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John Surtees : le seul champion du monde sacré sur deux ET quatre roues
Sommaire
- Un prodige né dans les paddocks
- Le règne sur deux roues : sept titres avec MV Agusta
- Le grand saut vers la Formule 1
- 1964 : champion du monde sur Ferrari
- Un exploit unique et une rigueur devenue légende
- Tableau récapitulatif
- FAQ
Un prodige né dans les paddocks
Il existe des palmarès que l'on relit deux fois, persuadé de s'être trompé. Celui de John Surtees est de ceux-là. Né le 11 février 1934 à Tatsfield, dans le Surrey anglais, ce fils de marchand de motos grandit littéralement au milieu des cylindres et de l'odeur d'huile chaude. Son père court en side-car, et le jeune John pousse les machines dans l'atelier familial bien avant de savoir vraiment conduire.
Très tôt, le garçon montre une obsession du réglage qui deviendra sa signature. Là où d'autres pilotes se contentent de tourner la poignée, lui veut comprendre chaque vis, chaque cote de carburation. Cette culture mécanique, née dans l'Angleterre d'après-guerre où fleurit toute une sous-culture des café racers, forge un pilote-ingénieur unique en son genre. À la fin des années 1940, il court déjà, et son talent explose au grand jour.
Ses débuts se font sur des motos britanniques, notamment chez Norton, dont le monocylindre incarne alors l'excellence anglaise, à l'image de la fameuse lignée Norton. Mais c'est un appel venu d'Italie qui va faire basculer son destin et l'installer pour toujours dans le panthéon du Grand Prix moto.
Le règne sur deux roues : sept titres avec MV Agusta
En 1956, la prestigieuse écurie MV Agusta recrute ce jeune Anglais méthodique. Le mariage est immédiat : dès sa première saison en catégorie reine, Surtees décroche le titre mondial 500cc 1956. Les Italiens, séduits par sa vitesse et son sang-froid, le surnomment « figlio del vento », le fils du vent. La légende de la marque de Cascina Costa, que nous avons racontée dans l'histoire de MV Agusta, se confond alors avec la sienne.
Après une saison 1957 contrariée, Surtees entame une domination écrasante. De 1958 à 1960, il réalise trois années de suite le doublé 350cc / 500cc, une razzia que peu de pilotes ont égalée. Le compte est vertigineux : quatre couronnes en 500cc (1956, 1958, 1959, 1960) et trois en 350cc (1958, 1959, 1960), soit sept titres de champion du monde en cinq saisons.
Sur l'île de Man, il grave son nom dans le marbre du Tourist Trophy. Surtees devient le premier homme à remporter le Senior TT trois années consécutives, de 1958 à 1960, sur les routes les plus meurtrières du sport. Au total, il accumule 38 victoires en Grand Prix moto, un chiffre qui le place d'emblée parmi les tout premiers de sa génération.
Pour mesurer la portée de ce règne, il suffit de songer que le flambeau MV Agusta passera ensuite à des monstres comme Giacomo Agostini et Mike Hailwood. Surtees, lui, aurait pu continuer à empiler les titres. Mais à 26 ans, au sommet de son art, il choisit de tout risquer ailleurs.
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Le grand saut vers la Formule 1
En 1960, alors qu'il domine encore la moto, John Surtees fait l'impensable : il s'assoit dans une monoplace de Formule 1. Le pari est fou. Passer de deux à quatre roues au plus haut niveau relève presque de l'hérésie technique, tant les deux disciplines exigent des réflexes opposés.
Pourtant, dès sa deuxième course en F1, au Grand Prix de Grande-Bretagne 1960 sur une Lotus, il termine deuxième. Le monde de l'automobile découvre, médusé, que ce motard sait aussi piloter une voiture. Colin Chapman, patron de Lotus, lui propose même le baquet numéro un ; Surtees, fidèle à sa prudence de mécanicien, préfère apprendre son métier plus lentement.
Après des passages chez Lotus puis chez Cooper, l'appel décisif tombe en 1963 : Enzo Ferrari le veut. Le Commendatore, qui a bâti sa légende sur le sport auto italien, reconnaît en cet Anglais rigoureux l'homme capable de relancer la Scuderia. Surtees signe et remporte dès sa première saison rouge le Grand Prix d'Allemagne 1963, au redoutable Nürburgring.
1964 : champion du monde sur Ferrari
La saison 1964 restera dans l'histoire. Au volant de la Ferrari 158, John Surtees livre un championnat d'usure face au Britannique Graham Hill et à l'Écossais Jim Clark. Il s'impose au Grand Prix d'Allemagne puis au Grand Prix d'Italie, à Monza, devant les tifosi en délire.
Tout se joue à la dernière manche, le Grand Prix du Mexique. Dans un final d'anthologie, le titre change de mains à plusieurs reprises dans le même tour. Surtees franchit la ligne en deuxième position et coiffe la couronne pour un seul point d'avance sur Graham Hill. À cet instant précis, un homme réalise ce qu'aucun autre n'a jamais accompli.
Car en devenant champion du monde de Formule 1 1964, John Surtees additionne à ses sept titres moto une couronne dans la discipline reine du sport automobile. Il remportera au total six Grands Prix de F1 et signera huit pole positions au fil d'une carrière courue de 1960 à 1972, chez Ferrari, Cooper, Honda, BRM, puis dans sa propre écurie, la Surtees Racing Organisation.
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Un exploit unique et une rigueur devenue légende
Plus de soixante ans après ce sacre mexicain, le constat n'a pas bougé d'un pouce : John Surtees reste le seul homme titré champion du monde à la fois en moto et en Formule 1. Ni les prodiges du MotoGP moderne, ni les stars de la F1 n'ont réédité la performance. C'est probablement le record le plus intouchable de tout le sport mécanique.
Ce qui frappe, au-delà des chiffres, c'est sa méthode. Surtees ne gagnait pas par pure folie mais par une rigueur d'ingénieur presque maniaque : réglages millimétrés, connaissance intime de la machine, gestion froide de la course. Cette approche cérébrale tranche avec l'image romantique du pilote flamboyant, à l'opposé d'un Barry Sheene ou d'un Valentino Rossi.
Honoré par la Couronne du titre de Commandeur de l'Empire britannique (CBE), Surtees a consacré ses dernières années à la sécurité et aux jeunes pilotes, avant de s'éteindre le 10 mars 2017, à 83 ans. Il laisse une leçon simple à tous les passionnés de deux-roues : le talent n'est rien sans la maîtrise. Un fils du vent qui savait, mieux que personne, où poser ses roues.
Tableau récapitulatif
| Élément | Détail |
|---|---|
| Nom complet | John Surtees |
| Naissance / décès | 11 février 1934 (Surrey) – 10 mars 2017 (Londres) |
| Titres moto | 7 (500cc : 1956, 1958, 1959, 1960 — 350cc : 1958, 1959, 1960) |
| Écurie moto | MV Agusta |
| Victoires en GP moto | 38 |
| Fait d'armes TT | Premier vainqueur du Senior TT 3 années de suite (1958-1960) |
| Titre F1 | Champion du monde 1964 (Ferrari 158) |
| Victoires en GP F1 | 6 |
| Record unique | Seul champion du monde en moto ET en Formule 1 |
FAQ — Questions fréquentes
Combien de titres de champion du monde moto John Surtees a-t-il remportés ?
Sept au total : quatre en catégorie 500cc (1956, 1958, 1959, 1960) et trois en 350cc (1958, 1959, 1960), tous au guidon des MV Agusta.
En quelle année Surtees a-t-il été champion du monde de Formule 1 ?
En 1964, au volant de la Ferrari 158, en devançant Graham Hill d'un seul point lors du Grand Prix du Mexique, dernière manche de la saison.
Pourquoi son exploit est-il considéré comme unique ?
Parce que John Surtees est le seul homme de l'histoire à avoir été sacré champion du monde à la fois en moto et en Formule 1, un doublé jamais réédité.
Quand John Surtees est-il passé de la moto à la F1 ?
En 1960 : encore champion moto, il débute en Formule 1 et termine déjà deuxième dès sa deuxième course, au Grand Prix de Grande-Bretagne sur une Lotus.
Quel était son surnom et d'où venait-il ?
Les Italiens de MV Agusta le surnommaient « figlio del vento », le fils du vent, en hommage à sa vitesse et à son style tout en maîtrise.

