autre signature, c'est son immense compteur Smiths chronométrique de 5 pouces, gradué jusqu'à 150 mph. Ce cadran géant, planté au sommet du guidon, n'était pas qu'un gadget : il affichait une promesse. Peu de motards de l'époque osaient explorer le haut de cette échelle, mais tous savaient qu'elle n'était pas là pour décorer. Ce mélange de menace et d'élégance a fait de la Black Shadow une icône visuelle, au même titre que les grandes machines qui figurent dans notre panorama des motos homologuées route les plus rapides.
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La Vincent est un graal inaccessible ; une miniature prolonge le sujet du collectionnisme et permet de posséder la légende à échelle réduite.
La Black Lightning et le maillot de bain de Rollie Free
Si la Black Shadow était déjà une bombe, Vincent alla plus loin encore avec la Black Lightning, sa version course. Allégée à l'extrême, dotée de pièces en alliage de magnésium et débarrassée de tout équipement routier, elle développait environ 70 chevaux. À peine 31 exemplaires furent construits, ce qui en fait l'une des motos les plus rares jamais produites.
C'est sur une Black Lightning que se joue l'un des épisodes les plus mythiques de l'histoire moto. Le 13 septembre 1948, sur le lac salé de Bonneville, dans l'Utah, l'Américain Rollie Free vise le record de vitesse national. Sa combinaison de cuir claque dans le vent et le freine. Alors, dans un geste devenu légendaire, il se déshabille et repart en simple maillot de bain, chaussures de toile et bonnet de bain, allongé à plat ventre sur la moto, jambes tendues vers l'arrière, guidant l'engin en suivant une ligne noire peinte sur le sel.
Le résultat tombe : 150,313 mph, soit près de 242 km/h de moyenne. La photo de cet homme quasi nu couché sur sa Vincent lancée à pleine vitesse est devenue l'une des images les plus célèbres du sport moto. Ce goût du record absolu, on le retrouve dans notre récit du Pikes Peak, cette autre quête de vitesse extrême où l'homme et la machine se jettent ensemble dans le vide.
Philip Vincent et Phil Irving, deux génies obstinés
Derrière la légende, il y a un duo. Philip Conrad Vincent, le fondateur visionnaire, financé au départ par la fortune familiale issue de l'élevage de bétail en Argentine, et l'ingénieur australien Phil Irving, cerveau mécanique de la maison. L'anecdote veut que, face aux réticences internes, Irving et le pilote George Brown aient construit en douce deux machines à la nouvelle spécification pour prouver leur idée. C'est de cette insolence d'ingénieurs qu'est née la Black Shadow.
Cette culture de l'artisan-inventeur, qui préfère tout repenser plutôt que suivre la mode, irrigue toute l'histoire britannique de la moto, celle-là même qui a nourri la naissance du café racer dans l'Angleterre des années 50-60. Vincent HRD en fut le sommet technique, hélas trop coûteux à produire pour survivre à la concurrence de masse.
Un trésor de collection quasi introuvable
La production de la Black Shadow s'étale de 1948 à 1955, avec un total officiel de 1 774 exemplaires répartis sur trois séries. Écrasée par des coûts de fabrication trop élevés, la marque cesse toute production en 1955, refermant l'un des plus beaux chapitres de l'ingénierie anglaise.
Aujourd'hui, une Vincent en bon état est un graal de collectionneur. Les Black Shadow s'échangent pour des sommes considérables, mais c'est la Black Lightning qui affole les enchères : en janvier 2018, un exemplaire de 1951 ayant établi un record de vitesse en Australie a été adjugé 929 000 dollars chez Bonhams à Las Vegas, un record du monde pour une moto vendue aux enchères. Rareté, palmarès et beauté brute : la Vincent coche toutes les cases du mythe.
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Tableau récapitulatif
| Caractéristique | Vincent Black Shadow (1948) |
|---|---|
| Constructeur | Vincent HRD, Stevenage (Angleterre) |
| Moteur | V-twin à 50°, refroidi par air, 998 cm³ |
| Alésage × course | 84 mm × 90 mm |
| Puissance | Env. 55 ch à ~5 500 tr/min |
| Vitesse de pointe | Env. 200 km/h (125 mph) |
| Compteur | Smiths 5 pouces gradué à 150 mph |
| Poids à sec | Env. 208 kg (458 lb) |
| Production | 1948-1955, 1 774 exemplaires |
| Version course | Black Lightning, ~70 ch, 31 exemplaires |
| Record 1948 | Rollie Free, Bonneville, 150,313 mph (≈242 km/h) |
FAQ — Questions fréquentes
Pourquoi la Vincent s'appelle-t-elle « Black Shadow » ?
Le nom vient de la finition de son moteur, entièrement peint en noir grâce à un apprêt anticorrosion recouvert d'émail noir cuit au four. Cette robe sombre distinguait la Shadow de la Rapide, dont le moteur restait clair.
Quelle était la vitesse de pointe de la Black Shadow ?
Environ 200 km/h (125 mph), ce qui en faisait la moto de série la plus rapide du monde à sa sortie en 1948. Son grand compteur Smiths était d'ailleurs gradué jusqu'à 150 mph.
Qui était Rollie Free et qu'a-t-il accompli ?
Rollie Free était un pilote américain qui, le 13 septembre 1948 à Bonneville, a établi un record de vitesse à 150,313 mph (près de 242 km/h) sur une Vincent Black Lightning. Pour gagner en aérodynamisme, il roula en maillot de bain, allongé à plat sur la moto.
Quelle est la différence entre la Black Shadow et la Black Lightning ?
La Black Lightning est la version course de la Black Shadow : allégée, équipée de pièces en magnésium et dépouillée de tout équipement routier, elle développait environ 70 ch. Seuls 31 exemplaires furent construits.
Combien vaut une Vincent aujourd'hui ?
Ce sont des motos de collection très recherchées. En janvier 2018, une Black Lightning de 1951 a été adjugée 929 000 dollars chez Bonhams, un record du monde pour une moto vendue aux enchères.

