Kork Ballington : le maître des cylindrées intermédiaires

Culture & Patrimoine Moto -

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Kork Ballington : le maître des cylindrées intermédiaires


Sommaire


D'Afrique australe aux paddocks européens

Hugh Neville Ballington, que le monde entier connaît sous le surnom de « Kork », naît le 10 avril 1951 à Salisbury, en Rhodésie du Sud, l'actuelle Harare au Zimbabwe. Sa famille s'installe très tôt en Afrique du Sud, du côté de Durban, et c'est sous licence sud-africaine qu'il courra toute sa carrière. Un gamin discret, myope, que rien ne prédestinait à devenir l'un des pilotes les plus complets de sa génération.

La passion lui vient par son frère aîné Dozy, qui l'emmène voir ses premières courses et l'aide à débuter. En 1972, Kork remporte une épreuve importante près de Durban au guidon d'une Kawasaki H1R et empoche un billet d'avion pour l'Angleterre. Il traverse alors les mers pour se frotter à l'élite européenne, vivant chichement de course en course, comme tant d'autres pilotes du Commonwealth avant lui. Cette route britannique, on la retrouve chez bien des héros du Continental Circus, à l'image du flamboyant Bill Ivy ou du révolutionnaire Jarno Saarinen.

Ballington fait ses débuts en Championnat du monde en 1976. Dès cette première saison, il décroche un podium en 250 cc au terrifiant Nürburgring Nordschleife, s'installe dans le peloton de tête et attire l'attention de Kawasaki, qui cherche un pilote capable d'exploiter ses nouvelles machines d'usine. Le rendez-vous entre l'homme et la marque va tout changer.


Le doublé de légende : 1978 et 1979

C'est en 1978 que Kork Ballington entre dans l'histoire. Engagé par l'usine Kawasaki sur les KR250 et KR350, il réussit l'exploit rarissime de remporter deux titres mondiaux la même année : champion du monde 250 cc et champion du monde 350 cc. En 350, il s'impose à six reprises ; en 250, il livre un duel acharné avec son coéquipier australien Gregg Hansford avant de coiffer la couronne.

L'incroyable, c'est qu'il remet ça l'année suivante. En 1979, Ballington conserve ses deux titres et signe une saison de patron en 250 cc avec sept victoires (Autriche, Allemagne, Espagne, Yougoslavie, Finlande, Grande-Bretagne et Tchécoslovaquie). Le bilan est vertigineux : quatre titres de champion du monde en deux saisons seulement, un doublé 250-350 réédité deux ans d'affilée. Très peu de pilotes dans l'histoire du sport peuvent se targuer d'une telle domination sur deux catégories simultanément, un art que maîtrisaient les plus grands, de Giacomo Agostini à Phil Read.

Ces catégories dites intermédiaires — le 250 et le 350 cc — n'avaient rien de mineur : elles réunissaient un plateau ultra-relevé et faisaient courir constructeurs japonais et européens sur des deux-temps affûtés. Y régner en maître, comme le faisait au même moment l'Espagnol Ángel Nieto dans les petites cylindrées, exigeait une régularité et une finesse de pilotage hors du commun.

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La Kawasaki à moteur tandem-twin

Les armes de Ballington sont aussi originales que redoutables. Les KR250 et KR350 reposent sur une architecture atypique baptisée « tandem-twin » : au lieu d'aligner ses deux cylindres côte à côte, le moteur les place l'un derrière l'autre, dans le sens de la longueur, reliés par un jeu de pignons. L'objectif de l'ingénieur maison Nagato Sato était double : réduire au maximum la surface frontale de la machine pour gagner en aérodynamisme, et permettre une admission par disque rotatif sur chaque cylindre.

La KR250 développe un deux-temps de 247,3 cm³ refroidi par eau, crédité d'environ 56 ch à 10 000 tr/min, accouplé à une boîte six vitesses. Sa grande sœur, la KR350 (347,4 cm³), grimpe à quelque 65 ch à 11 500 tr/min pour à peine 104 kg à sec. Des chiffres qui, mariés à un châssis compact et à un pilotage millimétré, transforment ces Kawasaki en missiles de virage. On est loin des grosses routières de la marque comme la mythique Kawasaki 900 Z1 : ici, tout est affaire de légèreté et de vivacité.

La KR250 fut produite de 1975 à 1982, la KR350 de 1978 à 1982. Deux machines de course pures qui, entre les mains du bon pilote, se révélèrent quasiment imbattables dans leur catégorie. Pour tout savoir sur l'ADN sportif de la marque, plongez dans l'épopée de Kawasaki.


Le pilote à lunettes : précision et sang-froid

Sur la piste, Kork Ballington était immédiatement reconnaissable. Myope, il pilotait avec des lunettes sous son casque, une silhouette presque incongrue au milieu des gladiateurs du Continental Circus. Cette image de « professeur » à lunettes collait parfaitement à son style : propre, précis, calculateur. Là où d'autres jouaient la démonstration, lui misait sur la régularité, la constance au dixième et une lecture chirurgicale de la course.

Ce sang-froid faisait toute la différence sur une saison entière, face à des adversaires plus spectaculaires mais parfois moins réguliers. Une philosophie que l'on retrouve chez d'autres champions du monde de l'époque, à l'image du méthodique Kenny Roberts Sr. ou du charismatique Barry Sheene, qui dominaient au même moment la catégorie reine des 500 cc. Ballington, lui, régnait un cran en dessous en cylindrée, mais avec une autorité tout aussi implacable.


La seule vraie gloire de Kawasaki en Grand Prix

Il faut le mesurer : ces titres de Ballington constituent la seule véritable période de gloire de Kawasaki en Grand Prix de vitesse. La marque d'Akashi, immense en série et redoutée en endurance, n'a jamais dominé la catégorie reine. Ses uniques couronnes mondiales en solo sont venues du 250 et du 350 cc, entre 1978 et 1982 : d'abord les quatre titres de Ballington (1978-1979), puis ceux de l'Allemand Anton Mang, qui prit le relais sur les mêmes KR pour glaner le 250 en 1980-1981 et le 350 en 1981-1982.

Détail qui donne à cette aventure un parfum de fin d'époque : la catégorie 350 cc a été supprimée à l'issue de la saison 1982. Anton Mang en fut le tout dernier champion du monde. Les titres 350 de Kork Ballington comptent donc parmi les derniers jamais décernés dans cette cylindrée mythique. Lorsque Kawasaki tenta ensuite de gravir la marche supérieure avec la KR500 à châssis monocoque, la magie n'opéra plus : développer une 500 de pointe se révéla bien plus ardu, et Ballington, passé chez les grands en 1980, ne retrouva jamais ses sommets. Il tira sa révérence en Grand Prix fin 1982.

Son héritage n'a pourtant jamais été oublié : Kork Ballington a été intronisé « MotoGP Legend » en 2018, aux côtés des plus grands. Pour comprendre à quel point cette parenthèse dorée reste unique dans l'histoire de la marque, lisez notre récit de l'histoire de Kawasaki en Grand Prix, ou revivez la grande saga de l'épopée du MotoGP.

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Tableau récapitulatif

Élément Détail
Nom complet Hugh Neville « Kork » Ballington
Naissance 10 avril 1951, Salisbury (Rhodésie du Sud, aujourd'hui Harare, Zimbabwe)
Licence / nationalité Sud-africaine
Carrière en GP 1976 – 1982
Titres mondiaux 4 : 250 cc et 350 cc en 1978, puis 250 cc et 350 cc en 1979
Machines Kawasaki KR250 et KR350 (moteur tandem-twin)
KR250 247,3 cm³, 2-temps refroidi eau, ~56 ch à 10 000 tr/min
KR350 347,4 cm³, ~65 ch à 11 500 tr/min, ~104 kg à sec
Coéquipier Gregg Hansford (250 cc)
Après-Kawasaki 250/350 Kawasaki KR500 (500 cc) à partir de 1980, sans le même succès
Distinction MotoGP Legend (2018)

FAQ — Questions fréquentes

Combien de titres mondiaux Kork Ballington a-t-il remportés ?
Quatre au total, tous en deux saisons : il a été champion du monde 250 cc et 350 cc en 1978, puis à nouveau 250 cc et 350 cc en 1979, réussissant deux fois de suite le doublé sur les mêmes années.

Kork Ballington est-il né en Zambie ?
Non, c'est une confusion fréquente. Il est né en 1951 à Salisbury, en Rhodésie du Sud, qui est devenue Harare au Zimbabwe. Sa famille a ensuite émigré en Afrique du Sud, pays sous la licence duquel il a couru.

Qu'est-ce qu'un moteur « tandem-twin » ?
C'est un bicylindre dont les deux cylindres sont placés l'un derrière l'autre, dans le sens de la longueur, et reliés par des pignons. Kawasaki a choisi ce montage pour réduire la surface frontale de la moto et permettre une admission par disque rotatif.

Sur quelles motos Ballington a-t-il gagné ses titres ?
Sur les Kawasaki d'usine KR250 (247,3 cm³, environ 56 ch) et KR350 (347,4 cm³, environ 65 ch), deux-temps refroidis par eau à architecture tandem-twin.

Pourquoi parle-t-on de la « seule vraie gloire » de Kawasaki en Grand Prix ?
Parce que les uniques titres mondiaux de Kawasaki en vitesse sont venus du 250 et du 350 cc entre 1978 et 1982 : d'abord Ballington (1978-1979), puis Anton Mang. La marque n'a jamais dominé la catégorie reine des 500 cc.