Le speedway : 500 cm³, aucun frein, quatre pilotes sur la cendrée

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Le speedway : 500 cm³, aucun frein, quatre pilotes sur la cendrée


Courses & circuitsSpeedwayOvale de cendrée

Le speedway naît sur les ovales australiens — première réunion documentée le 15 décembre 1923 à West Maitland — avant d'embraser l'Angleterre le 19 février 1928 à High Beech, devant trente mille curieux. Sa machine reste l'une des plus radicales du sport moto : monocylindre quatre-temps de 500 cm³ au méthanol pur, environ 75 chevaux, une seule vitesse, aucune suspension arrière et strictement aucun frein pour 77 kilos minimum. Quatre pilotes, quatre tours, une soixantaine de secondes de dérive contrôlée sur schiste concassé. De Wembley 1936 au Speedway Grand Prix né en 1995, le titre mondial passe aujourd'hui par la Pologne, le Danemark et la Suède.

Sommaire


Des ovales australiens aux stades anglais

L'histoire commence loin de l'Europe. Dès 1905, des motos tournent déjà sur la piste de 440 yards du terrain de rugby de Newcastle, en Nouvelle-Galles du Sud. Mais la première réunion vraiment documentée de ce qui deviendra le speedway se tient le 15 décembre 1923 au West Maitland Showground, toujours en Australie, sur un anneau de terre battue tracé au milieu d'un champ de foire. Trois ans plus tard, en 1926, le pays organise son premier championnat national de speedway au Newcastle Showground, remporté par l'Américain Cec Brown. Le décor est planté : un ovale, de la poussière, et des motos dépouillées de tout ce qui n'accélère pas.

Le basculement se produit en Angleterre. Le 19 février 1928, une réunion organisée par R. J. Hill-Bailey et l'Ilford Motor Cycle Club sur le circuit de High Beech, dans l'Essex, attire environ 30 000 spectateurs — les organisateurs en espéraient dix fois moins. Deux Australiens, Billy Galloway et Keith McKay, avaient traversé la planète précisément pour implanter la discipline dans l'hémisphère nord. Le pari est gagné en une après-midi. En quelques saisons, le speedway devient un sport de stade, populaire, urbain, disputé le soir sous les projecteurs : une trajectoire radicalement différente de celle des routiers du Tourist Trophy ou des rebelles de la culture café racer qui enflammeront la même Angleterre trente ans plus tard.


La machine : 500 cm³, méthanol, zéro frein

Une moto de speedway est un exercice de soustraction. Le règlement technique de la FIM impose un monocylindre quatre-temps de 500 cm³ maximum, un seul carburateur, une seule bougie, alimenté au méthanol pur, sans additif. Ce carburant autorise un taux de compression très élevé et refroidit la chambre de combustion : c'est lui qui permet d'extraire environ 75 chevaux d'un seul piston, pour un poids minimum de 77 kg. À titre de comparaison, la Yamaha YZF-R1 de 1998 revendiquait 150 chevaux, mais pour 177 kg à sec : rapporté au poids, le monocylindre d'ovale reste devant.

Le reste tient du dépouillement intégral : une seule vitesse en prise directe, l'embrayage ne servant qu'à embrayer et débrayer, pas de suspension arrière, aucun démarreur — on pousse la machine pour la lancer. Et surtout, ce qui définit la discipline aux yeux du monde entier : aucun frein. Ni devant, ni derrière. Le pilote ralentit uniquement en coupant les gaz et en mettant la moto en travers. Autant dire que les réflexes acquis en maniant une boîte de vitesses sur route ne servent strictement à rien ici.

Le rapport final se règle uniquement en changeant les pignons avant et arrière, selon l'accroche du soir. Deux motoristes dominent le plateau mondial : l'italien GM et le tchèque Jawa, dont les blocs « laydown » — cylindre fortement incliné vers l'avant pour abaisser le centre de gravité — équipent l'immense majorité des machines. Avec 75 chevaux pour 77 kilos, une telle moto expédie le 0 à 100 km/h en environ trois secondes pour une pointe d'à peine 130 km/h en ligne droite : tout se joue dans l'accélération et dans la glisse, jamais dans la vitesse pure.

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Quatre pilotes, quatre tours, soixante secondes

Quatre pilotes, quatre tours, aucun frein : le speedway tient dans une phrase. Chaque manche (ou « heat ») oppose quatre concurrents lancés dans le sens antihoraire sur quatre tours, soit à peine une soixantaine de secondes de course. Le départ est arrêté, moteur tournant, roue avant calée derrière un ruban élastique tendu en travers de la piste : quand le starter le lève, tout se joue en cinquante mètres. Toucher le ruban avant son envol vaut exclusion immédiate, et un pilote dispose d'un délai de deux minutes, décompté par l'arbitre de la rencontre, pour se présenter sur la ligne.

Le barème est d'une simplicité désarmante : 3 points pour le vainqueur, 2 pour le deuxième, 1 pour le troisième, rien pour le quatrième. En championnat par équipes, une rencontre classique se déroule sur 15 manches avec sept pilotes par formation, chacun roulant quatre à cinq fois dans la soirée. Résultat : une réunion complète tient en deux heures, avec une course toutes les cinq minutes. Loin des marathons de l'endurance comme les 24 Heures du Mans, le speedway vend de l'intensité au litre.


L'art du travers sur la cendrée

La piste est un ovale de 260 à 425 mètres, large d'au moins 10 mètres en ligne droite et 14 mètres dans les virages. Son revêtement, que les Français appellent historiquement la cendrée, est aujourd'hui composé de schiste, de granit ou de briques concassées dont aucun grain ne doit excéder 7 millimètres. Cette couche meuble est arrosée et hersée entre les manches : une surface volontairement instable, faite pour être arrachée.

Sans frein et sans boîte, le pilote n'a qu'une arme : le travers. À l'entrée de courbe, il déséquilibre volontairement la machine, ouvre les gaz et laisse la roue arrière décrocher, le pied gauche chaussé d'une semelle d'acier glissant sur la cendrée comme un troisième appui. La moto avance alors de biais, contre-braquée, projetant un rideau de schiste dans le visage des poursuivants. C'est le même vocabulaire gestuel que le flat track américain, poussé à l'extrême par l'absence totale de freinage — un monde qui n'a plus rien à voir avec la manière de négocier un virage sur route.


De Wembley 1936 au Speedway Grand Prix

Le premier championnat du monde individuel est organisé le 10 septembre 1936, au stade de Wembley, devant 74 000 personnes. Au terme des vingt manches de la finale, bonus des tours qualificatifs compris, l'Australien Lionel Van Praag et l'Anglais Eric Langton sont à égalité parfaite avec 26 points. Il faut un barrage pour les départager. Langton casse le ruban au départ, ce qui devrait le disqualifier : Van Praag refuse de gagner sur tapis vert et exige que la course soit relancée. Langton mène jusqu'au dernier virage, Van Praag se glisse dans un trou de souris et l'emporte de moins d'une roue. Cruauté du barème, Bluey Wilkinson termine troisième avec 25 points alors qu'il n'a pas été battu une seule fois dans la finale : ses bonus de qualification étaient trop maigres. Rarement un sport s'est offert un acte de naissance aussi théâtral.

Pendant six décennies, le titre se joue en une seule finale, une soirée unique où tout peut basculer. En 1995, on bascule vers un format de série : le Speedway Grand Prix, plusieurs épreuves réparties sur la saison, remporté dès sa première édition par le Danois Hans Nielsen — son quatrième titre mondial. Le principe est resté : seize pilotes par Grand Prix, vingt manches lors desquelles chacun affronte une fois tous les autres, les huit meilleurs en demi-finales, les deux premiers de chaque demie en finale. Score maximum sur un week-end : 21 points, soit cinq manches gagnées, la demie et la finale.

Trois hommes se partagent le record absolu de six couronnes mondiales : le Néo-Zélandais Ivan Mauger, le Suédois Tony Rickardsson et le Polonais Bartosz Zmarzlik, qui les a rejoints le 13 septembre 2025 à Vojens, au Danemark. Zmarzlik est même devenu le premier pilote de l'histoire à enchaîner quatre titres consécutifs, et il l'a fait dans la douleur : un seul point d'avance sur l'Australien Brady Kurtz, qui disputait sa première saison complète de Grand Prix et venait d'aligner cinq victoires d'affilée, record arraché aux quatre de Rickardsson en 2005. Rien d'anecdotique : à ce niveau de densité, le speedway soutient la comparaison avec les plus belles bagarres de l'histoire du MotoGP.


Les grandes nations du speedway

Née en Australie, popularisée en Grande-Bretagne, la discipline a peu à peu glissé son épicentre vers l'est. Le championnat national polonais, l'Ekstraliga, est aujourd'hui considéré comme la ligue la plus riche et la plus suivie du monde : en 2025, elle a tourné autour de 9 600 spectateurs de moyenne par rencontre, avec des clubs comme Betard Sparta Wrocław (13 675 de moyenne, à guichets fermés toute la saison) et Toruń (13 029). C'est tout simplement le sport le plus suivi de Pologne après le football. À côté, le Danemark et la Suède alignent des générations entières de champions, et l'Australie continue d'exporter des pilotes taillés pour la glisse — un vivier qui a aussi donné au bitume des noms comme Mick Doohan et Casey Stoner.

Côté compétitions par nations, le Speedway of Nations a été créé en 2018, sur un format de paires : sept équipes nationales par réunion, deux pilotes chacune, dont les scores s'additionnent. La Russie a raflé les trois premières éditions (2018, 2019, 2020), la Grande-Bretagne s'est imposée en 2021 et 2024, l'Australie en 2022 et 2025 — l'épreuve n'ayant pas été disputée en 2023.


Glace, gazon et long track

Le principe de l'ovale sans frein s'est décliné sur d'autres surfaces. Le speedway sur glace reprend l'ovale de 260 à 425 mètres, mais les motos y gagnent une boîte à deux rapports, un empattement plus long et un cadre plus rigide — et surtout des pneus hérissés de crampons de 3 cm : entre 130 et 140 pointes à l'avant, 170 à 190 à l'arrière. Ces machines n'ont toujours pas de freins et frôlent les 130 km/h en ligne droite, penchées à l'extrême, l'épaule à quelques centimètres de la glace. Le championnat du monde individuel existe depuis 1966, et la domination soviétique puis russe y est historique.

Sur terre et sur herbe, le grasstrack et le long track jouent la même partition sur des anneaux beaucoup plus longs, où les vitesses de pointe explosent. Le championnat du monde de long track a été créé en 1971, dans la continuité du championnat d'Europe disputé de 1957 à 1970. L'Allemand Gerd Riss y détient le record avec huit titres, devant le Britannique Simon Wigg et ses cinq couronnes. Une famille de disciplines terreuses qui partage son ADN avec le Motocross des Nations et, pour le côté spectacle brut, avec des attractions foraines comme le Wall of Death.

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Tableau récapitulatif

Élément Donnée
Première réunion documentée 15 décembre 1923, West Maitland (Australie)
Première réunion britannique 19 février 1928, High Beech (Essex), ~30 000 spectateurs
Moteur Monocylindre 4-temps, 500 cm³ maximum
Carburant Méthanol pur, sans additif
Transmission Une seule vitesse, prise directe
Freins Aucun
Poids minimum 77 kg
Puissance / performance ≈ 75 ch, 0 à 100 km/h en ~3 s, ~130 km/h en pointe
Format d'une manche 4 pilotes, 4 tours, départ arrêté au ruban, ~60 secondes
Barème 3-2-1-0 points
Piste Ovale de 260 à 425 m, schiste/granit/brique, grains ≤ 7 mm
Premier championnat du monde 10 septembre 1936, Wembley, Lionel Van Praag (Australie)
Format actuel Speedway Grand Prix, depuis 1995
Record de titres 6 : Ivan Mauger, Tony Rickardsson, Bartosz Zmarzlik
Grandes nations Pologne, Danemark, Suède, Grande-Bretagne, Australie
Variantes Glace (Mondial depuis 1966), long track (depuis 1971), grasstrack

FAQ — Questions fréquentes

Pourquoi les motos de speedway n'ont-elles aucun frein ?
C'est une obligation du règlement FIM, pas un oubli. Sur un ovale étroit où quatre machines glissent côte à côte, un freinage brutal provoquerait des chutes en chaîne. Le pilote ralentit en coupant les gaz et en mettant la moto en travers, la roue arrière servant de frein naturel.

Quelle est la cylindrée et le carburant réglementaires en speedway ?
Un monocylindre quatre-temps de 500 cm³ maximum, alimenté au méthanol pur sans additif. Le méthanol autorise un taux de compression très élevé, ce qui permet d'obtenir environ 75 chevaux pour une machine pesant au minimum 77 kg.

Comment se déroule une manche de speedway ?
Quatre pilotes s'élancent d'un départ arrêté derrière un ruban élastique, dans le sens antihoraire, sur quatre tours d'ovale, soit une soixantaine de secondes. Le vainqueur marque 3 points, le deuxième 2, le troisième 1 et le quatrième aucun.

Quand a été créé le Speedway Grand Prix ?
En 1995. Il a remplacé la finale unique qui désignait le champion du monde depuis 1936, au profit d'une série d'épreuves étalées sur la saison. Le Danois Hans Nielsen a remporté cette première édition, son quatrième titre mondial.

Qui détient le record de titres mondiaux en speedway ?
Trois pilotes sont à six couronnes : le Néo-Zélandais Ivan Mauger, le Suédois Tony Rickardsson et le Polonais Bartosz Zmarzlik, sacré pour la sixième fois le 13 septembre 2025 à Vojens. Zmarzlik est le premier à avoir enchaîné quatre titres consécutifs.