Le Nürburgring Nordschleife : « l'Enfer Vert », le temple ultime de la moto

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Le Nürburgring Nordschleife : « l'Enfer Vert », le temple ultime de la moto


Sommaire


Un ruban d'asphalte au cœur de l'Eifel

Nous sommes au milieu des années 1920, dans le massif de l'Eifel, une région montagneuse et humide de l'ouest de l'Allemagne. Autour du village et du château médiéval de Nürburg, on décide de tracer un circuit dans les collines boisées, à la fois pour promouvoir l'industrie automobile allemande et pour offrir du travail à une région pauvre. Les travaux, confiés à l'architecte Gustav Eichler, débutent en septembre 1925 et s'achèvent au printemps 1927.

L'inauguration a lieu le 18 juin 1927, et — détail que tout motard savoure — ce sont les motos et side-cars qui ouvrent le bal, un jour avant les voitures. La première victoire de l'histoire du Nürburgring revient à Toni Ulmen, sur une Velocette anglaise de 350 cm³. À l'origine, le complexe formait la Gesamtstrecke de 28,265 km, réunissant la Nordschleife (22,810 km) et la Südschleife (7,747 km) reliées par la ligne de départ. Cette configuration démesurée ne fut utilisée en course que jusqu'en 1931, tant elle était difficile à gérer. Pour les amateurs de tracés hors normes, ce circuit dialogue avec d'autres monstres sacrés que nous avons racontés, comme le Tourist Trophy de l'île de Man ou le circuit de Guia à Macao.


« Grüne Hölle » : la naissance d'un surnom

Dans sa configuration actuelle, la Nordschleife — la « Boucle Nord » — déroule 20,832 km de bitume à travers la forêt. On lui prête plus de 150 changements de direction (73 virages officiellement nommés), et surtout un dénivelé de plus de 300 mètres entre son point le plus bas et son point le plus haut. Le tracé plonge, remonte, se dérobe en aveugle par-dessus des bosses, avec des noms de virages devenus mythiques : Flugplatz, Bergwerk, Karussell, Brünnchen ou l'interminable Döttinger Höhe.

Le surnom qui colle à la peau du circuit est né de la bouche d'un champion. En 1968, l'Écossais Jackie Stewart remporte le Grand Prix d'Allemagne de Formule 1 sous une pluie battante et un brouillard à couper au couteau, avec plus de quatre minutes d'avance. Épuisé par ce combat contre les éléments dans un enfer d'arbres et de bitume invisible, il baptise l'endroit « The Green Hell » — la Grüne Hölle, l'Enfer Vert. Le nom est resté, résumant à lui seul ce mélange unique de beauté forestière et de danger permanent. C'est cette dimension légendaire qui place la Nordschleife au panthéon des tracés, aux côtés des circuits les plus mythiques du MotoGP.

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La moto et l'Enfer Vert : les Grands Prix d'Allemagne

Si le Nürburgring est surtout célèbre pour ses heures de gloire en Formule 1, il fut aussi une terre de Grands Prix moto. Le Grand Prix d'Allemagne de vitesse y a fait de nombreuses haltes, une partie des épreuves à deux roues se disputant sur la Südschleife de 7,747 km, jugée un peu moins effrayante que la grande boucle. Les géants de l'époque y ont écrit de belles pages, à commencer par l'immense Giacomo Agostini, ou encore Mike Hailwood et John Surtees.

Mais les pilotes moto, plus exposés que quiconque, ont vite tiré la sonnette d'alarme. Dès 1974, l'épreuve fut boycottée par les prétendants au titre : le tracé n'avait pas été suffisamment protégé par des bottes de paille, seule parade dérisoire face aux arbres et aux talus. La contradiction était insoluble : les motards réclamaient des zones dégagées, quand les voitures réclamaient rails et grillages. Le Grand Prix d'Allemagne moto se tint pour la dernière fois sur le vieux Nürburgring les 22-24 août 1980, avant de migrer définitivement vers Hockenheim. La messe était dite.


Trop dangereux pour les Grands Prix modernes

La réputation mortelle de l'Enfer Vert n'a rien d'une légende exagérée. Avec ses plus de 20 km, il était tout bonnement impossible de sécuriser l'intégralité du tracé : postes de commissaires trop éloignés, secours parfois à plusieurs minutes, virages en aveugle bordés de forêt. Le point de bascule pour l'automobile survient le 1er août 1976, lorsque Niki Lauda est victime d'un terrible accident, sa Ferrari s'embrasant à hauteur de Bergwerk. Grièvement brûlé, l'Autrichien survit de justesse.

Le verdict tombe : la Formule 1 ne reviendra jamais sur la vieille boucle, le Grand Prix d'Allemagne étant transféré à Hockenheim dès 1977. Pour continuer d'accueillir le sport automobile international, un tout nouveau circuit moderne et sécurisé, la GP-Strecke d'environ 5,1 km, est construit au début des années 1980 et inauguré en 1984, à l'emplacement de l'ancienne ligne de départ et de la Südschleife détruite. Cette quête impossible du risque zéro rappelle d'autres arènes extrêmes que nous avons explorées, comme la course de côte de Pikes Peak ou l'Erzbergrodeo.


Les Touristenfahrten : l'Enfer ouvert à tous

Voici le détail qui rend le Nürburgring absolument unique au monde : depuis son ouverture, la Nordschleife n'est pas qu'un circuit de compétition, c'est aussi une route à péage ouverte au public. Ces sessions, les fameuses Touristenfahrten (littéralement « conduites touristiques »), permettent à n'importe qui de venir avaler un tour du mythe avec son propre véhicule. Le principe est simple : on achète un ticket, on franchit la barrière, et on affronte l'Enfer Vert. En 2026, le tarif tourne autour de 30 € le tour du lundi au jeudi et 35 € le week-end, avec des cartes saison à plusieurs milliers d'euros pour les mordus.

Attention toutefois, motards : la situation a changé. Depuis février 2025, les deux-roues ne sont plus admis lors des sessions publiques classiques de Touristenfahrten, le circuit invoquant la dangerosité du mélange autos-motos et leurs dynamiques trop différentes. Les motos peuvent encore rouler sur la Nordschleife, mais uniquement lors de sessions encadrées par des guides, en nombre très limité. Rouler l'Enfer Vert en moto reste donc un rêve accessible, mais désormais plus balisé.


Un temple absolu pour les motards

Qu'il soit foulé casque sur la tête ou simplement admiré depuis les talus, le Nürburgring Nordschleife occupe une place à part dans l'imaginaire des passionnés. C'est un lieu de pèlerinage, au même titre que la « Cathédrale » d'Assen : on y vient pour se mesurer à l'Histoire, sentir sous ses roues le bitume qui a vu passer les plus grands. Les constructeurs eux-mêmes en ont fait leur banc d'essai grandeur nature : une bonne partie des sportives et roadsters modernes, à commencer par les BMW Motorrad, y sont développés et chronométrés.

Car c'est bien là que réside la magie de l'Enfer Vert : ce n'est pas seulement un circuit, c'est un défi personnel, une école d'humilité où chaque virage en aveugle rappelle au pilote sa propre fragilité. Peu de tracés au monde inspirent autant de respect mêlé de crainte. La Grüne Hölle demeure, un siècle après sa naissance, le juge de paix ultime du talent et du courage.

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Tableau récapitulatif

Caractéristique Détail
Localisation Nürburg, massif de l'Eifel (Allemagne)
Inauguration 18 juin 1927 (motos et side-cars en premier)
Architecte Gustav Eichler
Longueur (Nordschleife actuelle) 20,832 km
Virages Plus de 150 changements de direction (73 nommés)
Dénivelé Plus de 300 mètres
Surnom « Grüne Hölle » / Enfer Vert (Jackie Stewart, 1968)
Dernier GP moto 22-24 août 1980
Sortie de la F1 Après l'accident de Niki Lauda (1976)
GP-Strecke moderne Inaugurée en 1984 (≈ 5,1 km)
Touristenfahrten ≈ 30 € le tour ; motos interdites en session publique depuis février 2025

FAQ — Questions fréquentes

Pourquoi le Nürburgring Nordschleife est-il surnommé « l'Enfer Vert » ?
Le surnom « Grüne Hölle » (Green Hell) a été popularisé par le pilote écossais Jackie Stewart après sa victoire au Grand Prix d'Allemagne de F1 de 1968, disputé sous une pluie battante et un brouillard épais. Il résume le mélange de forêt luxuriante et de danger extrême du tracé.

Quelle est la longueur exacte de la Nordschleife ?
La Boucle Nord actuelle mesure 20,832 km. À l'origine, elle faisait 22,810 km et se combinait avec la Südschleife (7,747 km) pour former une Gesamtstrecke de 28,265 km, utilisée en course jusqu'en 1931.

Y a-t-il eu des Grands Prix moto au Nürburgring ?
Oui. Le Grand Prix d'Allemagne de vitesse s'y est disputé à plusieurs reprises, souvent sur la Südschleife. La dernière édition sur le vieux Nürburgring a eu lieu les 22-24 août 1980, avant un transfert définitif à Hockenheim.

Pourquoi le circuit a-t-il été écarté des Grands Prix modernes ?
À cause de sa dangerosité : ses plus de 20 km étaient impossibles à sécuriser correctement. L'accident de Niki Lauda en 1976 a scellé le sort de la F1, transférée à Hockenheim dès 1977, et les motos ont suivi en 1980.

Peut-on encore rouler à moto sur le Nürburgring ?
Oui, mais de façon restreinte. Depuis février 2025, les motos ne sont plus admises lors des sessions publiques de Touristenfahrten et ne peuvent rouler la Nordschleife que lors de sessions encadrées par des guides, en nombre très limité.