Spa-Francorchamps à moto : le plus rapide et le plus beau des circuits routiers

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Spa-Francorchamps à moto : le plus rapide et le plus beau des circuits routiers


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Tracé dès 1921 sur les routes publiques du triangle Francorchamps-Malmedy-Stavelot, Spa a longtemps aligné 14,100 km de vallonnements ardennais. Barry Sheene y signa en 1977, sur sa Suzuki RG500, la course la plus rapide de l'histoire des Grands Prix moto : 217,370 km/h de moyenne, un record jamais battu depuis. Le raccourcissement de 1979 ramena le circuit à 6,947 km sans lui ôter le Raidillon de l'Eau Rouge et sa montée aveugle à plus de 18 % de pente. Wayne Rainey y remporta le dernier Grand Prix moto de Belgique en 1990 ; l'endurance, elle, y est revenue en 2022.

Sommaire


Un triangle de routes ardennaises

Tout commence en 1921. Jules de Thier, patron du quotidien liégeois La Meuse, et le pilote Henri Langlois van Ophem cherchent un terrain de jeu pour relancer la compétition après la Grande Guerre. Ils le trouvent dans les Ardennes belges : le triangle de routes publiques reliant Francorchamps, Malmedy et Stavelot fera l'affaire. Près de quinze kilomètres de départementales vallonnées, de virages de village et de longues lignes droites bordées d'arbres.

Détail savoureux pour un blog moto : la toute première course disputée sur le tracé, le 12 août 1921, ne fut pas une épreuve automobile. Le Grand Prix voitures prévu fut annulé faute d'engagés — un seul pilote inscrit — et la fédération motocycliste belge s'engouffra dans la brèche. Ce sont donc 23 motos qui inaugurèrent le circuit, le Britannique Hubert Hassall s'imposant en 500 sur Norton à quelque 90 km/h de moyenne. Spa est né du deux-roues avant d'appartenir aux quatre : la première course automobile attendra 1922.

En 1939, une modification décisive intervient : l'épingle lente de l'Ancienne Douane, au fond du vallon de l'Eau Rouge, est remplacée par une montée directe et rapide baptisée le Raidillon. Le circuit passe alors de 14,982 à 14,100 km et gagne encore en vitesse. C'est ce tracé-là, celui de tous les records, qui servira jusqu'en 1978 et qui a fait de Spa l'égal du Nürburgring Nordschleife, du Tourist Trophy et du TT d'Assen : un circuit routier, pas une piste dessinée sur une feuille blanche.


Le Raidillon de l'Eau Rouge et les virages de légende

Le Raidillon de l'Eau Rouge est probablement l'enchaînement le plus célèbre de la planète course. Une descente qui plonge vers un pont, un gauche sec au point bas, puis une montée aveugle en droite-gauche dont on ne voit jamais la sortie avant d'y être. Le dénivelé du site atteint 102,2 mètres entre le point haut et le point bas, et la pente y dépasse localement 18 %. À moto, la compression en bas et l'allègement au sommet se succèdent en moins de trois secondes : la machine s'écrase, puis se vide de son poids au moment précis où il faudrait de l'adhérence.

Sur l'ancien tracé, le Raidillon n'était pourtant qu'un préambule. Venaient ensuite Burnenville, un immense droit traversant le village à plus de 200 km/h sans le moindre dégagement, puis le Masta Kink, une chicane gauche-droite prise à pleine charge au milieu de la ligne droite de Masta, que Jackie Stewart tenait pour le virage le plus difficile du monde. Restaient encore Stavelot, puis l'interminable gauche de Blanchimont et l'épingle de La Source. Entre les rails de sécurité, les maisons et les fossés, la marge d'erreur était nulle — un contexte que l'on ne retrouve plus guère aujourd'hui que sur le circuit de Guia à Macao. Pour comprendre ce que ces courbes exigent réellement du pilote, notre guide sur la trajectoire en virage reste une bonne mise en jambes.

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Le Grand Prix moto le plus rapide de l'histoire

Le Grand Prix de Belgique figure au calendrier du championnat du monde de vitesse dès 1949, année de création de la discipline, et y restera jusqu'en 1990. Spa en accueille toutes les éditions à une exception près. Le recordman de l'épreuve s'appelle Giacomo Agostini, avec huit victoires en 500, la première en 1966, l'année de son premier titre dans la catégorie reine.

Mais le chiffre qui résume Spa tient en trois décimales. Le 3 juillet 1977, Barry Sheene remporte la course des 500 à 217,370 km/h de moyenne (135,067 mph), avec un meilleur tour bouclé à 220,721 km/h. C'est, encore aujourd'hui, la course la plus rapide de l'histoire des Grands Prix moto, toutes époques et toutes catégories confondues. Sa Suzuki RG500 à quatre cylindres deux-temps — l'ancêtre direct de la RG500 Gamma vendue en concession — développait à peine 120 chevaux, mais elle était démultipliée pour près de 300 km/h et passait l'essentiel du tour sur les rapports les plus longs. Steve Baker (Yamaha) finit deuxième à 11,3 s, Pat Hennen troisième.

L'année suivante, le 2 juillet 1978, le Néerlandais Wil Hartog s'impose en 500 sur Suzuki devant Kenny Roberts et Sheene. C'est le dernier Grand Prix moto couru sur les 14,100 km historiques.


1979 : le circuit rétrécit, les pilotes se révoltent

La sécurité a eu raison du géant. Avec des machines toujours plus rapides, sécuriser quatorze kilomètres de routes ouvertes devenait impossible, la portion entre Les Combes et Blanchimont posant les plus gros problèmes. En 1979, Spa est amputé de plus de la moitié : le nouveau circuit permanent mesure 6,947 km. Il conserve l'essentiel — l'Eau Rouge, le Raidillon, la montée du Kemmel, Blanchimont, La Source — et abandonne la grande boucle par Malmedy et Stavelot.

Le baptême tourne au fiasco. Le revêtement neuf, achevé deux jours avant les premiers essais, suinte l'huile et le gazole : les chutes s'enchaînent dès les qualifications. Après la séance du samedi, Kenny Roberts, Barry Sheene, Virginio Ferrari, Wil Hartog et l'ensemble des pilotes d'usine refusent de courir. La nuit qui suit voit des spectateurs furieux renverser et brûler voitures et bottes de paille. La course se dispute quand même, sans les usines : le Néo-Zélandais Dennis Ireland y signe son unique victoire en Grand Prix.

La FIM suspend les meneurs — Roberts et Ferrari — avant de commuer les peines en sursis assortis d'amendes. Cette confrontation pousse Roberts à lancer la World Series, championnat dissident mort-né mais fondateur : elle a jeté les bases du rapport de force moderne entre pilotes, promoteurs et fédération, ce fil rouge qui traverse toute l'épopée du MotoGP. En 1980, le Grand Prix de Belgique se replie sur Zolder, avant de revenir à Spa dès 1981.


1990 : le dernier Grand Prix moto de Spa

La suite est un long désamour. En 1987, la FIM annule purement et simplement l'épreuve : les travaux de sécurité exigés n'ont pas été réalisés. Le Grand Prix revient en 1988, puis 1989, puis une dernière fois le 7 juillet 1990.

Ce jour-là, Kevin Schwantz décroche la pole en 2'23"264, mais c'est Wayne Rainey qui gagne la course des 500 sous la pluie — le meilleur tour en course, signé du vainqueur, tombe à 2'45"784, soit vingt-deux secondes de plus que la pole, ce qui dit tout de l'état de la piste. Le Français Jean-Philippe Ruggia prend une deuxième place restée dans les mémoires, à 4,5 s, devant Eddie Lawson.

Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas un seul drame qui a chassé la moto de Spa, mais un faisceau de causes. Dès 1989, le promoteur Bernie Ecclestone avait doublé le prix des billets par rapport au TT d'Assen disputé la semaine précédente, au grand dam du public belge ; en 1990, la course fut de surcroît déplacée au samedi pour éviter la concurrence d'un Grand Prix de Formule 1, et la météo s'en est mêlée. Résultat : environ 10 000 spectateurs pour une épreuve qui en accueillait habituellement près de 100 000. La FIM a ensuite exigé un nouveau resurfaçage complet impossible à réaliser dans les délais, et l'organisation a jeté l'éponge pour 1991. Le Grand Prix de Belgique n'est jamais revenu au calendrier — une disparition dans la lignée des grands circuits routiers écartés pour raisons de sécurité, comme le raconte notre dossier sur les circuits les plus mythiques du championnat et celui consacré aux accidents qui ont fait évoluer la sécurité.


Les 24 Heures de Spa, l'autre légende

Pendant que la vitesse pure s'éloignait, l'endurance s'installait. Les 24 Heures de Spa Motos naissent les 28 et 29 août 1971, à Zolder, puis migrent à Francorchamps à partir de 1973 — où elles courront jusqu'en 2003 sous le nom de 24 Heures de Liège. Sur l'ancien tracé de 14 km, la distance record fut établie en 1976 par Christian Léon et Jean-Claude Chemarin : 315 tours, soit près de 4 448 km avalés en une journée et une nuit. À rapprocher, pour l'ordre de grandeur, du Bol d'Or et des 24 Heures Motos du Mans.

L'épreuve s'éteint après l'édition 2003, avant un retour très attendu en juin 2022, après une vingtaine d'années d'absence et un plan de modernisation du circuit chiffré à 80 millions d'euros. Un tracé moto spécifique de 6,985 km et 20 virages — le plus long du championnat — est aménagé pour l'occasion, avec dégagements élargis, glissières repositionnées et réalignement du virage 9 réservé aux motos. Yamaha, avec le YART, s'impose en 2023 et 2024 ; en 2025, c'est le F.C.C. TSR Honda France d'Alan Techer et Corentin Perolari qui l'emporte. Depuis 2024, la course se dispute au format 8 Heures, à l'image des 8 Heures de Suzuka.


La météo, ce virage que personne ne maîtrise

Il existe un dernier virage à Spa, et il n'est sur aucun plan : le ciel ardennais. Le circuit s'étire sur sept kilomètres et une centaine de mètres de dénivelé, dans un relief où les masses d'air se bloquent. Conséquence bien connue de tous ceux qui y sont venus : il peut pleuvoir aux Combes pendant qu'il fait grand soleil au Raidillon, et l'inverse dix minutes plus tard. Aucun autre circuit européen ne joue autant avec les nerfs des équipes au moment de choisir des pneus.

C'est peut-être ce qui rend Spa unique. Le tracé a perdu la moitié de sa longueur en 1979 et la moto de Grand Prix depuis 1990, mais il n'a rien perdu de son caractère : de la vitesse, du dénivelé, des virages qu'on prend en confiance ou pas du tout, et une météo qui distribue les cartes. Entre le Corkscrew de Laguna Seca et l'Eau Rouge, le motard n'a pas à choisir : ce sont deux façons de raconter la même passion.

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Tableau récapitulatif

Repère Donnée
Création du circuit 1921, triangle Francorchamps – Malmedy – Stavelot
Première course disputée Épreuve moto du 12 août 1921, 23 machines, Hubert Hassall (Norton 500) à ~90 km/h
Tracé originel (1921-1938) 14,982 km et 25 virages de routes publiques
Tracé « ancien » (1939-1978) 14,100 km, après la création du Raidillon
Tracé moderne (depuis 1979) 6,947 km à l'inauguration ; 7,004 km depuis 2007
Tracé moto homologué 6,985 km et 20 virages (depuis 2022)
Dénivelé 102,2 m entre point haut et point bas ; pente supérieure à 18 % au Raidillon
GP moto de Belgique Au championnat du monde de 1949 à 1990 (Zolder en 1980, annulé en 1987)
Record de moyenne en Grand Prix Barry Sheene, 217,370 km/h (135,067 mph) — 3 juillet 1977, Suzuki 500
Meilleur tour 1977 Barry Sheene, 220,721 km/h (137,149 mph)
Dernier GP sur l'ancien tracé 2 juillet 1978 — Wil Hartog (Suzuki) en 500
Dernier GP moto à Spa 7 juillet 1990 — Wayne Rainey en 500, devant Ruggia et Lawson
Recordman du GP de Belgique Giacomo Agostini, 8 victoires en 500
24 Heures de Spa Motos Créées en 1971 ; à Spa depuis 1973 ; retour en 2022, format 8 Heures depuis 2024

FAQ — Questions fréquentes

Quelle était la longueur exacte de l'ancien circuit de Spa-Francorchamps ?
Le tracé originel de 1921 mesurait 14,982 km. À partir de 1939, la création du Raidillon en remplacement de l'épingle de l'Ancienne Douane l'a ramené à 14,100 km. C'est cette configuration qui a servi jusqu'en 1978.

Pourquoi le circuit a-t-il été raccourci en 1979 ?
Pour des raisons de sécurité. Sécuriser quatorze kilomètres de routes publiques face à des machines toujours plus rapides était devenu impossible, la portion entre Les Combes et Blanchimont posant les plus gros problèmes. Le nouveau circuit permanent inauguré en 1979 mesurait 6,947 km.

Quel est le record de vitesse moyenne d'un Grand Prix moto ?
Il appartient à Barry Sheene, vainqueur de la course des 500 à Spa le 3 juillet 1977 sur Suzuki, à 217,370 km/h de moyenne (135,067 mph), avec un meilleur tour à 220,721 km/h. Aucun Grand Prix n'a été couru plus vite depuis.

Pourquoi le Grand Prix moto de Belgique a-t-il disparu ?
La dernière édition s'est tenue le 7 juillet 1990. Prix des billets doublés dès 1989, course déplacée au samedi et mauvais temps ont fait chuter l'affluence à environ 10 000 spectateurs, contre près de 100 000 habituellement. La FIM a ensuite exigé un resurfaçage complet impossible à réaliser dans les délais, et il n'y a pas eu d'édition 1991.

Peut-on encore voir des motos courir à Spa aujourd'hui ?
Oui, en endurance. Après une vingtaine d'années d'absence, l'épreuve du championnat du monde d'endurance est revenue à Spa en juin 2022 sur un tracé moto spécifique de 6,985 km et 20 virages, et se dispute au format 8 Heures depuis 2024.