2426 mots | Temps de lecture : 12 minute(s)
Le Manx Grand Prix : le Tourist Trophy des amateurs, sur le même Mountain Course
Courses & circuitsÎle de ManCourse sur route
Le 20 septembre 1923, trente et un partants s'élancent sur le Mountain Course pour les Manx Amateur Road Races : Les Randles l'emporte sur une Sunbeam 500 à 52,77 mph de moyenne. Rebaptisée Manx Grand Prix en 1930, l'épreuve devient l'antichambre du Tourist Trophy, où Geoff Duke, Bob McIntyre, Phil Read puis Steve Hislop et Carl Fogarty ont fait leurs classes. Même tracé de 60,72 km et 219 virages, même absence de dégagements : plus de cent pilotes y ont laissé la vie. En 2026, le Festival of Motorcycling s'étend du 16 au 28 août.
1923 : la revanche des amateurs
Au début des années 1920, le Tourist Trophy est déjà un monstre. Les équipes d'usine y alignent des machines préparées et des pilotes payés, et les privés se font méthodiquement rayer des grilles. En 1921, le Manx Motor Cycle Club demande à l'ACU une épreuve réservée aux amateurs. Refus sec. Il faudra deux ans de plus pour que l'idée aboutisse.
Le 20 septembre 1923, les Manx Amateur Road Races — de leur nom officiel « Manx Amateur Motor Cycle Road Race Championships » — s'élancent enfin. Trente et un partants, deux catégories réunies dans une seule course : 500 et 350 cm³. Cinq tours, 188,75 miles (environ 304 km), et la victoire de Les Randles sur une Sunbeam 500 en 3 h 34 min 32 s, à 52,77 mph de moyenne (84,9 km/h). La course passe à six tours dès 1926, et une épreuve Junior distincte apparaît en 1928.
Mais définir un « amateur » se révèle un cauchemar administratif. Après des années de contestations et plusieurs disqualifications retentissantes, l'organisation change de logique en 1929 : l'épreuve est rebaptisée Manx Grand Prix, et la première édition sous ce nom se court en 1930. Le règlement n'exclut plus les professionnels par principe, il exclut les experts : être sujet britannique ou irlandais, détenir une licence, et n'avoir ni couru de course sur route internationale ni détenu de record mondial depuis 1920. Plus de cent engagés se présentent, et le vainqueur signe un record du tour à 71,13 mph (114,5 km/h). Parmi les débutants de ce premier MGP figure un certain Freddie Frith, troisième en Junior sur une Velocette KTT 350 à 60,34 mph : il gagnera le Junior Manx Grand Prix en 1935, cinq TT, et deviendra le premier champion du monde 350 cm³ en 1949.
Le même Mountain Course, au mètre près
C'est là que réside toute la singularité de l'épreuve : il n'existe aucune version « allégée » du parcours. Le Mountain Course, lui, n'a pas changé : 60,72 km de routes publiques et 219 virages. Départ devant la TT Grandstand de Douglas, sens des aiguilles d'une montre, murets de pierre, trottoirs et maisons en bord de route, puis la longue montée vers le Snaefell jusqu'au point culminant à 422 mètres d'altitude, près du 31st Milestone, juste avant le carrefour de Brandywell. Le tracé sert la compétition motocycliste depuis 1911.

Du bitume, des murets et pas un gramme de dégagement : accroche cette affiche au-dessus de ton établi et ton couloir prend des airs de paddock mannois.
Aucun autre rendez-vous du calendrier ne joue dans cette catégorie. Le Nürburgring Nordschleife est plus court, le TT d'Assen est un vrai circuit fermé. Ici, un débutant du Manx Grand Prix affronte exactement le même bitume, les mêmes bosses et les mêmes repères que les stars du TT quelques semaines plus tôt. Apprendre le tracé demande des dizaines de tours de reconnaissance ; les pilotes en parlent en années, pas en séances.
🏍️ Le Mountain Course a nourri des générations d'affichistes et de photographes : retrouvez cette imagerie de course sur route dans nos posters et affiches moto.

L'antichambre du Tourist Trophy
Le palmarès du Manx Grand Prix se lit comme une liste d'avant-premières. Geoff Duke remporte en 1949 le Senior Clubmans TT et le Senior Manx Grand Prix, ce dernier avec records du tour et de la course ; dans la foulée, Norton le recrute comme pilote d'usine et il gagne le Senior TT 1950 en battant là encore les records de la course et du tour. Bob McIntyre s'impose au Junior Manx Grand Prix en 1952 sur une AJS 7R : cinq ans plus tard, il rafle le Junior et le Senior TT et signe le premier tour à plus de 100 mph sur le Mountain Course. Phil Read, lui, gagne le Senior Manx Grand Prix 1960 à 21 ans, à sa troisième tentative et sur une Manx Norton privée, puis remporte le Junior TT 1961 dès sa première participation au TT.
La machine à révéler des talents s'emballe encore avec le retour définitif des courses Newcomers (débutants) en 1978, dont Phil Mellor remporte l'une des toutes premières. Le podium du Junior Newcomers 1983 est resté célèbre : Robert Dunlop, le frère cadet de Joey Dunlop, devant Steve Hislop et Ian Lougher — trois futurs vainqueurs du TT dans le même paquet. Deux ans plus tard, un jeune Anglais nommé Carl Fogarty, futur quadruple champion du monde Superbike, gagne la Lightweight Newcomers 1985. Suivront Phillip McCallen en 1988 et Ryan Farquhar en 1999, tandis que Rob McElnea ou Adrian Archibald empruntaient eux aussi la voie du Manx pour rejoindre le TT.
Le passage au niveau supérieur n'est d'ailleurs pas une option. Le vainqueur du Senior Manx Grand Prix reçoit l'A.B. Crookall Trophy, offert dès 1923 par un ancien maire de Douglas, et la convention veut qu'on ne le gagne qu'une fois : le lauréat est tenu de s'engager ensuite au TT et ne peut revenir au Manx que sur des machines classiques. L'épreuve est littéralement conçue comme un sas.
Fin août, les classiques et une autre ambiance
Le calendrier sépare clairement les deux rendez-vous : le Tourist Trophy occupe la fin mai et le début juin, le Manx Grand Prix se dispute traditionnellement fin août-début septembre. Réduit à neuf jours en 2022, il est revenu à un format de quinzaine depuis 2025.
La dimension « classique » est ancienne : les premières courses de machines historiques apparaissent au Manx Grand Prix dès 1983. En 2013, le gouvernement mannois reprend la promotion de ces courses classiques sous le nom de Classic TT et les intègre à un Festival of Motorcycling partagé avec le MGP. La formule fait bondir la fréquentation, d'environ 9 000 visiteurs en 2012 à plus de 15 000 en 2016. Le Classic TT court de 2013 à 2019, disparaît, puis revient en 2025.
Changement notable pour 2026 : les catégories classiques quittent le programme du Manx Grand Prix, qui se recentre sur les machines modernes — Sportbike, Supersport, Junior et Senior —, tandis que le Classic TT redevient un événement à part entière avec ses Historic Junior et Senior, sa Formula One, ses Lightweight et deux nouveautés : une Junior 600 et une Ultra Lightweight ouverte aux 125 cm³ deux-temps de Grand Prix ainsi qu'aux 400 cm³ quatre-temps. Les deux épreuves partagent la même quinzaine, du 16 au 28 août 2026, avec six jours de qualifications puis une semaine de courses — et une parade célébrant les 30 ans de carrière de John McGuinness le 28 août.
L'atmosphère reste l'autre grand argument : paddock ouvert, pilotes de clubs qui montent leur moto eux-mêmes, une quarantaine de récompenses distribuées chaque année entre médailles de finisher et réplicas argent ou bronze, parades de machines de collection et un Manx 3-day Trial en marge. On est plus près de l'esprit d'un rassemblement de patrimoine à moteur que d'un grand prix sous cloche.
🏍️ Pour prolonger cette esthétique de course sur route d'après-guerre, jetez un œil à notre sélection vintage et rétro.
Même circuit, même addition
C'est le corollaire brutal du « même tracé » : le Manx Grand Prix n'est pas une version édulcorée du TT. Les murs, les poteaux, les bordures et l'absence quasi totale de dégagement sont identiques. Le drame a même précédé la première course : lors des essais de septembre 1923, le pilote mannois Ned Brew se tue à Hillberry, avant que le premier départ n'ait été donné.
Les chiffres disent le reste. Entre 1911 et 2025, le Mountain Course a coûté la vie à 270 pilotes en essais officiels ou en course, toutes épreuves confondues (TT, Manx Grand Prix, Clubmans TT). Selon les décomptes, plus d'une centaine de ces disparitions relèvent du seul Manx Grand Prix. L'épreuve a payé son tribut jusqu'à une période toute récente, comme en 2024 avec la mort de l'Irlandais Louis O'Regan, tombé à Kate's Cottage lors de la première séance de qualification.
Et les vitesses n'ont cessé de grimper. Phil Haslam signe le premier tour à plus de 100 mph du Manx Grand Prix en 1973 (102,18 mph), Mike Seward passe les 110 mph en 1986, Phil Hogg descend sous les 20 minutes au tour en 1988 à 114,02 mph (183,5 km/h), Tommy Clucas franchit les 120 mph en 2004. Le record absolu de l'épreuve appartient à Michael Evans, qui a bouclé les 60,7 km en 18 min 25,495 s en 2017 sur une Suzuki GSX-R 750, soit 122,866 mph (197,7 km/h) de moyenne. Une moyenne de « course d'amateurs » qui ferait pâlir bien des circuits, et qui rappelle que sur l'île, comme sur le circuit de Guia à Macao, l'erreur ne se négocie pas.
Tableau récapitulatif
| Élément | Détail vérifié |
|---|---|
| Première édition | 20 septembre 1923 |
| Nom d'origine | Manx Amateur Road Races (« Manx Amateur Motor Cycle Road Race Championships ») |
| Premier vainqueur | Les Randles, Sunbeam 500 cm³, 5 tours / 188,75 miles, 52,77 mph |
| Renommage | Manx Grand Prix, décidé en 1929, première édition sous ce nom en 1930 |
| Circuit | Snaefell Mountain Course, identique à celui du Tourist Trophy |
| Longueur | 60,72 km (37,73 miles), 219 virages, point haut à 422 m |
| Période | Fin août-début septembre (le TT se court fin mai-début juin) |
| Courses Newcomers | Rétablies définitivement en 1978 |
| Classes classiques | Depuis 1983 ; Classic TT créé en 2013, revenu en 2025, autonome en 2026 |
| Record du tour | Michael Evans, 18 min 25,495 s à 122,866 mph (197,7 km/h), Suzuki GSX-R 750, 2017 |
| Bilan humain | 270 pilotes tués sur le Mountain Course entre 1911 et 2025, toutes épreuves confondues |
| Édition 2026 | Festival of Motorcycling du 16 au 28 août ; MGP moderne + Classic TT séparé |
FAQ — Questions fréquentes
-
Le Manx Grand Prix se court-il vraiment sur le même circuit que le Tourist Trophy ?Oui, au mètre près. Les deux épreuves utilisent le Snaefell Mountain Course, 60,72 km et 219 virages de routes publiques, avec un départ devant la TT Grandstand de Douglas.
-
Quand le Manx Grand Prix a-t-il été créé et sous quel nom ?La première course a eu lieu le 20 septembre 1923 sous le nom de Manx Amateur Road Races. L'épreuve a été rebaptisée Manx Grand Prix en 1929, la première édition sous ce nom se courant en 1930.
-
Quels grands pilotes ont débuté au Manx Grand Prix ?Geoff Duke (Senior 1949), Bob McIntyre (Junior 1952) et Phil Read (Senior 1960) y ont gagné avant de triompher au TT. Les courses Newcomers ont révélé Robert Dunlop, Steve Hislop, Ian Lougher, Phillip McCallen et Carl Fogarty.
-
Le Manx Grand Prix est-il aussi dangereux que le TT ?Le niveau de risque est le même, puisque le circuit est identique : murs, poteaux et absence de dégagements. Entre 1911 et 2025, le Mountain Course a coûté la vie à 270 pilotes toutes épreuves confondues, dont plus d'une centaine au seul Manx Grand Prix selon les décomptes.
-
Qu'est-ce qui change pour l'édition 2026 ?Les catégories classiques quittent le programme du Manx Grand Prix, qui se concentre sur les machines modernes, tandis que le Classic TT redevient un événement autonome avec deux nouvelles courses, Junior 600 et Ultra Lightweight. Les deux se partagent le Festival of Motorcycling du 16 au 28 août 2026.

