Jawa : de Prague à la cendrée, la marque tchèque qui a fait tourner le speedway

Histoire des marques -

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Jawa : de Prague à la cendrée, la marque tchèque qui a fait tourner le speedway


MarqueJawaSpeedway

Fondée à Prague en 1929 par l'ingénieur František Janeček, qui rachète la licence de la 500 du constructeur allemand Wanderer, Jawa tire son nom des deux premières lettres de chacun de ces noms. Après la 175 populaire des années 1930, la marque conçoit en secret sous l'Occupation la 250 Pérák, exportée vers plus d'une centaine de pays. Nationalisée puis associée à ČZ dans une série commune, elle absorbe l'atelier ESO de Divišov et s'impose sur la cendrée, de Barry Briggs à Ivan Mauger, avant d'affronter Weslake puis GM. Frappée par l'effondrement des marchés de l'Est, elle renaît avec Jawa Moto et une seconde vie en Inde.


L'ingénieur Janeček et la licence Wanderer

Avant d'être une marque de motos, Jawa est l'affaire d'un homme : l'ingénieur František Janeček, né en 1878 en Bohême, formé à la mécanique à Prague puis à Berlin. Inventeur prolifique, il dépose des dizaines de brevets et met au point, pendant la Première Guerre mondiale, une grenade à main qui devient l'arme réglementaire de l'armée tchécoslovaque, au point d'être surnommée « la Janeček ».

Dans les années 1920, Janeček dirige à Prague-Nusle une fabrique d'armement et cherche à diversifier sa production. L'occasion vient d'Allemagne : le constructeur Wanderer, installé à Chemnitz, s'apprête à renoncer à la moto. En 1929, Janeček lui rachète la licence de sa 500, avec l'outillage et le stock de pièces nécessaires à sa fabrication. La machine est ambitieuse : moteur à soupapes en tête d'environ 18 ch, cadre en tôle d'acier emboutie et transmission finale par cardan.

Reste à la baptiser. Janeček accole les deux premières lettres de son nom à celles de son partenaire allemand : JA pour Janeček, WA pour Wanderer. Le mot est court, facile à prononcer dans toutes les langues, et son W, lettre étrangère à l'orthographe tchèque, lui donne une note cosmopolite. La marque est déposée en 1929 et la première Jawa 500 est dévoilée au Salon de Prague en octobre : ce nom de quatre lettres finira sur plus de trois millions de motos.

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La 175 populaire et l'essor des années 1930

La 500 d'origine Wanderer se révèle coûteuse et capricieuse : sa fourche, sujette aux ruptures, doit être redessinée dès 1930, et il n'en sort qu'un peu plus d'un millier d'exemplaires jusqu'en 1931. Janeček en tire la leçon : pour vivre, sa jeune marque a besoin d'une machine simple et abordable.

Il s'entoure pour cela du designer anglais George William Patchett, qui rejoint Jawa en 1931. L'année suivante apparaît la Jawa 175, animée par un petit deux-temps d'origine Villiers et présentée comme une moto populaire, accessible au plus grand nombre. Plus de 3 000 exemplaires trouvent preneur dès la première année, et la production totale atteindra 27 535 unités.

La gamme s'étoffe ensuite rapidement. En 1934, la Jawa 350 SV est la première moto de la marque à recevoir un moteur conçu en interne ; la même année, l'entreprise se lance aussi dans l'automobile avec la Jawa 700. En 1937 arrive le cyclomoteur Robot 100, tandis qu'une usine ouverte au début de la décennie à Týnec nad Sázavou, au sud-est de Prague, prépare l'avenir : c'est là que la marque est toujours établie.


La Pérák, conçue en secret sous l'Occupation

En mars 1939, l'Allemagne occupe la Bohême et la Moravie, transformées en protectorat. L'usine Jawa est mise au service de l'occupant, et František Janeček meurt à Prague en juin 1941. C'est le juriste Jaroslav Frei qui prend alors la direction de l'entreprise.

Frei prend un risque considérable : à l'insu des autorités allemandes, il fait développer une moto pensée pour l'après-guerre. Les ingénieurs Vsevolod Grečenko et Josef Jozíf y travaillent dans le plus grand secret, qui sera préservé jusqu'à la Libération. Le résultat est une 250 monocylindre deux-temps de 248,5 cm³ et 9 ch, capable de 100 km/h pour 115 kg.

La nouvelle Jawa 250 entre en production en 1946 et se montre au Salon de Paris d'octobre 1946. Première moto tchèque de grande série dotée d'une suspension arrière, elle y attire l'attention par sa ligne compacte. Les Tchèques la surnomment « Pérák », de péro, le ressort : le mot évoque aussi une figure de légende urbaine de la Prague occupée, un justicier bondissant sur des ressorts.

Produite jusqu'au milieu des années 1950, la 250 Pérák atteint environ 160 000 exemplaires, dont la majorité part à l'exportation, vers plus d'une centaine de pays. Une version 350 à deux cylindres, apparue à la fin des années 1940, complète l'offre.


Nationalisation et alliance avec ČZ

La Libération ne rend pas l'entreprise à ses propriétaires. Dès 1945, Jawa est nationalisée et placée sous la tutelle de la Zbrojovka Brno ; après la prise du pouvoir par les communistes en février 1948, elle devient un rouage de l'économie planifiée tchécoslovaque.

L'État décide ensuite de la rapprocher de l'autre grand constructeur du pays, ČZ, installé à Strakonice et lui aussi issu de l'armement. En 1954 naît la série nationale Jawa-ČZ, une famille de motos unifiées qui partagent l'essentiel de leurs pièces. ČZ fabrique les petites cylindrées, de 125 à 175 cm³, tandis que Jawa produit à Týnec les 250 et 350, dont la 350 type 354 « Kývačka », surnommée ainsi pour son bras oscillant arrière.

L'alliance se défait en 1960, quand les deux marques reprennent leurs noms respectifs. Mais la centralisation frappe de nouveau en 1963 : Jawa perd son usine pragoise de Pankrác, cédée à un fabricant de semi-conducteurs, et la fabrication de ses moteurs est transférée chez ČZ, à Strakonice. La marque ne reprendra la production de ses propres moteurs qu'en 1998, après plus de trente-trois ans d'interruption.

Les volumes, eux, s'accumulent. Jawa célèbre sa millionième moto en 1964, la deux-millionième en 1976 et la trois-millionième en 1987, portée par des bicylindres deux-temps comme la 634, lancée en 1973.


Des routes du monde aux Six Jours

Portée par ses 250 et 350, Jawa devient une marque d'exportation et revendique des ventes dans plus de cent vingt pays. Dans le bloc de l'Est, elle s'impose des années 1960 aux années 1990 comme une moto du quotidien, bien plus légère que les lourds side-cars soviétiques Ural.

La marque essaime aussi hors d'Europe. En Inde, la société Ideal Jawa, fondée en 1960, produit des Jawa sous licence dans son usine de Mysore, inaugurée en 1961. En 1973, ces machines prennent le nom de Yezdi et poursuivent leur carrière jusqu'en 1996, sur les mêmes routes que les Royal Enfield de Madras.

La réputation de robustesse se forge aussi en compétition, et d'abord aux Six Jours internationaux, où Jawa aligne une machine dès 1931. L'épreuve est une course de régularité : chaque concurrent porte un carton pointé à chaque contrôle, et toute minute de retard au-delà de la tolérance lui coûte des points.

En 1947, la Tchécoslovaquie organise l'épreuve à Zlín et remporte le Trophée comme le Vase, avec dans son équipe un certain Jaroslav Simandl. Soutenues par Jawa et ČZ, les équipes tchécoslovaques enlèvent encore le Trophée chaque année de 1970 à 1974, puis en 1977 et 1978, avant de signer leur dernière victoire au Trophée mondial à domicile, en 1982.

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ESO, l'as de Divišov

Le nom de Simandl ouvre le chapitre du speedway sur cendrée. Ce pilote s'installe en 1948 à Divišov, en Bohême centrale, et y ouvre l'année suivante un atelier d'outillage, dont les moteurs prendront en 1953 le nom d'ESO, « l'as » en tchèque. D'abord fabricant de pièces pour les moteurs britanniques JAP, qui règnent alors sur la discipline, il dessine dès 1950 son propre monocylindre.

Le moteur ESO se distingue par des cotes super-carrées : 88 mm d'alésage pour 82 mm de course, là où le JAP affiche 80 × 99 mm. Comme tous les moteurs de speedway, il est alimenté au méthanol, un carburant qui autorise des taux de compression très élevés, et il équipe des machines sans freins, à une seule vitesse, taillées pour quatre tours de glisse.

En janvier 1964, l'atelier de Divišov passe dans le giron de Jawa, dont le nom remplace bientôt celui d'ESO. Cette intégration donne à la marque de Týnec une arme de compétition capable de défier enfin les motoristes britanniques sur la cendrée.

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Jawa au sommet du speedway mondial

La consécration arrive en 1966. À Göteborg, le Néo-Zélandais Barry Briggs remporte son quatrième titre de champion du monde sur une ESO, offrant à la maison tchèque son premier sacre mondial. La même année apparaît le type 890, reconnaissable à sa selle en forme de banane.

Son compatriote Ivan Mauger prend le relais : sur Jawa, il enlève trois titres mondiaux consécutifs, à Göteborg en 1968, à Wembley en 1969, puis en 1970. En 1977, de nouveau à Göteborg et sur une Jawa à quatre soupapes, il décroche un cinquième titre qui l'élève au niveau du Suédois Ove Fundin, avant de devenir en 1979 le premier sextuple champion du monde de la discipline.

Cette domination n'a pourtant rien d'éternel. Dans les années 1970, le quatre-soupapes britannique Weslake bouscule la hiérarchie et offre le titre 1976 à l'Anglais Peter Collins. Jawa réplique avec un moteur à double arbre à cames en tête et quatre soupapes, décliné pour le speedway et le long track, avant de lui préférer une version à simple arbre, plus compacte.

Au milieu des années 1980, c'est le moteur italien GM qui s'impose, après le titre mondial du Danois Erik Gundersen en 1984. Jawa reste pourtant dans la course : dans les années 1990, ses moteurs couchés vers l'avant, dits « laydown », comptent parmi les plus recherchés, et la production de speedway prend en 1991 son autonomie sous le nom de Jawa Divišov. Au XXIe siècle, Jawa figure toujours parmi les grands motoristes de la discipline, face à GM.


Effondrement et renaissance

La chute du rideau de fer frappe Jawa de plein fouet. En 1991, l'effondrement des marchés de l'Est prive la marque de l'essentiel de ses débouchés ; la même année sort la 350 type 640, dernière héritière de la lignée 634.

Le redressement passe par de nouveaux partenaires. En 1996, le groupe tchèque Jihostroj devient partenaire stratégique, puis naît en 1997 la société Jawa Moto, installée à Týnec nad Sázavou, qui reprend en 1998 la fabrication de ses propres moteurs. Contrairement aux grandes marques françaises disparues comme Terrot ou Motobécane, le nom a survécu aux crises et aux changements de régime.

Le XXIe siècle ouvre un nouveau chapitre. De 2017 à 2021, Jawa s'associe au constructeur chinois Shineray pour produire ses 350 OHC, et en Inde, Classic Legends, filiale du groupe Mahindra, présente fin 2018 trois modèles Jawa construits sous licence, parmi lesquels une Perak dont le nom salue l'ancêtre de 1946. Depuis 2020, ces Jawa fabriquées en Inde sont aussi vendues en Europe, à commencer par la 300 CL.

Dans l'usine de Týnec, un musée Jawa inauguré en 2017 réunit près de cent cinquante motos, automobiles et autres pièces, ouvertes au public en de rares occasions. Elles racontent une production qui dépassait, en 2019, les 3,47 millions de motos depuis 1929.

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Tableau récapitulatif

Année Étape clé
1929 Licence de la Wanderer 500, dépôt de la marque JAWA, première moto au Salon de Prague
1932 Lancement de la Jawa 175 à moteur Villiers
1945 Nationalisation de l'entreprise
1946 Début de production de la 250 « Pérák », présentée au Salon de Paris
1954 Série nationale Jawa-ČZ
1963 Perte de l'usine de Pankrác, moteurs fabriqués par ČZ à Strakonice
1966 Premier titre mondial de speedway, Barry Briggs sur ESO
1968-1970 Trois titres mondiaux consécutifs d'Ivan Mauger sur Jawa
1987 Trois-millionième moto Jawa
1991 Effondrement des marchés de l'Est, création de Jawa Divišov
1997 Fondation de Jawa Moto à Týnec nad Sázavou
2018 Relance de la marque en Inde par Classic Legends

FAQ — Questions fréquentes

  • Que signifie le nom Jawa ?
    Il associe les deux premières lettres de Janeček, le nom du fondateur, et celles de Wanderer, le constructeur allemand dont il a racheté la licence de la 500 en 1929.
  • Pourquoi la Jawa 250 est-elle surnommée « Pérák » ?
    Le surnom vient de péro, le ressort en tchèque, en référence à sa suspension arrière. Il évoque aussi une figure de légende urbaine de la Prague occupée, un justicier bondissant sur des ressorts.
  • Quel lien unit Jawa et ČZ ?
    Nationalisés, les deux constructeurs ont partagé à partir de 1954 une gamme unifiée Jawa-ČZ, avant de reprendre leurs noms en 1960. À partir de 1963, les moteurs Jawa ont été fabriqués par ČZ à Strakonice, jusqu'à ce que Jawa en reprenne la production en 1998.
  • Quels champions du monde de speedway ont gagné sur Jawa ?
    Barry Briggs a offert à la marque son premier titre mondial en 1966 sur une ESO, et Ivan Mauger a remporté sur Jawa plusieurs de ses titres, notamment en 1968, 1969, 1970 et 1977.
  • La marque Jawa existe-t-elle encore ?
    Oui. Jawa Moto, fondée en 1997 et installée à Týnec nad Sázavou, commercialise toujours des motos, tandis que Classic Legends, filiale du groupe Mahindra, produit des Jawa sous licence en Inde depuis 2018.
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