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La Brough Superior SS100 : « la Rolls-Royce des motos »
Sommaire
- George Brough, l'obsédé de la perfection
- « The Rolls-Royce of Motorcycles » : un slogan béni par Rolls-Royce
- La SS100 : chaque exemplaire garanti à 160 km/h
- Un luxe assemblé deux fois, presque sur-mesure
- Lawrence d'Arabie, le passionné foudroyé
- Rareté extrême et records d'enchères
- La renaissance moderne de la marque
- Tableau récapitulatif
- FAQ
George Brough, l'obsédé de la perfection
L'histoire commence à Nottingham, en Angleterre. Fils du constructeur William E. Brough, dans les motos depuis 1902, le jeune George Brough grandit au milieu des moteurs et des ateliers. Mais le fils voit plus grand — et surtout plus beau — que le père. En 1919, il lance sa propre marque et lui donne un nom sans fausse modestie : Brough Superior. La légende raconte que William, vexé, aurait ironisé en demandant si la sienne devenait dès lors la « Brough Inferior ».
Là où l'industrie naissante privilégie déjà la production de masse — la mécanisation de la moto bat son plein dans ces années-là —, George Brough choisit la voie inverse : celle de la rareté absolue et de la finition parfaite. Chaque machine sortant de son atelier de Haydn Road devait être la plus rapide, la plus luxueuse et la mieux construite de son époque. Un pari d'artisan à contre-courant, à l'heure où les grandes marques britanniques visaient le plus grand nombre.
« The Rolls-Royce of Motorcycles » : un slogan béni par Rolls-Royce
La formule qui allait définir la marque ne vient pas de George Brough lui-même, mais d'un journaliste. En 1923, le testeur H. D. Teague, du magazine The Motor Cycle, essaie une Brough Superior SS80 et la décrit comme « the Rolls-Royce of Motorcycles ». La comparaison est trop belle pour ne pas la reprendre : Brough l'utilise aussitôt dans sa publicité.
Problème : chez Rolls-Royce, la récupération du prestigieux nom déplaît. Selon la version la plus racontée, un représentant du constructeur automobile se déplace à l'usine pour vérifier si l'atelier est digne de la comparaison. George Brough aurait mis en scène ses ouvriers en blouses et gants blancs, assemblant les moteurs comme des horlogers. Le délégué, impressionné par cette propreté quasi chirurgicale, aurait donné son accord. Brough Superior obtenait ainsi une caution officielle unique dans l'histoire de la moto — un argument marketing qui vaut de l'or.
La SS100 : chaque exemplaire garanti à 160 km/h
En 1924, George Brough présente son chef-d'œuvre : la SS100, pour Super Sports 100. Le nom n'est pas une promesse en l'air. Chaque machine était livrée avec un certificat garantissant qu'elle avait dépassé les 100 mph (soit environ 160 km/h) lors d'un essai réel, souvent piloté par Brough en personne sur la piste de Brooklands. Un chiffre proprement stupéfiant pour l'époque, quand la plupart des automobiles peinaient à atteindre la moitié de cette vitesse.
Au cœur de la bête : un V-twin de 998 cm³ à soupapes en tête, fourni par le spécialiste J.A. Prestwich (JAP) de Tottenham, développant autour de 50 ch. À partir de 1936, la SS100 adopte un moteur Matchless V-twin encore plus musclé. La moto restera au catalogue jusqu'en 1940, l'entrée en guerre sonnant le glas de la production. Cette course à la vitesse pure annonçait déjà l'esprit des motos les plus rapides du monde, des décennies avant les hypersportives modernes.
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Un luxe assemblé deux fois, presque sur-mesure
Ce qui distingue vraiment une Brough Superior, c'est son obsession du détail. La SS100 fut l'une des premières motos réellement « custom » au sens moderne : Brough choisissait les meilleurs composants chez différents fournisseurs plutôt que de tout fabriquer lui-même, puis les assemblait selon les désirs précis de chaque client. Même les guidons étaient cintrés individuellement à la morphologie de l'acheteur.
Plus fou encore : chaque machine était montée deux fois. Un premier assemblage servait à ajuster tous les éléments à la perfection ; la moto était ensuite entièrement démontée, chaque pièce peinte ou nickelée avec soin, avant un remontage final. Un rituel d'orfèvre qui explique le prix : 170 livres en 1925, soit l'équivalent de plusieurs années de salaire ouvrier — le prix d'une petite maison. Ce culte du travail bien fait rappelle celui des grands twins britanniques qui firent la réputation de l'île.
Lawrence d'Arabie, le passionné foudroyé
Aucune moto n'est aussi intimement liée à un homme que la Brough Superior à Thomas Edward Lawrence, le mythique « Lawrence d'Arabie ». L'officier et écrivain, héros de la révolte arabe de 1916-1918, était un passionné absolu de la marque. Il en posséda sept au cours de sa vie, qu'il surnommait toutes « Boanerges » (« fils du tonnerre », en référence biblique) et numérotait de George I à George VII.
Le 13 mai 1935, à 46 ans, Lawrence roule sur sa SS100 de 1932 près de son cottage de Clouds Hill, dans le Dorset. Pour éviter deux jeunes cyclistes surgis sur la route étroite, il fait une embardée, est éjecté et se fracture le crâne. Il ne reprendra jamais connaissance et meurt six jours plus tard, le 19 mai 1935. Détail d'une immense portée : le neurochirurgien qui le soigna, Hugh Cairns, fut si marqué par cette mort qu'il consacra des années à étudier les traumatismes crâniens des motards — des travaux considérés comme pionniers dans l'histoire du casque. Bien avant les débats actuels sur le choix d'un bon casque, la disparition de Lawrence aura indirectement sauvé d'innombrables vies.
Rareté extrême et records d'enchères
Environ 383 SS100 seulement furent construites entre 1924 et 1940 (dont 69 dès l'année 1925), tous types de moteurs confondus. Sur ce total, on estime qu'il en subsiste aujourd'hui bien moins encore en état de rouler. Cette rareté extrême, additionnée au prestige de la marque et au mythe Lawrence, fait de chaque exemplaire un graal absolu pour les collectionneurs.
Résultat : des prix vertigineux en salle des ventes. En mars 2019, chez H&H Classics au National Motorcycle Museum de Birmingham, une SS100 de 1930 — vendue à l'état de « puzzle » démonté, non restaurée — a atteint le record mondial de 425 500 livres (environ 561 000 dollars). Une somme qui rivalise avec celle des automobiles de collection, et qui confirme la place à part de la Brough dans le patrimoine motocycliste mondial.
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La renaissance moderne de la marque
On aurait pu croire le nom éteint à jamais. Il n'en est rien. En 2008, le spécialiste britannique Mark Upham rachète les droits de la marque Brough Superior. Puis, en 2013, il s'associe au designer français Thierry Henriette, patron de Boxer Design à Toulouse, pour faire renaître la légende. Une SS100 entièrement nouvelle est dévoilée au Salon de Milan (EICMA) cette année-là.
Cette réinterprétation contemporaine conserve l'esprit — le luxe, la fabrication artisanale, le V-twin — mais bascule dans la modernité avec un moteur refroidi par liquide, à double arbre à cames en tête, et une fabrication en petite série depuis la France. La Brough Superior nouvelle génération reste fidèle à sa devise : peu d'exemplaires, un prix élevé et une qualité d'exception. Preuve qu'un nom mythique, comme tant d'autres légendes britanniques ressuscitées, peut traverser près d'un siècle sans perdre son âme.
Tableau récapitulatif
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Marque | Brough Superior, fondée en 1919 par George Brough à Nottingham (Angleterre) |
| Modèle | SS100 (Super Sports 100), présentée en 1924 |
| Production | Environ 383 exemplaires (1924-1940) |
| Moteur | V-twin JAP 998 cm³ (~50 ch), puis Matchless à partir de 1936 |
| Performance garantie | 100 mph (~160 km/h), testée pour chaque machine |
| Prix d'origine | 170 £ en 1925 (une fortune pour l'époque) |
| Surnom | « The Rolls-Royce of Motorcycles » (H. D. Teague, 1923) |
| Propriétaire célèbre | T. E. Lawrence (« Lawrence d'Arabie »), 7 exemplaires ; mort sur sa SS100 le 19 mai 1935 |
| Record d'enchères | 425 500 £ (SS100 de 1930), H&H Classics, mars 2019 |
| Renaissance | Droits rachetés en 2008 (Mark Upham) ; nouvelle SS100 dévoilée en 2013 avec Boxer Design (Toulouse) |
FAQ — Questions fréquentes
Pourquoi la Brough Superior est-elle appelée « la Rolls-Royce des motos » ?
La formule fut employée en 1923 par le journaliste H. D. Teague, du magazine The Motor Cycle, pour décrire la qualité exceptionnelle de la marque. George Brough obtint ensuite l'accord de Rolls-Royce pour l'utiliser officiellement dans sa publicité, après une visite d'usine restée célèbre.
Quelle vitesse pouvait atteindre la SS100 ?
Chaque SS100 était livrée avec la garantie d'avoir dépassé les 100 mph, soit environ 160 km/h, lors d'un essai réel — une performance extraordinaire pour les années 1920 et 1930.
Quel est le lien entre la Brough Superior et Lawrence d'Arabie ?
T. E. Lawrence, dit « Lawrence d'Arabie », était un passionné de la marque : il posséda sept Brough Superior. Il trouva la mort le 19 mai 1935, six jours après un accident survenu au guidon de sa SS100 près de Clouds Hill, dans le Dorset.
Combien de SS100 ont été fabriquées ?
Environ 383 exemplaires furent produits entre 1924 et 1940, chacun assemblé quasiment sur mesure. Cette rareté extrême explique les prix records atteints aujourd'hui en vente aux enchères.
La marque Brough Superior existe-t-elle encore ?
Oui. Les droits ont été rachetés en 2008 par Mark Upham, et une SS100 entièrement nouvelle a été dévoilée en 2013 grâce à un partenariat avec le designer Thierry Henriette (Boxer Design, Toulouse). La marque produit toujours des motos de luxe en petite série.

