1941 mots | Temps de lecture : 9 minute(s)
La Kawasaki 900 Z1 (1972) : la riposte japonaise qui a détrôné la CB750
Sommaire
- Un projet foudroyé par la Honda CB750
- « New York Steak » : le nom de code d'une revanche
- Le 4-cylindres DOHC 903 cm³ : un coup de maître
- 130 mph : les performances qui ont redéfini « rapide »
- Daytona 1973 : la démonstration de force
- Le « King » et la naissance de la lignée Z
- Un héritage qui roule encore
- Tableau récapitulatif
- FAQ
Un projet foudroyé par la Honda CB750
À la fin des années 1960, Kawasaki n'est pas encore le géant que l'on connaît. La marque, issue d'un colosse industriel (chantiers navals, locomotives, aéronautique), travaille sur un projet ambitieux : une grosse cylindrée quatre-cylindres de 750 cm³ destinée à conquérir le marché américain. Le nom de code interne ? « N600 ». L'idée est claire : frapper fort et poser Kawasaki au sommet de la hiérarchie mondiale. Cette ambition s'inscrit dans une longue épopée d'innovation propre à Kawasaki.
Puis, à l'automne 1968, le ciel leur tombe sur la tête. Au salon de Tokyo, Honda dévoile la CB750 Four : quatre cylindres, arbre à cames en tête, frein à disque, démarreur électrique. Une moto qui invente littéralement le concept de « superbike » et prend l'industrie de vitesse (elle sera commercialisée en 1969). Kawasaki tenait le même créneau… mais Honda a dégainé en premier, avec exactement la cylindrée que les ingénieurs d'Akashi préparaient. Pour comprendre à quel point cette bataille des quatre-cylindres a façonné la moto moderne, il faut la replacer dans l'histoire longue de l'évolution de la moto.
« New York Steak » : le nom de code d'une revanche
Plutôt que de sortir une CB750 bis condamnée à vivre dans l'ombre de Honda, Kawasaki prend une décision audacieuse : tout retarder et tout repenser. Les ingénieurs remisent le 750 et remontent en cylindrée jusqu'à 903 cm³, pour offrir davantage que la concurrence. Le projet est baptisé en interne « New York Steak » — la métaphore d'un menu où la Z1 devait être la pièce la plus prestigieuse, le morceau de choix, celui que tout le monde commande.
Ce choix n'est pas qu'une question de chiffres. Kawasaki mise sur la fiabilité et l'endurance pour effacer sa réputation de constructeur de deux-temps rugueux mais fragiles. La Z1 doit être belle, rapide ET durable. La mise en production démarre en août 1972, les premières livraisons interviennent en novembre 1972, et la machine est présentée au monde comme le nouvel étalon des grosses routières japonaises.
🏍️ Envie d'afficher les couleurs de la marque verte au quotidien ? Découvrez notre sélection de coques Kawasaki pour iPhone.
Le 4-cylindres DOHC 903 cm³ : un coup de maître
Le cœur de la Z1, c'est son moteur : un quatre-cylindres en ligne, refroidi par air, alimenté par quatre carburateurs et transmettant sa puissance par chaîne. Sa signature technique majeure : le double arbre à cames en tête (DOHC). Là où la Honda CB750 se contentait d'un simple arbre à cames en tête (SOHC), Kawasaki offrait le raffinement du double arbre. La Z1 devient ainsi le premier gros quatre-cylindres japonais de grande série équipé du DOHC.
Le prestige était réel : à l'époque, la seule moto de série à revendiquer cette architecture était la MV Agusta 750 S, une pièce d'orfèvrerie italienne produite en quantités confidentielles et vendue à plus du double du prix. Kawasaki démocratisait donc une technologie de course. Aux États-Unis, la Z1 s'affichait autour de 1 895 dollars, un rapport performances/prix imbattable.
Les chiffres du moteur : 903 cm³ obtenus avec une cote « carrée » de 66 mm d'alésage pour 66 mm de course, une puissance de 82 ch à 8 500 tr/min, et une boîte à 5 rapports. Un bloc réputé indestructible, qui allait servir de base à d'innombrables préparations. Cette philosophie du gros bloc costaud n'a jamais quitté Kawasaki : on la retrouve, poussée à l'extrême et suralimentée, sur des monstres modernes comme la Kawasaki H2R.
130 mph : les performances qui ont redéfini « rapide »
Avec ses 82 chevaux, la Z1 atteignait environ 130 mph, soit près de 210 km/h — un chiffre proprement vertigineux pour une moto de série au début des années 1970. Elle coiffait la CB750 et redéfinissait ce que le mot « vitesse » signifiait pour un motard lambda pouvant simplement entrer chez un concessionnaire.
Mais la Z1 ne se résumait pas à sa pointe. Sa souplesse, son couple généreux et sa fiabilité en faisaient une véritable routière capable d'avaler les kilomètres sans broncher. Elle plaçait Kawasaki dans la cour des grands, aux côtés des autres géants japonais dont on peut relire les parcours croisés, de Suzuki à Yamaha. Aujourd'hui encore, la Z1 figure dans les conversations sur les motos qui ont marqué l'histoire de la vitesse.
Daytona 1973 : la démonstration de force
Annoncer 130 mph, c'est une chose. Le prouver publiquement en est une autre. En mars 1973, Kawasaki débarque sur l'anneau incliné de Daytona International Speedway avec une mission : démontrer que la Z1 est aussi endurante que rapide. La préparation des machines est confiée au sorcier Yoshimura, et le pilotage à une équipe menée par le Canadien Yvon Duhamel.
Le résultat est écrasant. Sur l'épreuve d'endurance de 24 heures, une Z1 parcourt environ 2 631 miles à une moyenne d'environ 109,6 mph — un record du monde. En version carénée, Duhamel signe un record du tour sur circuit fermé à plus de 160 mph. Au total, ce sont 46 records mondiaux et américains qui tombent lors de ce marathon. Un coup de communication magistral qui grave la fiabilité de la Z1 dans le marbre.
Ces exploits sur la piste inclinée de Daytona rappellent que la légende d'une moto se construit aussi en compétition, comme le prouvent d'autres monuments tels que le Tourist Trophy de l'île de Man.
Le « King » et la naissance de la lignée Z
Rapide, fiable, prestigieuse et abordable : la Z1 coche toutes les cases. La presse et le public lui trouvent naturellement un surnom, celui de « King » — le « King of the Road », le roi de la route. La couronne était méritée.
Surtout, la Z1 inaugure une dynastie. Elle évolue en Z1A en 1974 (moteur alu brut, nouveaux coloris), puis en Z1B en 1975. La cylindrée de 903 cm³ se prolonge ensuite sous l'appellation Z900 (KZ900 sur le marché américain), avant que la lignée ne franchisse un cap en 1977 avec la Z1000 et son moteur porté à un peu plus de 1 000 cm³. Sur toute la durée de vie du modèle original, environ 85 000 Z1 sont produites. La lettre « Z » devient une signature Kawasaki que la marque n'a plus jamais lâchée.
🏍️ Vous rêvez de garder la silhouette du King sous les yeux ? Jetez un œil à nos motos miniatures et à nos posters & affiches moto.

Le lecteur nostalgique voudra sa réplique du King : la miniature est le produit d'affinité idéal, placé pile sur l'envie de garder la moto sous les yeux.
Un héritage qui roule encore
La Kawasaki 900 Z1 n'est pas seulement une belle moto : c'est un tournant de l'histoire industrielle. En ripostant à la CB750 non pas avec une copie, mais avec une machine supérieure sur presque tous les tableaux, Kawasaki a prouvé qu'audace et patience pouvaient renverser une hiérarchie établie. Le DOHC démocratisé, la fiabilité prouvée à Daytona, la lignée Z lancée : tout part de là.
Aujourd'hui, la Z1 est une pièce de collection recherchée, et son ADN se lit encore dans les Z modernes au style « streetfighter ». Pour les passionnés de patrimoine, elle occupe une place aux côtés des motos qui ont marqué la culture, celles que l'on retrouve dans le cinéma et la culture pop. Le King a beau avoir plus de cinquante ans, il n'a rien perdu de son aura.
Tableau récapitulatif
| Caractéristique | Kawasaki 900 Z1 |
|---|---|
| Nom de code interne | « New York Steak » |
| Présentation / production | 1972 (production dès août 1972, livraisons nov. 1972) |
| Moteur | 4-cylindres en ligne, refroidi par air, DOHC |
| Cylindrée | 903 cm³ (alésage × course : 66 × 66 mm) |
| Puissance | 82 ch à 8 500 tr/min |
| Boîte de vitesses | 5 rapports, transmission par chaîne |
| Vitesse de pointe | ≈ 130 mph (≈ 210 km/h) |
| Poids à sec | ≈ 230 kg |
| Prix de lancement (USA) | ≈ 1 895 $ |
| Records Daytona 1973 | 46 records ; 24 h ≈ 2 631 miles à ≈ 109,6 mph ; tour > 160 mph |
| Surnom | « King » (King of the Road) |
| Lignée | Z1 → Z1A → Z1B → Z900/KZ900 → Z1000 (1977) |
| Production totale (modèle original) | ≈ 85 000 unités |
FAQ — Questions fréquentes
Pourquoi la Kawasaki Z1 fait-elle 903 cm³ et non 750 cm³ ?
Kawasaki préparait à l'origine un 750 cm³, mais la présentation de la Honda CB750 Four (dévoilée au salon de Tokyo fin 1968, commercialisée en 1969) l'a poussé à tout repenser. La marque a augmenté la cylindrée à 903 cm³ pour dépasser la concurrence, dans le cadre du projet baptisé « New York Steak ».
Que signifie le nom de code « New York Steak » ?
C'est une métaphore culinaire : la Z1 devait être la pièce la plus prestigieuse et la plus désirable du « menu » Kawasaki, à l'image d'un morceau de choix que tout le monde veut commander.
Quels records la Z1 a-t-elle établis à Daytona en 1973 ?
Menée par Yvon Duhamel et préparée par Yoshimura, la Z1 a signé environ 46 records mondiaux et américains, dont un record d'endurance sur 24 heures d'environ 2 631 miles à près de 109,6 mph de moyenne et un record du tour dépassant 160 mph.
Pourquoi surnomme-t-on la Z1 le « King » ?
Grâce à sa vitesse de pointe d'environ 130 mph, sa fiabilité prouvée à Daytona et son rapport performances/prix imbattable, la Z1 a été sacrée « King of the Road », le roi de la route.
Quelle est la descendance de la Kawasaki 900 Z1 ?
La Z1 inaugure la lignée Z : elle évolue en Z1A (1974) puis Z1B (1975), se prolonge en Z900/KZ900, avant de céder la place à la Z1000 en 1977. La lettre « Z » est depuis une signature emblématique de Kawasaki.

