La Yamaha RD350 LC (1980) : le deux-temps tueur de grosses cylindrées

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La Yamaha RD350 LC (1980) : le deux-temps tueur de grosses cylindrées


Sommaire


Une lignée « Race Developed »

Chez Yamaha, deux lettres suffisent à faire briller les yeux d'un passionné : RD. Contrairement à une légende tenace, elles ne veulent pas dire grand-chose de marketing : elles signifient « Race Developed », développé par la course. Et le sigle est amplement mérité. La lignée démarre en 1967 avec le YR1, un bicylindre deux-temps de 347 cm³, avant de s'épanouir dans les années 1970 avec les RD350 puis RD400 refroidies par air. Ces machines abordables héritaient directement du savoir-faire acquis en Grand Prix, là où des pilotes comme Phil Read avaient décroché des titres mondiaux 250 et 350 cc au guidon des Yamaha d'usine.

Ce transfert de technologie de la piste vers la rue, c'est toute l'histoire de la marque japonaise, que nous avons racontée en détail dans l'incroyable histoire de Yamaha. Les diapasons ont bâti leur réputation sur les petites et moyennes cylindrées deux-temps, une philosophie qui les distingue nettement des gros quatre-temps concurrents comme la Honda CB750 Four ou la Kawasaki 900 Z1. Au tournant de la décennie, la firme d'Iwata s'apprête à frapper un grand coup avec l'héritière la plus radicale de cette dynastie.


1980 : l'arrivée du refroidissement liquide

En 1980, Yamaha présente la RD350 LC. Le suffixe « LC » n'a rien d'anodin : il signifie « Liquid Cooled », refroidie par liquide. C'est LA grande rupture technique de la moto. Là où les précédentes RD dissipaient leur chaleur par un simple refroidissement à air, la nouvelle venue adopte un circuit de liquide directement inspiré des TZ de course. Ce choix n'est pas qu'une coquetterie sportive : il permet aussi de mieux maîtriser les températures de fonctionnement, de stabiliser les performances et de composer avec des normes antipollution qui commençaient déjà à se durcir.

Résultat : la RD350 LC est vite surnommée « Elsie » (prononciation anglaise de « LC ») et hérite en interne du nom de code 4L0. Elle est déclinée en petite sœur, la RD250 LC, pour les marchés soumis à des permis plus restrictifs. Absente du catalogue officiel américain, elle est en revanche vendue au Canada. Cette obsession du transfert course-route, on la retrouve la même année chez d'autres constructeurs : c'est aussi en 1980 que naît le mythe trail avec la BMW R80 G/S.


Le moteur : 347 cm³ de fureur deux-temps

Au cœur de la bête bat un bicylindre parallèle deux-temps de 347 cm³, avec une cote d'alésage-course de 64 x 54 mm héritée des RD350 précédentes et un rapport volumétrique de 6,2:1. La puissance annoncée tourne autour de 47 ch à 8 500 tr/min, pour un couple d'environ 40 Nm à 8 000 tr/min. Des chiffres qui paraissent modestes sur le papier, jusqu'à ce qu'on les rapporte au poids de la machine.

Mais le vrai spectacle, c'est le caractère. Comme tout bon deux-temps de l'époque, la RD350 LC est creuse à bas régime, puis explose littéralement quand l'aiguille franchit le seuil de la bande de puissance, aux alentours de 6 000 tr/min. Cette montée en régime brutale, accompagnée du hurlement caractéristique du deux-temps et d'un nuage de fumée bleutée, a marqué toute une génération de motards. La transmission passe par une boîte à 6 rapports et un embrayage multidisque en bain d'huile. En vitesse de pointe, la « LC » atteint environ 183 km/h (114 mph), un chiffre canon pour une 350 du début des années 1980.

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« Giant killer » : la tueuse de géantes

Voici le secret de la légende. La RD350 LC ne pèse qu'environ 143 kg à sec. Rapportée à ses 47 chevaux, cette plume affiche un rapport poids/puissance dévastateur pour son époque. Concrètement, sur une route sinueuse ou sur un circuit, la petite Yamaha était capable de tenir tête — voire d'humilier — des motos bien plus grosses et bien plus chères, quatre-temps de 750 ou 1000 cm³ compris. D'où ses surnoms restés dans l'histoire : « giant killer » et « tueuse de géantes ».

La formule était imparable : peu de poids, un moteur vif et coupleux dans les tours, un gabarit compact qui permettait d'enrouler les virages à une vitesse indécente. Là où une grosse routière plombée devait freiner et se replacer, la « Elsie » plongeait à la corde et ressortait pleins gaz. Cet art du poids-plume qui fait mal, on le retrouve dans notre sélection des motos les plus rapides homologuées route : la vitesse pure ne fait pas tout, l'agilité aussi. Pour beaucoup de jeunes pilotes des années 1980, la RD350 LC fut la première vraie moto de sensations, accessible et redoutablement efficace.


Le cadre monoamortisseur, héritage des TZ

La partie-cycle prolonge la logique « course » du moteur. Fini le double amortisseur arrière classique de la RD400 : la « LC » adopte un système à monoamortisseur de type cantilever (« Monocross »), directement dérivé des TZ de Grand Prix. L'unique combiné, incliné en diagonale sous la selle, offrait à l'époque un net gain en rigueur de train arrière et un réglage de précharge sur plusieurs positions. Ce n'est pas un hasard si les passionnés résument souvent la moto d'une formule : « une TZ avec des phares ».

Côté freinage, on trouve un double disque avant de 267 mm à étrier simple piston et un tambour à l'arrière — un équipement cohérent pour l'époque. Cette recette de partie-cycle affûtée, empruntée à la compétition, annonce la vague des sportives modernes qui déferlera quelques années plus tard avec des machines comme la Suzuki GSX-R750 ou la Kawasaki GPZ900R Ninja. La RD350 LC, elle, aura ouvert la voie côté deux-temps.


Pro-Am, production racing et statut culte

Si la « Elsie » est devenue une icône, c'est aussi grâce à la piste. Dans les années 1980, presque tous les grands pays lancent leur propre championnat de production racing réservé à la RD350 LC : des motos identiques, préparées à égalité, où seul le talent du pilote fait la différence. Au Royaume-Uni, le fameux championnat Pro-Am est même diffusé à la télévision, sur World of Sport, mêlant amateurs et professionnels dans des courses bagarreuses et spectaculaires.

Ce vivier a lancé de vraies carrières : de futurs pilotes de Grand Prix 500 cc, comme Niall Mackenzie, y ont fait leurs premières armes, tout comme de nombreux espoirs partout dans le monde. À la fois abordable, rapide, belle et victorieuse, la RD350 LC coche toutes les cases du mythe. Elle s'inscrit dans le grand roman du sport moto que nous aimons raconter, de Giacomo Agostini aux funambules du 500 cc comme Barry Sheene. En 1983, elle laissera place à la RD350 YPVS, dotée du fameux Power Valve System, mais l'originale « LC » restera à jamais la moto qui a mis la technologie de course entre les mains du plus grand nombre.

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Tableau récapitulatif

Caractéristique Yamaha RD350 LC (1980)
Signification « RD » Race Developed (développé par la course)
Signification « LC » Liquid Cooled (refroidie par liquide)
Année de lancement 1980
Nom de code / surnom 4L0 / « Elsie »
Moteur Bicylindre parallèle 2-temps, refroidissement liquide
Cylindrée 347 cm³ (64 x 54 mm)
Puissance ≈ 47 ch à 8 500 tr/min
Couple ≈ 40 Nm à 8 000 tr/min
Boîte de vitesses 6 rapports
Poids (à sec) ≈ 143 kg
Vitesse de pointe ≈ 183 km/h (114 mph)
Partie-cycle Monoamortisseur cantilever (dérivé TZ)
Freins Double disque 267 mm avant, tambour arrière
Surnoms cultes « Giant killer », tueuse de géantes, « une TZ avec des phares »

FAQ — Questions fréquentes

Que signifient les lettres RD et LC chez Yamaha ?
« RD » signifie « Race Developed », c'est-à-dire développé grâce à l'expérience acquise en compétition. « LC » signifie « Liquid Cooled » : c'est le passage au refroidissement liquide, introduit sur la RD350 LC de 1980.

Pourquoi la RD350 LC était-elle surnommée « tueuse de géantes » ?
Grâce à son poids plume d'environ 143 kg associé à près de 47 ch, son rapport poids/puissance lui permettait de tenir tête à des motos bien plus grosses et chères, notamment sur route sinueuse et sur circuit.

Quelles sont les caractéristiques du moteur de la RD350 LC ?
C'est un bicylindre parallèle deux-temps de 347 cm³ (64 x 54 mm), refroidi par liquide, développant environ 47 ch à 8 500 tr/min, accouplé à une boîte à 6 rapports, pour une pointe d'environ 183 km/h.

Qu'est-ce que le championnat Pro-Am ?
C'était un championnat de production racing britannique disputé sur des RD350 LC identiques, diffusé à la télévision sur World of Sport. Il mêlait amateurs et professionnels et a révélé des pilotes comme Niall Mackenzie.

Quelle moto a succédé à la RD350 LC ?
En 1983, Yamaha présente la RD350 YPVS, équipée du système de valve à l'échappement Power Valve System (YPVS), qui affine encore le comportement du moteur deux-temps.