Jarno Saarinen : le « Flying Finn » qui a révolutionné le pilotage

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Jarno Saarinen : le « Flying Finn » qui a révolutionné le pilotage


Il y a des pilotes qui gagnent des courses, et il y a ceux qui changent la façon même de piloter. Jarno Saarinen appartient à cette seconde catégorie, infiniment plus rare. Surnommé le « Flying Finn », ce Finlandais discret et méthodique a inventé une manière de prendre les virages que le monde entier copie encore aujourd'hui, avant de disparaître à seulement 27 ans lors d'un des jours les plus sombres de l'histoire de la course. Retour sur la trajectoire fulgurante d'un génie qui n'a eu que quelques saisons pour marquer la moto à jamais.

Sommaire


Un ingénieur venu du froid

Jarno Karl Keimo Saarinen naît le 11 décembre 1945 à Turku, dans le sud-ouest de la Finlande. Rien ne prédestine ce pays de forêts et de lacs gelés à produire une légende du Grand Prix moto : la Finlande n'a alors aucune tradition de course sur circuit. Le jeune Jarno se forge pourtant un mental d'acier et, surtout, un cerveau d'ingénieur. Il obtient un diplôme d'ingénieur à l'institut technique de Turku tout en menant sa carrière de pilote, une double compétence qui fera de lui un observateur redoutable de la mécanique et de la trajectoire.

Ses débuts se font sur la glace et dans le speedway, disciplines nationales par excellence. Cette formation atypique, loin des circuits bitumés de l'Europe du Sud, va se révéler décisive : c'est en apprenant à maîtriser une moto sur une surface où l'adhérence est quasi nulle que Saarinen développe un sens de l'équilibre hors du commun. Comme d'autres pionniers qui ont bâti l'histoire du Grand Prix moto, il aborde la course avec un regard neuf, sans les habitudes figées des écoles traditionnelles. Quand il passe au bitume, il apporte avec lui une gestuelle inédite qui va bientôt bousculer tout le paddock.


Le « hanging off », une révolution née sur la glace

Voici la grande contribution de Saarinen à l'art du pilotage. Là où ses contemporains restaient rigidement assis sur leur machine, buste droit et genoux serrés contre le réservoir, le Finlandais fait tout l'inverse : il sort le corps de la moto vers l'intérieur du virage, décale les fesses de la selle et laisse pendre le genou vers le sol. Cette technique, aujourd'hui universelle, porte un nom : le « hanging off ». En déplaçant son poids à l'intérieur de la courbe, le pilote peut redresser légèrement la moto pour un même rayon de virage, gagner en adhérence et donc en vitesse de passage.

L'origine de cette gestuelle ? Sa jeunesse de coureur sur glace. Sur une piste gelée, sortir le corps et poser le pied ou le genou pour équilibrer la machine est un réflexe de survie. Saarinen a simplement transposé cet instinct sur l'asphalte. Pour accompagner sa position, il abaisse et incline fortement le guidon, collant sa poitrine juste au-dessus du réservoir dans les lignes droites pour fendre l'air. Ce style ultra-moderne préfigure de plusieurs années celui que popularisera ensuite l'Américain Kenny Roberts à la fin des années 70, et que perfectionneront des funambules comme Kevin Schwantz. Aujourd'hui, le genou qui frotte le bitume est l'image même de la moto sportive : elle est née, en grande partie, de l'intuition d'un Finlandais venu du froid.

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1972 : le sacre mondial en 250cc

Le talent de Saarinen ne tarde pas à exploser au plus haut niveau. Après des saisons prometteuses, il atteint le sommet en 1972 : il est sacré champion du monde 250cc, au guidon d'une Yamaha. Dans une catégorie ultra-disputée, il enlève quatre des six dernières courses de la saison et multiplie les podiums pour coiffer la couronne. Ce titre fait de lui une figure majeure, capable de rivaliser avec les plus grands, y compris l'immense Giacomo Agostini, maître absolu de l'époque.

Ce sacre scelle aussi une alliance décisive avec Yamaha, le constructeur d'Iwata qui allait bâtir l'une des plus belles histoires du sport, comme le raconte l'épopée de Yamaha. Les motos deux-temps de la marque, légères et vives, épousent à merveille le style tout en finesse du Finlandais. Le début de saison 1973 est d'ailleurs éblouissant : Saarinen enchaîne les victoires, remporte le prestigieux Daytona 200 aux États-Unis et s'attaque simultanément aux catégories 250cc et 500cc, la classe reine. Il domine les premières manches et fait figure de grand favori pour un doublé historique. Beaucoup le voient déjà comme le futur numéro un mondial toutes catégories. Le destin en décidera autrement.


Monza, 20 mai 1973 : le jour le plus noir

Le 20 mai 1973, le paddock se réunit à Monza, en Italie, pour le Grand Prix des Nations. Dès le premier tour de la course des 250cc, dans la redoutable Curva Grande abordée à très haute vitesse, le drame se noue. Devant, l'Italien Renzo Pasolini, rival direct de Saarinen et grand favori du public, voit sa machine se dérober. Sa moto se met en travers, chute, et déclenche un carambolage collectif impliquant une dizaine de pilotes. Saarinen, lancé juste derrière, ne peut éviter l'obstacle.

Le bilan est effroyable : Jarno Saarinen et Renzo Pasolini perdent tous deux la vie sur le coup. Deux des plus grands talents de leur génération sont fauchés le même jour, dans le même accident. Sous le choc, Yamaha retire son équipe officielle pour le reste de la saison. Ce dimanche noir reste l'une des pires tragédies de l'histoire de la course moto et marque un tournant : comme trop souvent, ce sont ces catastrophes qui feront enfin progresser la sécurité des circuits, dont Monza lui-même. Un demi-siècle plus tard, le sport moto n'a pas oublié ce 20 mai 1973.

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Un héritage immortel

La disparition de Saarinen n'a pas effacé son empreinte, bien au contraire. Sur le plan technique, son « hanging off » est devenu le standard mondial : chaque pilote de vitesse, du débutant sur circuit au champion de MotoGP, sort aujourd'hui le corps et pose le genou en virage, sans toujours savoir qu'il perpétue le geste d'un Finlandais des années 70. Il reste par ailleurs le seul Finlandais à avoir remporté un titre mondial en course moto en solo, un record d'unicité qui en dit long sur son exceptionnel talent.

Son nom a aussi voyagé bien au-delà des deux-roues. En Italie, où il était adoré, le prénom « Jarno » connut une vraie vogue après sa mort. Le plus célèbre porteur en est le pilote de Formule 1 Jarno Trulli : son père, Enzo Trulli, admirateur du champion finlandais, prénomma ainsi son fils né en 1974, en hommage direct au Flying Finn. Rares sont les pilotes moto dont le souvenir a essaimé jusque sur les grilles de départ de la F1. À côté de figures tragiques comme Marco Simoncelli, Jarno Saarinen demeure l'un de ces météores dont la lumière, brève, continue d'éclairer tout le sport moto.


Tableau récapitulatif

Repère Détail
Nom complet Jarno Karl Keimo Saarinen
Surnom Le « Flying Finn »
Naissance 11 décembre 1945, Turku (Finlande)
Formation Ingénieur (institut technique de Turku), ex-coureur sur glace
Titre majeur Champion du monde 250cc en 1972 (Yamaha)
Innovation Pionnier du « hanging off » (corps sorti, genou au sol)
Décès 20 mai 1973, Monza, Grand Prix des Nations (250cc)
Autre victime L'Italien Renzo Pasolini, mort dans le même accident
Héritage Style universel du pilotage moderne ; Jarno Trulli (F1) prénommé en son hommage

FAQ — Questions fréquentes

Qui était Jarno Saarinen ?
Jarno Saarinen (1945-1973) était un pilote moto finlandais surnommé le « Flying Finn ». Champion du monde 250cc en 1972 sur Yamaha, il fut aussi ingénieur de formation et l'un des grands innovateurs du pilotage.

Quel titre mondial Jarno Saarinen a-t-il remporté ?
Il a été sacré champion du monde de la catégorie 250cc en 1972, au guidon d'une Yamaha. Il reste à ce jour le seul Finlandais à avoir remporté un titre mondial de course moto en solo.

Comment Jarno Saarinen est-il mort ?
Il a trouvé la mort le 20 mai 1973 à Monza, lors du Grand Prix des Nations, dans un carambolage collectif survenu au premier tour de la course des 250cc. L'Italien Renzo Pasolini fut tué dans le même accident.

Pourquoi le pilote de F1 Jarno Trulli porte-t-il ce prénom ?
Le père du pilote de Formule 1 Jarno Trulli, Enzo Trulli, était un admirateur de Jarno Saarinen. Il prénomma son fils, né en 1974, en hommage direct au champion moto finlandais.

En quoi Jarno Saarinen a-t-il révolutionné le pilotage ?
Il fut l'un des pionniers du « hanging off » : sortir le corps de la moto vers l'intérieur du virage en laissant pendre le genou vers le sol. Cette technique, née de son expérience de la course sur glace, est devenue le standard du pilotage sportif moderne.