Phil Read, « The Prince of Speed » : le rebelle aux sept couronnes mondiales

Culture & Patrimoine Moto -

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Phil Read, « The Prince of Speed » : le rebelle aux sept couronnes mondiales


Sommaire


Phil Read, le « Prince of Speed »

Il y a des pilotes qu'on aime, et des pilotes qu'on admire. Phil Read appartenait surtout à la seconde catégorie, et il l'assumait pleinement. Né le 1er janvier 1939 à Luton, en Angleterre, ce Britannique au regard froid a bâti l'une des plus grandes carrières de l'histoire du championnat du monde de vitesse. Surnommé « The Prince of Speed », le prince de la vitesse, il a dominé une partie des années 1960 et 1970 par son talent, son intelligence de course et un caractère qui divisait autant qu'il fascinait.

Sa signature dans l'histoire tient en une phrase : Read fut le premier pilote à devenir champion du monde dans les trois cylindrées 125, 250 et 500 cm³. Un grand écart technique et physique que personne n'avait réalisé avant lui, à une époque où l'on passait des frêles bicylindres deux-temps aux monstrueuses quatre-cylindres de la catégorie reine. Dans le grand roman du championnat du monde de vitesse, il occupe une place à part : celle de l'homme qui gagnait partout, quitte à froisser tout le monde.

Sa carrière en Grand Prix s'étend de 1961 à 1976, pour un total de 52 victoires et sept titres mondiaux. Il compte aussi huit victoires au Tourist Trophy de l'île de Man, sa première dès 1961 (Junior TT) et sa dernière en 1977 (Senior TT) — un palmarès qui l'inscrit durablement au panthéon de la course la plus mythique et la plus dangereuse du monde.


Les années Yamaha : la conquête des petites cylindrées

C'est chez Yamaha que Phil Read est entré dans la légende. En 1964, au guidon de la petite 250 cm³ deux-temps de la marque aux trois diapasons, il décroche le titre de champion du monde en 250cc. Un exploit historique : il offre à Yamaha son tout premier titre mondial, ouvrant la voie à des décennies de domination japonaise que l'on retrouve dans l'incroyable histoire de la marque. Il remet ça dès 1965, confirmant que le duo Read-Yamaha était devenu la référence du quart de litre.

Les motos de cette époque étaient des bijoux de technologie fragiles : des deux-temps hurlants, gavés de régimes moteur, aux boîtes à six ou sept vitesses qu'il fallait jongler en permanence pour rester dans la plage de puissance. Read excellait dans cet art, avec un style clinique, précis, économe. Là où d'autres pilotaient à l'instinct, lui calculait. Cette approche presque scientifique tranchait avec le romantisme d'un Mike Hailwood, son grand rival britannique, et annonçait déjà le pilote-ingénieur des décennies suivantes.

Au total, Read remportera quatre titres mondiaux en 250cc (1964, 1965, 1968 et 1971) et un titre en 125cc en 1968, toujours sur Yamaha. Dans le monde des petites cylindrées, seul un homme faisait alors mieux que lui : l'Espagnol que l'on surnommait le roi des kilos, dont on raconte l'épopée dans le portrait d'Ángel Nieto.

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1968 : la guerre fratricide avec Bill Ivy

Aucune histoire de Phil Read ne serait complète sans l'épisode qui a forgé sa réputation de rebelle : sa rivalité électrique avec Bill Ivy, son coéquipier chez Yamaha. Ivy, petit gabarit flamboyant et populaire, était l'exact opposé du calculateur Read. Ensemble, ils formaient le tandem le plus rapide du plateau, mais l'entente n'a pas résisté à l'appétit de gloire.

En 1968, Yamaha veut faire plaisir à ses deux stars et donne des consignes d'équipe claires : Read doit se concentrer sur le titre en 125cc, tandis qu'Ivy est désigné pour remporter le 250cc. Read remporte bien la couronne des 125, comme convenu. Mais, une fois ce titre en poche, il désobéit ouvertement aux ordres et se lance à la chasse du titre des 250 contre son propre équipier. La trahison est totale, et elle empoisonne l'ambiance jusqu'à la dernière course.

Le dénouement est l'un des plus fous de l'histoire du sport : Read et Ivy terminent la saison à égalité parfaite de points. Pour les départager, la FIM ressort un vieux règlement et compare le temps cumulé des deux hommes sur les courses où ils se sont expliqués. Verdict : Read est plus rapide de près de deux minutes sur l'ensemble, et il rafle le titre malgré les protestations d'Ivy. Le prince venait de voler la couronne à son propre coéquipier.

Ce coup de maître eut un prix : Yamaha, écœuré par sa désobéissance, se sépara de lui et ne lui proposa plus jamais de guidon officiel. Quant à Bill Ivy, le destin fut cruel : le petit Anglais trouva la mort en 1969, lors des essais du Grand Prix d'Allemagne de l'Est, laissant à jamais planer une part d'amertume sur ce duel fratricide. Cette dureté du sport, on la retrouve chez d'autres météores comme le Finlandais volant Jarno Saarinen.


MV Agusta et la couronne suprême du 500cc

Écarté de l'usine Yamaha, un pilote moins déterminé aurait pu sombrer. Read, lui, rebondit au sommet. En 1972, il signe chez le prestigieux constructeur italien MV Agusta, l'écurie des quatre-cylindres rouge et argent, dont on célèbre le prestige dans l'épopée de la marque de Gallarate. Là-bas règne un monarque : Giacomo Agostini, star maison et recordman absolu des titres.

L'arrivée de Read dans le clan MV bouscule tout. Le Britannique n'est pas venu pour jouer les seconds rôles, et sa présence remet frontalement en cause le statut de numéro un d'Agostini. En 1973, Read s'empare du titre en 500cc, la catégorie reine, au nez et à la barbe de l'idole italienne. Vexé, Agostini claque la porte de MV Agusta pour rejoindre Yamaha. Le prince a de nouveau détrôné un roi.

En 1974, Read conserve sa couronne et s'offre un second titre mondial en 500cc sur la MV Agusta. Ce sacre a une saveur particulière : il restera le dernier titre de champion du monde de l'histoire de MV Agusta en Grand Prix. Read a donc écrit le dernier chapitre glorieux d'une marque qui allait bientôt quitter la compétition, refermant une ère où l'artisanat italien tenait tête aux armadas japonaises. Peu après, une nouvelle génération de rebelles charismatiques comme Barry Sheene allait prendre le relais dans la catégorie reine.

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Un rebelle, un pro avant l'heure, une légende

Ce qui rend Phil Read fascinant, ce n'est pas seulement son palmarès, c'est sa personnalité. Dans un paddock encore très gentleman, il fut l'un des premiers pilotes à se comporter en professionnel pur et dur : négociateur redoutable, obsédé par le résultat, prêt à changer d'écurie ou à trahir une consigne si son intérêt sportif l'exigeait. On l'a détesté pour cela. On l'a aussi copié, car il avait vingt ans d'avance sur la manière moderne de gérer une carrière.

Cette froideur assumée en faisait un adversaire redouté et un homme difficile à aimer, à mille lieues du panache flamboyant d'un John Surtees. Mais elle explique aussi sa longévité au plus haut niveau : titré en 250cc dès 1964, encore vainqueur au Tourist Trophy en 1977, il a traversé plus d'une décennie et demie de compétition au sommet. En 1977, il ajoute d'ailleurs à son tableau de chasse un titre de champion du monde en Formula TT, ce qui porte à huit le total de couronnes mondiales que lui reconnaissent certains décomptes.

Phil Read s'est éteint le 6 octobre 2022, à Canterbury, à l'âge de 83 ans. Il laisse le souvenir d'un compétiteur hors norme, capable de gagner sur tous les terrains et dans toutes les cylindrées, et celui d'un caractère qui a fait entrer le sport moto dans une autre ère. Rebelle, calculateur, invincible : le « Prince of Speed » n'a jamais cherché à plaire. Il a juste cherché à gagner. Et il a gagné, encore et encore.


Tableau récapitulatif

Catégorie Année(s) de titre mondial Constructeur
250 cm³ 1964, 1965, 1968, 1971 Yamaha
125 cm³ 1968 Yamaha
500 cm³ 1973, 1974 MV Agusta
Total titres GP 7 titres mondiaux Yamaha & MV Agusta
Titre annexe Formula TT 1977 (8e couronne selon les décomptes)
Victoires en GP 52
Victoires au Tourist Trophy 8 (1961 à 1977)
Surnom « The Prince of Speed »

FAQ — Questions fréquentes

Combien de titres de champion du monde Phil Read a-t-il remportés ?
Phil Read a remporté sept titres de champion du monde de vitesse en Grand Prix : quatre en 250cc (1964, 1965, 1968, 1971), un en 125cc (1968) et deux en 500cc (1973, 1974). En y ajoutant son titre en Formula TT de 1977, certains décomptes le créditent de huit couronnes mondiales.

Pourquoi Phil Read est-il considéré comme un pilote historique ?
Parce qu'il fut le premier pilote de l'histoire à devenir champion du monde dans les trois cylindrées 125, 250 et 500 cm³, un grand écart technique que personne n'avait réalisé avant lui.

Que s'est-il passé en 1968 avec Bill Ivy ?
Yamaha avait donné pour consigne à Read de viser le titre 125cc et à son coéquipier Bill Ivy celui des 250cc. Après avoir gagné en 125, Read désobéit et disputa aussi le titre 250 à Ivy. Les deux hommes finirent à égalité de points ; la FIM attribua la couronne à Read, plus rapide de près de deux minutes au temps cumulé.

Sur quelles motos Phil Read a-t-il gagné ses titres ?
Il a remporté ses titres en 125cc et 250cc au guidon des Yamaha deux-temps, offrant même à la marque son tout premier titre mondial en 1964. Ses deux titres en 500cc, en 1973 et 1974, ont été conquis sur les quatre-cylindres MV Agusta.

Pourquoi le titre 500cc de 1974 est-il si particulier ?
Parce qu'il s'agit du dernier titre de champion du monde de l'histoire de MV Agusta en Grand Prix. Phil Read a ainsi écrit le dernier chapitre glorieux de cette marque italienne mythique.