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Erik Buell : le franc-tireur américain de la moto sportive
Sommaire
- Un ingénieur qui voulait faire courir des Harley
- La philosophie Buell : centraliser les masses
- Les modèles cultes, du RR1000 à la 1125R
- Harley-Davidson : le mariage puis le divorce brutal
- EBR : la renaissance contrariée
- Tableau récapitulatif
- FAQ — Questions fréquentes
Un ingénieur qui voulait faire courir des Harley
Erik Buell, né en 1950 à Pittsburgh, n'est pas un carrossier de garage devenu constructeur par accident. C'est un ingénieur diplômé et un pilote de course de bon niveau, qui a couru en privé avant de rejoindre le bureau d'études de Harley-Davidson. De cette double casquette est née une obsession : prouver qu'un gros V-twin américain, réputé lourd et pataud, pouvait animer une véritable sportive capable d'inquiéter les Japonaises et les Italiennes.
Il fonde sa marque en 1983 et signe une première machine, la RW750, une pure moto de course à moteur deux-temps destinée au championnat AMA Formula 1. Mais la catégorie est annulée presque aussitôt, laissant Buell sans débouché. Plutôt que d'abandonner, il pivote vers ce qu'il connaît le mieux : le gros twin Harley. Cette culture de la course et du bricolage génial, très américaine, on la retrouve dans l'ADN du flat track qui coule dans les veines de l'Amérique et sur les circuits historiques comme le Daytona 200. Buell partait d'un moteur conçu pour des Harley-Davidson de croisière : tout l'art consistait à le rendre sportif.
La philosophie Buell : centraliser les masses
Là où d'autres cherchaient la puissance brute, Erik Buell a fait un pari d'ingénieur : centraliser les masses. L'idée est simple à énoncer, redoutable à appliquer : regrouper tout le poids au plus près du centre de gravité, bas et entre les roues, pour obtenir une moto qui change de cap instantanément. Cette quête de maniabilité a débouché sur une série de solutions brevetées qui n'appartiennent qu'à Buell.
La plus spectaculaire est le frein avant ZTL (Zero Torsional Load) : au lieu d'un disque classique boulonné près du moyeu, Buell fixe un unique disque géant en périphérie de la jante, mordu de l'intérieur par un étrier à six pistons. La jante elle-même devient le disque, ce qui supprime un deuxième disque, allège les masses non suspendues et réduit l'effet gyroscopique. Autre trouvaille : l'essence stockée dans le cadre en aluminium, tandis que l'huile moteur loge dans le bras oscillant creux. L'échappement, lui, passe sous le moteur, au ras du sol. Résultat : le carburant, l'huile et les gaz d'échappement sont ramenés vers le bas et le centre de la machine.
Cette approche fait de Buell un véritable franc-tireur technique, à ranger parmi les grands laboratoires d'idées de la moto, aux côtés de curiosités d'ingénierie comme la Honda NR750 aux pistons ovales. Le style, brut et fonctionnel, plaira à ceux qui aiment les machines à caractère.
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Les modèles cultes, du RR1000 à la 1125R
La première Buell de route, la RR1000 Battletwin (1987), reprend le moteur de la Harley XR1000 et inaugure un châssis rigide et léger à moteur silent-bloc breveté (système Uniplanar). Suivent la RR1200 puis la S2 Thunderbolt en 1994, animée par le V-twin Sportster de 1 203 cm³, saluée pour ses lignes fluides.
Mais la moto qui installe l'esprit Buell dans les mémoires, c'est la S1 Lightning (1996). Roadster décharné, brutal et minimaliste, monté sur le même 1 203 cm³, elle incarne l'anti-carénage assumé, dans le même esprit rageur que la culture streetfighter. Puis vient le tournant majeur : en 2002, la Firebolt XB9R étrenne le cadre en aluminium faisant office de réservoir, le bras oscillant réservoir d'huile et le frein ZTL. Son bicylindre passe à 984 cm³, avant qu'une XB12R de 1 203 cm³ n'arrive en 2004, déclinée en roadsters Lightning XB.
Consciente que le vieux twin refroidi par air atteignait ses limites face aux sportives modernes héritières de la Suzuki GSX-R, Buell change de moteur pour la 1125R (millésime 2008). Exit Harley : place à un V-twin refroidi par liquide de 1 125 cm³ ouvert à 72°, développé avec l'autrichien Rotax, revendiquant 146 ch. Une café racer, la 1125CR, complète la gamme en 2009. Pour un outsider américain, c'était un vrai saut technologique, à la manière des trublions européens comme Aprilia et sa RSV Mille.
Harley-Davidson : le mariage puis le divorce brutal
L'histoire de Buell est indissociable de celle de sa maison mère. En 1993, Harley-Davidson rachète 49 % de la petite marque pour 500 000 dollars, prenant même la maison d'Erik Buell en garantie. En 1998, le géant de Milwaukee prend la majorité, et Buell devient une filiale à 100 % au début des années 2000. Cette alliance donne à Buell l'accès aux moteurs, aux réseaux et à l'industrialisation qui lui manquaient.
Puis vient le coup de massue. Le 15 octobre 2009, en pleine crise financière mondiale, Harley-Davidson annonce l'arrêt pur et simple de la marque Buell pour se recentrer sur son cœur d'activité. La dernière moto sort de chaîne le 30 octobre 2009, portant le total à 136 923 exemplaires produits en un peu plus de vingt ans. Une fin d'autant plus amère que la marque venait tout juste de se doter de son moteur maison. Ce genre de décision brutale d'un grand groupe rappelle le sort d'autres marques américaines passionnantes, comme Victory Motorcycles, tandis que l'autre légende de Milwaukee, Indian, renaissait de son côté.
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Les Buell étaient animées par le V-twin Harley : la coque Harley est le produit le plus lié au sujet, et l'ancre est mot pour mot dans le corps.
EBR : la renaissance contrariée
Erik Buell n'est pas homme à se laisser abattre. Dès novembre 2009, il fonde Erik Buell Racing (EBR), d'abord pour produire des versions course de la 1125R. L'entreprise passe ensuite à la route avec la 1190RS, puis les 1190RX et 1190SX, de vraies superbikes américaines à moteur maison. Un partenariat est même noué avec l'indien Hero MotoCorp pour financer l'aventure.
Mais le rêve reste fragile. En avril 2015, EBR se place sous protection de la faillite, écrasé par une vingtaine de millions de dollars de dettes. Les actifs sont rachetés début 2016 par Liquid Asset Partners, qui relance timidement une petite production. En 2021, la marque Buell Motorcycles annonce son retour sous l'égide d'EBR, avec l'ambition de bâtir une gamme d'une dizaine de modèles à partir des plateformes développées durant la décennie. Un parcours en dents de scie qui n'enlève rien à l'héritage : Buell restera le franc-tireur qui a osé faire d'un twin de croisière une sportive radicale. Si son histoire vous a donné envie de creuser l'ingénierie et la course, notre panorama de l'évolution de la moto prolonge le voyage.
Tableau récapitulatif
| Élément | Détail vérifié |
|---|---|
| Fondateur | Erik Buell (né en 1950), ingénieur et ancien pilote |
| Création de la marque | 1983 |
| Première moto | RW750 (course, moteur 2-temps), série annulée |
| Premier modèle de route | RR1000 Battletwin (1987), moteur Harley XR1000 |
| Innovations brevetées | Frein ZTL en périphérie de jante, essence dans le cadre, huile dans le bras oscillant, échappement sous le moteur |
| Modèles cultes | S1 Lightning (1996), Firebolt XB9R (2002, 984 cm³), 1125R (2008, Rotax 1 125 cm³, 146 ch) |
| Lien avec Harley-Davidson | 49 % en 1993, majorité en 1998, filiale à 100 % ensuite |
| Fermeture | Annoncée le 15 octobre 2009 ; 136 923 motos produites au total |
| Renaissance | Erik Buell Racing (2009), faillite en 2015, retour de la marque Buell en 2021 |
FAQ — Questions fréquentes
Qui était Erik Buell ?
Erik Buell, né en 1950 à Pittsburgh, était un ingénieur et un ancien pilote de course qui a travaillé chez Harley-Davidson avant de fonder sa propre marque de sportives en 1983.
Quelles étaient les grandes innovations techniques de Buell ?
Buell a breveté plusieurs solutions pour centraliser les masses : un frein avant unique fixé en périphérie de la jante (système ZTL), l'essence stockée dans le cadre, l'huile logée dans le bras oscillant et l'échappement placé sous le moteur.
Quel moteur équipait les Buell ?
La plupart des Buell utilisaient un gros V-twin Harley-Davidson dérivé du Sportster (jusqu'à 1 203 cm³). À partir de 2008, la 1125R a adopté un V-twin refroidi par liquide de 1 125 cm³ développé avec Rotax, revendiquant 146 ch.
Pourquoi la marque Buell a-t-elle fermé ?
Le 15 octobre 2009, Harley-Davidson, propriétaire de Buell, a annoncé l'arrêt de la marque pour se recentrer sur son activité principale en pleine crise financière. La dernière moto est sortie le 30 octobre 2009, après 136 923 exemplaires produits.
Buell existe-t-il encore aujourd'hui ?
Erik Buell a fondé Erik Buell Racing (EBR) en 2009. Malgré une faillite en 2015, la marque Buell a annoncé son retour en 2021 sous l'égide d'EBR, avec l'ambition de développer une nouvelle gamme de modèles.

