Carlos Lavado : le feu vénézuélien des 250

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Carlos Lavado : le feu vénézuélien des 250


PiloteYamaha250 cm³

Né à Caracas le 25 mai 1956, Carlos Alberto Lavado Jones abandonne ses études d'ingénieur après avoir vu Johnny Cecotto sacré en 1975. Porté par l'écurie Venemotos de la famille Ippolito puis par l'usine Yamaha, il décroche deux couronnes mondiales en 250 cm³ : 1983 sur TZ250, avec quatre victoires, puis 1986 sur la YZR250 « 0W82 », 114 points contre 108 à Sito Pons. Surnommé la freccia di Caracas pour son pilotage au bord de la rupture, il totalise 19 victoires, 42 podiums et 22 pole positions en quinze saisons de Grand Prix.

Sommaire


Vénézuélien champion du monde… mais pas le premier

On lit souvent que Carlos Lavado aurait ouvert la voie aux Sud-Américains en Grand Prix. C'est faux, et la vérité est encore plus belle : le premier champion du monde vénézuélien s'appelle Johnny Cecotto, sacré en 350 cm³ en 1975 sur une Yamaha TZ350, à 19 ans seulement. Cecotto est resté le plus jeune champion du monde de l'histoire jusqu'à ce que Loris Capirossi lui prenne le record en 1990, titré en 125 à 17 ans.

Lavado est donc le deuxième champion du monde vénézuélien — c'est d'ailleurs exactement ce qu'écrivent les archives officielles de Yamaha. Et à ce jour, Cecotto et Lavado restent les deux seuls Vénézuéliens à avoir gagné un titre mondial de vitesse. Mieux encore : c'est en voyant Cecotto triompher que le gamin de Caracas a décidé de faire de la moto son métier. Une filiation directe, d'un champion à l'autre, dans un pays qui n'avait aucune tradition de Grand Prix moto.


De Caracas aux paddocks d'Europe

Né le 25 mai 1956 à Caracas, Carlos Alberto Lavado Jones plante ses études d'ingénieur pour partir courir : le sacre de Cecotto, en 1975, a tout déclenché. Sa première victoire, il la décroche en « Fuerza Libre », le championnat vénézuélien des grosses cylindrées, sur la moto même qui lui servait à rejoindre l'université. Son entrée dans la cour des grands est ensuite fracassante : pour son premier Grand Prix mondial, en 1978 chez lui au Venezuela, il termine deuxième en 250 cm³, juste derrière un certain Kenny Roberts. L'année suivante, toujours sur ses terres, il signe sa première victoire mondiale, en 350 cm³.

Derrière lui, une structure méconnue mais décisive : Venemotos, l'importateur Yamaha du Venezuela, l'écurie de la famille Ippolito — d'abord menée par l'Italien Andrea Ippolito, puis par son fils Vito à partir de 1983. C'est cette même maison qui avait lancé Cecotto. À partir de 1982, Lavado bénéficie de son soutien direct et court avec l'appui de l'usine Yamaha, une relation qui durera jusqu'en 1988. De 1981 à 1986, six saisons de rang, il ne quitte pas le top 5 du championnat 250 ou 350 : une régularité qui tranche avec sa réputation de casse-cou.

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1983 : un titre arraché dans le chaos

La saison 1983 reste l'une des plus folles de l'histoire du quart de litre. Sur onze manches, huit pilotes différents lèvent les bras — et Lavado est le seul à gagner plus d'une fois. Quatre victoires (Nations, Allemagne, Yougoslavie et Pays-Bas) sur sa Yamaha TZ250 suffisent à lui offrir la couronne, devant le Français Christian Sarron et le Belge Didier de Radiguès. Yamaha, au passage, empoche son deuxième titre constructeur consécutif en 250.

Le moment le plus symbolique de cette année-là se joue au TT d'Assen, la « cathédrale » du motocyclisme. Lavado gagne, et son coéquipier Iván Palazzese — Vénézuélien né en Italie — finit deuxième : c'est la première fois que deux Vénézuéliens montent sur les deux premières marches d'un Grand Prix mondial. Palazzese, né en 1962, trouvera la mort six ans plus tard, le 28 mai 1989, dans un carambolage au Grand Prix d'Allemagne à Hockenheim — un rappel brutal de ce que coûtait cette époque.


Un style au bord de la rupture

Ce qui a fait de Lavado une légende, ce ne sont pas seulement ses résultats : c'est la manière. Sur ses 250, il roule en permanence à l'attaque, genou au sol, moto de travers, souvent au-delà de la marge de sécurité. Les Italiens l'ont surnommé « la flèche de Caracas »la freccia di Caracas. Lui-même résumait sa philosophie sans détour : il n'y a aucun secret pour devenir champion, il voulait simplement être meilleur et plus rapide que tout le monde, sans chercher à se préserver ni à ménager sa machine.

La contrepartie est évidente : il tombe beaucoup. Ses chutes spectaculaires font partie du folklore, comme ses remontées. Sa dernière victoire en Grand Prix, en Yougoslavie le 14 juin 1987 sur l'anneau de Rijeka, montre l'autre versant du personnage : pole position, meilleur tour en course et victoire devant Loris Reggiani et Reinhold Roth, à 31 ans et alors que le titre lui échappait déjà. Ce jusqu'au-boutisme le rapproche d'autres artistes du guidon comme Jarno Saarinen ou Randy Mamola, ces pilotes que l'on allait voir pour le spectacle autant que pour le chrono.


1986 : le YZR250 et le second sacre

Trois ans plus tard, Lavado récidive avec une arme neuve. La Yamaha YZR250, nom de code 0W82, est présentée par la marque comme sa première véritable machine d'usine de 250 cm³ depuis treize ans. Sa fiche technique donne le vertige pour l'époque : 249 cm³, un V2 deux temps à double vilebrequin dérivé du prototype conçu pour le V4 à 60° de la YZR500 (0W81), 75 ch, un cadre Deltabox pensé pour le refroidissement, et un poids inférieur à 100 kg. Un rapport poids-puissance qui écrase encore aujourd'hui la plupart des sportives de série.

Le duel pour le titre l'oppose à l'Espagnol Sito Pons et à sa Honda NSR250. Lavado frappe six fois (Espagne, Allemagne, Autriche, Pays-Bas, France et Suède) et boucle la saison avec 114 points contre 108 à Pons, six petites unités d'écart, devant Dominique Sarron (72 pts), Anton Mang (65 pts) et Jean-François Baldé (63 pts). Le verrou se pose à Anderstorp, en Suède : Lavado y bat Pons à la roue — l'Espagnol deuxième, Baldé troisième — et s'assure la couronne avec une manche d'avance, si bien qu'il pourra abandonner à Saint-Marin sans rien risquer. Toute la trajectoire de Yamaha en Grand Prix est là, dans cette obsession du châssis et de la légèreté.


Les cadors du quart de litre

Pour mesurer la valeur de ces deux titres, il faut regarder qui il a battu — et qui l'a battu. Au début des années 1980, la 250 est la catégorie la plus disputée du championnat, celle où passent tous les futurs cracks. Kork Ballington et l'Allemand Anton Mang y ont régné sur Kawasaki à la fin des années 1970 et au début des années 1980. En 1984, Christian Sarron prend sa revanche et décroche le titre sur sa Yamaha TZ250, Lavado devant se contenter de la troisième place.

En 1985, Lavado se heurte à l'un des exploits les plus fous du sport moto : le doublé 250/500 de Freddie Spencer sur Honda, la même année — le Vénézuélien termine encore troisième, avec 94 points et deux victoires. Et en 1987, c'est Mang qui reprend la main : à 38 ans et avec huit victoires consécutives sur Honda, il devient le plus vieux champion du monde 250 de l'histoire. Ensuite viendront les deux titres de Sito Pons (1988 et 1989). Dans ce plateau-là, être champion deux fois n'a rien d'anecdotique — la même logique que celle qui rend les couronnes d'Ángel Nieto en petites cylindrées si précieuses.


Yamaha et la mystique des 250

Lavado appartient à une lignée : celle des pilotes qui ont bâti la réputation du deux-temps Yamaha. Les TZ250 et TZ350 ont été, pendant deux décennies, les machines de référence des privés du monde entier — accessibles, fiables, capables de battre les motos d'usine. Cette culture du petit moteur affûté a ruisselé jusqu'à la route : c'est ce même ADN que l'on retrouve dans la Yamaha RD350 LC ou, plus radicalement encore, dans la RD500LC, réplique routière des V4 de Grand Prix.

Le bilan chiffré de Lavado en mondial force le respect : 15 saisons (1978-1992), 137 départs dont 125 en 250 cm³, 19 victoires (17 en 250, 2 en 350), 42 podiums (36 et 6), 22 pole positions et 13 meilleurs tours en course. Après ses années Yamaha, il roulera sur Aprilia en 1989-1990, retrouvera une Yamaha en 1991, puis terminera sa carrière sur une Gilera en 1992. La catégorie 250 cm³ deux temps, elle, disparaîtra du championnat après la saison 2009, remplacée dès 2010 par le Moto2 et ses 600 quatre-temps.

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Icône d'Amérique latine

Au Venezuela, Lavado n'est pas un pilote : c'est un monument. Avec Cecotto, il a fait de son pays une anomalie sportive — deux titres mondiaux de vitesse pour une nation sans industrie moto, sans circuit majeur, sans filière. Cette réussite a une adresse : Venemotos et la famille Ippolito. Vito Ippolito, le patron de l'équipe des années de gloire, deviendra d'ailleurs président de la Fédération internationale de motocyclisme (FIM), élu en 2006 — le premier non-Européen à occuper ce fauteuil.

Installé en Italie, en Romagne, Lavado n'a jamais coupé le cordon : on l'a revu en piste dans les démonstrations de machines de Grand Prix historiques comme le World GP Bike Legends, et il a servi de conseiller aux pilotes vénézuéliens Robertino Pietri et Gabriel Ramos. Dans une histoire du sport moto largement écrite par les Britanniques, les Italiens, les Japonais, les Américains puis les Espagnols, il représente une voix rare : celle de l'Amérique latine, entrée par la petite porte et sortie avec deux couronnes mondiales. C'est ce genre de trajectoire que l'on retrouve chez les pionniers nationaux comme Wayne Gardner pour l'Australie.


Tableau récapitulatif

Élément Détail vérifié
Nom complet Carlos Alberto Lavado Jones
Naissance 25 mai 1956, Caracas (Venezuela)
Titres mondiaux 250 cm³ en 1983 et 1986
Machines des titres Yamaha TZ250 (1983), Yamaha YZR250 « 0W82 » (1986)
YZR250 (0W82) 249 cm³, V2 deux temps double vilebrequin, 75 ch, moins de 100 kg, cadre Deltabox
Équipe Venemotos (famille Ippolito), avec le soutien direct de l'usine Yamaha de 1982 à 1988
Carrière mondiale 1978-1992, 15 saisons, 137 départs (dont 125 en 250)
Palmarès chiffré 19 victoires, 42 podiums, 22 poles, 13 meilleurs tours
Premier GP 1978, GP du Venezuela, 2e en 250 derrière Kenny Roberts
Régularité Top 5 du championnat six saisons de suite (1981-1986), 3e en 1984 et 1985
Dernière victoire GP de Yougoslavie, Rijeka, 14 juin 1987 (250 cm³), avec la pole et le meilleur tour
1986, écart final 6 victoires, 114 pts contre 108 à Sito Pons (Honda NSR250)
Statut national 2e champion du monde vénézuélien, après Johnny Cecotto (350 cm³, 1975)
Après Yamaha Aprilia (1989-1990), Yamaha (1991), Gilera (1992)

FAQ — Questions fréquentes

En quelles années Carlos Lavado a-t-il été champion du monde 250 cm³ ?
En 1983 et en 1986, à chaque fois sur Yamaha : une TZ250 pour le premier titre, la YZR250 d'usine (0W82) pour le second.

Carlos Lavado est-il le premier champion du monde vénézuélien ?
Non. Le premier est Johnny Cecotto, sacré en 350 cm³ en 1975 sur Yamaha TZ350 à 19 ans. Lavado est le deuxième, et ils restent les deux seuls Vénézuéliens titrés en vitesse.

Quelle était la moto de son second titre ?
La Yamaha YZR250 « 0W82 » : 249 cm³, moteur V2 deux temps à double vilebrequin, environ 75 ch, moins de 100 kg, châssis Deltabox. Yamaha la présente comme sa première vraie 250 d'usine depuis treize ans.

Qui étaient ses principaux rivaux en 250 cm³ ?
Christian Sarron, Didier de Radiguès, Anton Mang, Freddie Spencer, Dominique Sarron, Jean-François Baldé et Sito Pons, son adversaire direct pour le titre 1986.

Quel est son bilan complet en Grand Prix ?
Quinze saisons de 1978 à 1992, 137 départs dont 125 en 250 cm³, 19 victoires, 42 podiums, 22 pole positions et 13 meilleurs tours en course.

Quelle a été sa dernière victoire en Grand Prix ?
Le Grand Prix de Yougoslavie 250 cm³ du 14 juin 1987, à Rijeka, signé avec la pole position et le meilleur tour en course, devant Loris Reggiani et Reinhold Roth.