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La Yamaha TZ750 : la deux-temps que personne n'osait vraiment dompter
Modèles cultesYamaha années 70Deux-temps de course
Présentée en 1974, la Yamaha TZ750 naît de deux blocs TZ350 accolés : un quatre-cylindres deux-temps refroidi par eau de 694 cm³ crédité de 90 chevaux, porté à 747 cm³ dès 1975 et jusqu'à 120 chevaux en fin de carrière. Giacomo Agostini la fait gagner à Daytona pour sa toute première sortie, ouvrant neuf victoires consécutives dans la classique floridienne et une domination totale en Formula 750. Le 23 août 1975, Kenny Roberts en engage une version dirt track sur le mile d'Indianapolis, part dernier, gagne au dernier tour et lâche une phrase devenue légendaire.
Sommaire
- Deux TZ350 dans un seul cadre
- Daytona 1974 : gagner dès la première sortie
- 747 cm³ : trop de chevaux, pas assez de pneu
- La Formula 750 devenue chasse gardée
- Indianapolis 1975 : le pari fou de Kenny Roberts
- Ce que la TZ750 a laissé derrière elle
- Tableau récapitulatif
- FAQ
Deux TZ350 dans un seul cadre
Au début des années 1970, la catégorie Formula 750 monte en puissance des deux côtés de l'Atlantique. Née en 1971 d'une initiative commune de l'AMA américaine et de l'ACU britannique, adoptée par la FIM dès 1972, elle autorise des machines de 750 cm³ dérivées de la série — un règlement taillé pour les grosses trois-cylindres de Suzuki et Kawasaki. Yamaha, qui règne alors sur les cylindrées intermédiaires, doit répondre vite.
La solution retenue est d'une simplicité brutale : accoler deux blocs de TZ350, le twin deux-temps refroidi par eau qui fait la loi en 350, pour obtenir un quatre-cylindres en ligne. Alésage et course restent ceux du twin (64 x 54 mm), ce qui donne 694 cm³ et non 750. Le tout vient se loger dans un cadre double berceau en tubes d'acier développé pour l'occasion, avec une boîte six vitesses — mais, sur ce premier millésime, une suspension arrière encore à deux amortisseurs : le monoamortisseur monocross que Yamaha venait de démocratiser en tout-terrain n'arrivera que l'année suivante.
Le paradoxe de la machine tient là : ce monstre n'était pas un prototype d'usine réservé à trois élus, mais un racer client, achetable par n'importe quel privé disposant du budget — environ 3 500 dollars aux États-Unis selon les tarifs d'époque. Yamaha n'en produira que 567 exemplaires entre 1974 et 1979, mais elles suffiront à changer la face du sport moto, comme l'avait fait la Kawasaki H2 750 Mach IV pour la route deux ans plus tôt.
Daytona 1974 : gagner dès la première sortie
Officiellement baptisée TZ750A par l'usine, souvent surnommée TZ700 par les Américains à cause de sa cylindrée réelle, la machine découvre la compétition au Daytona 200 de 1974. Au guidon : Giacomo Agostini, fraîchement débauché de MV Agusta par Yamaha. Résultat, une victoire dès la première sortie — sa toute première course sur une grosse deux-temps japonaise — devant un certain Kenny Roberts.
L'année précédente, Jarno Saarinen avait déjà humilié les grosses cylindrées en gagnant la classique floridienne sur une simple TZ350. Avec la TZ750, Yamaha ne laisse plus la moindre miette : la machine s'adjuge neuf victoires consécutives au Daytona 200, de 1974 à 1982. Agostini en 1974, Gene Romero en 1975, Johnny Cecotto en 1976, Steve Baker en 1977, Kenny Roberts en 1978, Dale Singleton en 1979 et 1981, le Français Patrick Pons en 1980, Graeme Crosby en 1982 : neuf éditions, un seul et même moteur.
À partir de 1976, cinq exemplaires d'usine bâtis autour du châssis de la YZR500 — les OW31, officiellement YZR750 — sont confiés aux pilotes des cinq plus gros distributeurs Yamaha (Agostini, Baker, Cecotto, Kanaya, Roberts). Environ 18 kg de moins et une vingtaine de chevaux de plus qu'une TZ de série : elles creusent encore l'écart.
747 cm³ : trop de chevaux, pas assez de pneu
Dès 1975, la cylindrée passe à 747 cm³ avec la TZ750B, alésage porté à 66,4 mm, et la moto reçoit enfin le monoamortisseur à bras oscillant cantilever. Le développement ne s'arrête plus. La puissance annoncée reste de 90 chevaux à 10 500 tr/min jusqu'en 1976, puis bondit à 120 chevaux sur la TZ750D de 1977, avec un régime de puissance repoussé à 11 000 tr/min sur les E et F de 1978-1979. Le poids à sec, lui, descend de 157 à 152 kg : le rapport poids-puissance frôle l'indécence.
Le problème n'est pas le moteur : c'est tout le reste. Les pneus de 1974 n'ont pas été conçus pour encaisser ça, les cadres tubulaires de l'époque se tordent, les amortisseurs saturent, et la courbe de puissance d'un deux-temps de course arrive d'un bloc, sans prévenir. À Daytona, la TZ750 dépasse les 280 km/h sur l'anneau, dans un guidonnage que les pilotes décrivent comme une négociation permanente. La leçon, elle, sera durable : monoamortisseur, cadres plus rigides et pneus toujours plus larges deviendront la norme des sportives.
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La Formula 750 devenue chasse gardée
Sur le papier, la Formula 750 devait être la vitrine des constructeurs. Dans les faits, elle devient un championnat Yamaha. Après le titre de Barry Sheene sur Suzuki en 1973, tous les lauréats suivants roulent en Yamaha : John Dodds, Jack Findlay, Víctor Palomo, puis Steve Baker, Johnny Cecotto et Patrick Pons. La catégorie obtient le statut de championnat d'Europe en 1975, celui de championnat du monde en 1977… et disparaît après la saison 1979.
La raison est explicitement liée à la machine : la domination sans partage d'un seul modèle, doublée de la montée en puissance des catégories superbike issues de la série, pousse la FIM à supprimer la division. La TZ750 a littéralement tué la catégorie qu'elle avait été créée pour gagner. Elle ne s'arrête pas là pour autant : en 1980, Joey Dunlop remporte le Classic TT sur l'île de Man avec une TZ750, à 114,16 mph de moyenne en course, après avoir signé le premier tour à plus de 115 mph de l'histoire de l'épreuve sur le Snaefell Mountain Course.
Indianapolis 1975 : le pari fou de Kenny Roberts
C'est aux États-Unis que la TZ750 écrit sa page la plus folle. Dans les années 1970, le championnat AMA Grand National mélange asphalte et terre battue : pour être champion, il faut gagner sur les ovales de dirt track. Or, sur la terre, Harley-Davidson et sa XR750 écrasent tout, et le twin Yamaha n'a pas les armes. Kenny Roberts, double champion Grand National en 1973 et 1974, perd du terrain sur Gary Scott.
L'idée germe alors chez son mécanicien et mentor Kel Carruthers : greffer le quatre-cylindres de la TZ750 dans un châssis de dirt track, un cadre signé Champion Racing Frames. Le résultat tient du cauchemar mécanique : environ 125 chevaux annoncés — « une centaine à la roue arrière », relativisera Roberts —, une arrivée de puissance en interrupteur, pas de frein avant (règlement dirt track oblige), des pneus pluie de vitesse retaillés à la main par Carruthers, et un coupe-circuit au guidon censé neutraliser un cylindre en virage, dont le pilote dira qu'il n'a jamais vraiment servi. Sur la ligne droite du mile, la machine frôle les 240 km/h (145 à 150 mph), sur de la terre, soit une bonne trentaine de km/h de plus que les Harley.
Le 23 août 1975, sur le mile d'Indianapolis, Roberts qualifie ce truc en dernière ligne. En course, il part dernier, remonte, se taille sa propre trajectoire au ras des bottes de paille, et dans le dernier tour double les Harley officielles de Jay Springsteen et Corky Keener pour l'emporter de quelques centimètres. Sa réaction, rapportée par la presse américaine dans plusieurs variantes proches, est restée l'une des phrases les plus citées du sport moto : « They don't pay me enough to ride that thing » — « ils ne me paient pas assez pour piloter ce truc ».
Ce sera l'unique victoire de la machine, engagée trois fois en tout — dont le mile de San Jose, où un pneu détruit contraint Roberts à l'abandon. Fin 1975, la commission sportive de l'AMA impose une cylindrée minimale de 335 cm³ et surtout un maximum de deux cylindres en dirt track, applicable dès 1976 : la TZ750 est rayée de la carte. Roberts lui-même a voté l'interdiction, expliquant que ce n'était pas la bonne moto pour l'époque et qu'elle finirait par tuer quelqu'un.
Ce que la TZ750 a laissé derrière elle
Faute de pouvoir battre Harley sur la terre, Yamaha envoie Roberts en Europe. La suite est connue : champion du monde 500 cc en 1978, 1979 et 1980, premier Américain titré dans la catégorie reine, et l'ouverture d'une décennie de domination américaine racontée dans notre dossier Yamaha en MotoGP. Sans le mur de la XR750, l'histoire des Grands Prix aurait peut-être eu une tout autre allure.
Techniquement, la TZ750 reste le sommet de l'ère deux-temps : un moteur de course vendu au public, un palmarès que personne n'a jamais approché en Formula 750, et une réputation d'engin que seuls quelques pilotes savaient réellement exploiter. Son ADN se retrouve, adouci, dans les deux-temps de route que Yamaha proposera ensuite, de la RD350 LC à la RD500LC, cette moto de Grand Prix immatriculée. Pour l'histoire complète de la marque aux trois diapasons, direction l'incroyable histoire de Yamaha.
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Le quatre-cylindres deux-temps le plus incontrôlable des seventies, réduit à l'échelle et posé sur ton étagère. Celui-là, tu peux le regarder sans avoir les mains moites.
Tableau récapitulatif
| Élément | Détail vérifié |
|---|---|
| Année de lancement | 1974 (production jusqu'en 1979) |
| Moteur | 4 cylindres en ligne, 2 temps, refroidi par eau, boîte 6 rapports |
| Cylindrée 1974 | 694 cm³, 64 x 54 mm (modèle « A », souvent appelé TZ700) |
| Cylindrée à partir de 1975 | 747 cm³, 66,4 x 54 mm (modèles B, C, D, E, F) |
| Puissance annoncée | 90 ch à 10 500 tr/min de 1974 à 1976 ; 120 ch en 1977, puis 120 ch à 11 000 tr/min en 1978-1979 |
| Poids à sec | 157 kg (1974-1976), 152 kg (1977-1979) |
| Suspension arrière | Deux amortisseurs sur la TZ750A de 1974, monoamortisseur cantilever à partir de la B (1975) |
| Production totale | 567 exemplaires de 1974 à 1979 |
| Version d'usine | OW31 / YZR750 (à partir de 1976), châssis dérivé de la YZR500, 5 exemplaires |
| Daytona 200 | 9 victoires consécutives de 1974 à 1982 |
| Formula 750 | Tous les titres de 1974 à 1979 ; catégorie supprimée après 1979 |
| Épisode dirt track | Victoire de Kenny Roberts au mile d'Indianapolis le 23 août 1975, machine préparée par Kel Carruthers sur cadre Champion |
| Interdiction | Vote AMA fin 1975, applicable en 1976 : minimum 335 cm³ et maximum 2 cylindres en dirt track |
FAQ — Questions fréquentes
En quelle année la Yamaha TZ750 est-elle apparue ?
En 1974. Elle a été produite jusqu'en 1979, à 567 exemplaires, et a gagné dès sa première course, le Daytona 200 de 1974, aux mains de Giacomo Agostini.
Quelle était la cylindrée exacte de la TZ750 ?
Le premier modèle de 1974 cubait en réalité 694 cm³, ce qui lui vaut le surnom de TZ700. La cylindrée est passée à 747 cm³ à partir du modèle B de 1975 et l'est restée jusqu'à la fin de la production.
Combien la TZ750 développait-elle de chevaux ?
Environ 90 chevaux à 10 500 tr/min de 1974 à 1976, puis 120 chevaux sur les modèles de 1977 à 1979, pour un poids à sec passé de 157 à 152 kg.
Combien de fois la TZ750 a-t-elle gagné le Daytona 200 ?
Neuf fois de suite, de 1974 à 1982, avec notamment Giacomo Agostini, Johnny Cecotto, Steve Baker, Kenny Roberts et le Français Patrick Pons.
Qu'a dit Kenny Roberts après sa victoire d'Indianapolis en 1975 ?
Sa réaction est rapportée par la presse américaine sous plusieurs formulations très proches, la plus courante étant « They don't pay me enough to ride that thing », soit « ils ne me paient pas assez pour piloter ce truc ». L'AMA a interdit ce type de machine en dirt track dès la saison suivante, en limitant le dirt track à deux cylindres.

