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Le supermotard : la moto tout-terrain chaussée en slicks qui a conquis le bitume
Courses & circuitsSupermotard1979 à aujourd'hui
Né en 1979 sur le circuit californien de Carlsbad, le supermotard doit tout à une émission d'ABC, Superbikers, imaginée par le promoteur Gavin Trippe pour faire s'affronter motocrossmen, pilotes de flat track et champions de vitesse sur un même tracé. Kent Howerton empoche les 11 000 dollars promis au vainqueur de la première édition. La recette tient en un mélange de bitume et de terre, une base d'enduro rechaussée en jantes de 17 pouces et un disque avant de 320 mm. Passée en Europe, la discipline devient championnat du monde en 2002 et sacre huit fois le Français Thomas Chareyre.
Sommaire
- Superbikers : quand une émission de télé invente une discipline
- Le tracé mixte : du bitume, de la terre et un saut
- La machine : un tout-terrain rechaussé en 17 pouces
- Le pied en avant : la technique volée au flat track
- La France s'empare du supermotard
- Le supermotard aujourd'hui
- Tableau récapitulatif
- FAQ
Superbikers : quand une émission de télé invente une discipline
La plupart des disciplines moto naissent d'un besoin, d'un terrain ou d'une bande de passionnés. Le supermotard, lui, est né d'une idée de télévision. En 1979, le promoteur britannique Gavin Trippe vend à la chaîne américaine ABC un concept destiné à l'émission Wide World of Sports : réunir sur un même tracé les vedettes de toutes les spécialités du sport moto et voir laquelle s'en sort le mieux. L'épreuve s'appelle Superbikers et se dispute au Carlsbad Raceway, près de San Diego, en Californie.
Le plateau de cette première édition, disputée fin 1979, donne le vertige. On y trouve des motocrossmen comme Kent Howerton, Jeff Ward ou le Suédois Håkan Carlqvist, champion du monde de motocross 250 en titre ; des spécialistes du flat track comme Mike Kidd, Steve Eklund et David Aldana ; des routiers de tout premier plan avec Kenny Roberts, alors champion du monde 500, Freddie Spencer et Eddie Lawson ; et même Peter Collins, champion du monde de speedway 1976. La bourse est indécente pour l'époque : 11 000 dollars au vainqueur sur une dotation totale de 20 000 dollars, quand une victoire de manche en championnat national rapportait quelques centaines de dollars. C'est Howerton, le crossman, qui repart avec le chèque.
Au fil des éditions suivantes, on croise aussi Wayne Rainey, Bubba Shobert ou Ricky Graham, et Superbikers devient le rendez-vous que tout le monde espère. Puis l'audience s'érode, le supercross monopolise l'attention du public américain, et ABC débranche le programme au milieu des années 1980 — la plupart des sources situent la dernière édition en 1985, quelques-unes en 1986. La discipline s'endort aux États-Unis. Elle ne le sait pas encore, mais sa deuxième vie l'attend de l'autre côté de l'Atlantique : les pilotes européens venus courir à Carlsbad ont ramené l'idée dans leurs bagages.
Le tracé mixte : du bitume, de la terre et un saut
Tout le sel du supermotard tient dans son tracé mixte. Une piste type emprunte une portion asphaltée — souvent un vrai circuit de karting ou de moto — puis bascule sans transition sur une section en terre compactée, agrémentée d'obstacles empruntés au motocross et, presque toujours, d'un saut. On repasse ensuite sur le bitume pour boucler le tour. En une minute de chrono, le pilote change deux fois d'univers, de grip et de logique de pilotage.
Les proportions ne sont pas laissées au hasard. Les tracés de supermoto comportent généralement entre 50 et 75 % d'asphalte, le reste étant en terre ; la référence internationale tourne autour de 70 % de bitume pour 30 % de terre, et la réglementation française autorise une fourchette de 50 à 80 % de revêtement dur. Cette dose de terre change tout : elle empêche la course de devenir une simple épreuve de vitesse et impose une polyvalence que ni le circuit ni le motocross seuls n'exigent.
Autre conséquence : les vitesses restent raisonnables. On dépasse rarement les 160 km/h en supermotard, très loin des pointes d'un circuit de vitesse. Le spectacle ne vient donc pas de la vélocité pure mais de la densité — freinages tardifs, glisses permanentes, dépassements à l'entrée des virages, réception de saut suivie d'un freinage sur bitume. C'est probablement la discipline où l'on voit le plus de choses se passer par mètre parcouru.
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La machine : un tout-terrain rechaussé en 17 pouces
À l'époque d'ABC, faute de gomme adaptée à ce mélange inédit de terre et de bitume, les concurrents roulaient sur des pneus de flat track retaillés — 19 pouces à l'avant et 18 à l'arrière sur la machine victorieuse de Howerton, les crampons d'origine s'étant révélés bien trop instables sur l'asphalte. La machine moderne du supermotard, elle, s'est construite ensuite, par une recette d'une simplicité redoutable : on prend une base d'enduro ou de motocross et on la rechausse.
Le geste fondateur, c'est le passage aux jantes de 17 pouces, parfois 16,5 pouces à l'avant en compétition, qui permettent de monter des pneus routiers — semi-slicks ou vrais slicks de vitesse, jusqu'à 7 pouces de large sur les machines de pointe. Vient ensuite le freinage : avec une gomme qui accroche enfin le bitume, le disque de 260 mm d'origine ne suffit plus. Le standard de la discipline est un disque avant surdimensionné de 320 mm, monté sur une patte de déport, associé à un étrier renforcé. Les suspensions sont raccourcies et durcies, la démultiplication revue, mais le squelette reste celui d'une machine de terre. Le choix des gommes devient dès lors un sujet de course à part entière.
Le résultat est une moto d'une légèreté indécente : une centaine de kilos environ, pour un monocylindre quatre temps de 450 cm³ développant de l'ordre de 60 chevaux sur les machines d'usine actuelles. Ce rapport poids-puissance, associé à un guidon large et à une garde au sol de tout-terrain, explique pourquoi le supermotard est souvent présenté comme la meilleure école de pilotage qui soit : la moto pardonne peu, mais elle prévient beaucoup. Sur route, ce même mariage de la terre et du bitume a donné naissance à une famille entière de machines, cousines du scrambler et du streetfighter dans l'imaginaire des motards.

Le pied en avant : la technique volée au flat track
La signature visuelle du supermotard est immédiatement reconnaissable : à l'entrée du virage, le pilote tend sa jambe intérieure vers l'avant, pied dégagé du repose-pied, corps déporté vers l'intérieur, tandis que la roue arrière dérive. Ce geste ne vient ni du circuit, où l'on sort le genou, ni du motocross : il est directement hérité du flat track américain, où les pilotes glissent en appui sur une botte ferrée depuis les premières décennies de la discipline, dans l'entre-deux-guerres.
Techniquement, la glisse du supermotard naît d'une combinaison précise. Le frein moteur du gros monocylindre, ajouté au transfert de masse vers l'avant provoqué par un freinage puissant, allège l'arrière jusqu'à le faire décrocher. Le pilote accompagne alors le mouvement, oriente la machine par le train arrière et se sert de sa jambe tendue comme d'un balancier — et, en cas de perte totale d'adhérence, d'un point d'appui d'urgence. Le frein avant, ici, ne sert pas seulement à ralentir : il place la moto.
C'est cette grammaire qui a essaimé bien au-delà de la discipline. Beaucoup de pilotes de vitesse s'entraînent aujourd'hui sur des machines de supermotard ou de dirt track précisément pour apprendre à gérer une trajectoire quand la moto décroche. La discipline a fabriqué une génération de pilotes à l'aise avec le dérapage, à une époque où la fibre tout-terrain se perdait dans les paddocks routiers.

La France s'empare du supermotard
La France a été le pays d'accueil idéal. Dès 1981, une première course inspirée de Superbikers est organisée sur le circuit Carole, en région parisienne, à l'initiative de Philippe Debarle. Un Trophée de France Supermotard de cinq épreuves démarre en 1983, structuré par Philippe Vassard et Alain Brochery via leur société Sekoïa, avant de devenir un véritable Championnat de France à la fin des années 1980. Le mot lui-même — « supermotard », contraction bien française de super et motard — s'impose alors comme le nom européen de la discipline, là où les Américains parlent de supermoto.
Ce terreau produit des champions. Quand la FIM crée enfin un championnat du monde en 2002, c'est un Français, Thierry Van den Bosch, qui décroche la toute première couronne. Une seconde catégorie, la S2, cohabite avec la S1 de 2004 à 2009, avant que le mondial ne revienne à une classe unique en 2010. Et à partir de là, un nom écrase tout : Thomas Chareyre, huit fois champion du monde entre 2010 et 2020, recordman absolu de la discipline. En France même, Sylvain Bidart a raflé huit titres nationaux et a même été sacré champion des États-Unis en 2009.
Car les Américains, eux, avaient fini par revenir : l'AMA lance son propre AMA Supermoto Championship en 2003, remporté trois années de suite par le multiple champion de motocross Jeff Ward en 2004, 2005 et 2006, avant que la série ne s'arrête après la saison 2009 — dont Bidart fut justement le dernier lauréat. Les X Games ont également accueilli le supermoto de 2004 à 2009, offrant à la discipline une exposition télévisée qui rappelait ses origines.
Le supermotard aujourd'hui
Le championnat du monde existe toujours. Rebaptisé FIM S1GP, il tient un format resserré et très européen : la saison 2026 aligne six manches réparties dans cinq pays, d'Albaida en Espagne le 29 mars à Mettet en Belgique le 11 octobre, en passant par la Sardaigne, le Piémont, la Tchéquie et la Hongrie. L'Allemand Marc-Reiner Schmidt y règne sans partage avec cinq titres consécutifs de 2021 à 2025.
À côté du mondial individuel, le FIM Supermoto des Nations, créé en 2006, joue le rôle que le Motocross des Nations tient pour la terre : une confrontation par équipes nationales. Et là, la domination française est écrasante — treize victoires au compteur, la dernière en 2024, avec de longues séries ininterrompues. En France, la Fédération française de motocyclisme pilote directement le championnat national depuis 2010, avec sept épreuves annuelles et plus de 300 pilotes engagés ; le supermotard y est reconnu discipline de haut niveau par le ministère des Sports depuis 2021.
Reste que le supermotard demeure une passion de niche, sans la couverture médiatique du MotoGP ni celle du supercross. C'est peut-être sa force : une discipline qui vit dans les circuits de karting du dimanche, où l'on croise autant de pilotes issus du tout-terrain que de routiers venus apprendre à glisser. Quarante-sept ans après Carlsbad, l'idée de Gavin Trippe tient toujours debout : mettez tout le monde sur la même piste bâtarde, et on verra bien qui pilote vraiment.

De la terre, du bitume et une roue arrière en travers : accroche ça au mur et ton salon sent le pneu chaud.
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Tableau récapitulatif
| Repère | Détail |
|---|---|
| Acte de naissance | 1979, épreuve « Superbikers » créée par Gavin Trippe pour ABC, au Carlsbad Raceway (Californie) |
| Premier vainqueur | Kent Howerton (motocross), fin 1979 : 11 000 dollars sur une dotation de 20 000 |
| Fin de l'émission ABC | Programme coupé au milieu des années 1980 (1985 selon la plupart des sources, 1986 selon d'autres), concurrencé par la montée du supercross |
| Composition du tracé | Environ 50 à 75 % d'asphalte, le reste en terre, avec obstacles de cross et saut |
| Machine type | Base enduro/cross, jantes 17 pouces, pneus routiers, disque avant 320 mm, ~100 kg |
| Moteur en S1 | Monocylindre 4 temps de 450 cm³, environ 60 ch sur les machines d'usine |
| Vitesse maxi usuelle | Rarement au-delà de 160 km/h |
| Technique clé | Glisse arrière au frein moteur, jambe intérieure tendue vers l'avant (héritage flat track) |
| France | Première course en 1981 à Carole, Trophée de France en 1983, championnat national dès la fin des années 1980 |
| Championnat du monde | Créé en 2002 (1er titre : Thierry Van den Bosch), classe S2 de 2004 à 2009, aujourd'hui FIM S1GP |
| Recordman | Thomas Chareyre (France), 8 titres mondiaux entre 2010 et 2020 |
| Champion en titre | Marc-Reiner Schmidt (Allemagne), 5 couronnes consécutives de 2021 à 2025 |
| Supermoto des Nations | Créé en 2006, 13 victoires françaises (dernière en 2024) |
FAQ — Questions fréquentes
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Quelle est la différence entre supermotard et supermoto ?Aucune sur le fond : ce sont deux noms de la même discipline. « Supermoto » est le terme d'origine américaine et l'appellation officielle de la FIM, tandis que « supermotard » est le mot forgé en Europe francophone lorsque la discipline s'y est implantée dans les années 1980.
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Pourquoi les motos de supermotard ont-elles des roues de 17 pouces ?Parce que c'est la taille standard des pneus routiers. Rechausser une machine de cross ou d'enduro en jantes de 17 pouces permet de monter des semi-slicks ou des slicks, seuls capables d'exploiter l'adhérence des sections asphaltées du tracé.
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Pourquoi les pilotes tendent-ils la jambe dans les virages ?C'est une technique héritée du flat track américain. Le frein moteur du gros monocylindre et le transfert de masse vers l'avant font décrocher la roue arrière : la jambe tendue sert de balancier pour contrôler la glisse et, au besoin, de point d'appui d'urgence.
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Le championnat du monde de supermotard existe-t-il encore ?Oui. Créé en 2002, il se dispute aujourd'hui sous le nom de FIM S1GP. La saison 2026 comporte six manches réparties dans cinq pays européens, de l'Espagne fin mars à la Belgique mi-octobre.
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Qui est le pilote le plus titré de l'histoire du supermotard ?Le Français Thomas Chareyre, avec huit titres de champion du monde décrochés entre 2010 et 2020. Depuis, l'Allemand Marc-Reiner Schmidt a enchaîné cinq couronnes de 2021 à 2025. En championnat de France, Sylvain Bidart détient huit titres nationaux et a également été sacré champion des États-Unis en 2009.

