Stéphane Peterhansel : six Dakar à moto avant de conquérir les autos

Pilotes de légende, Rallye-raid -

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Stéphane Peterhansel : six Dakar à moto avant de conquérir les autos


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Stéphane Peterhansel, né en 1965 en Haute-Saône, s'est imposé six fois au Dakar à moto sur Yamaha, en 1991, 1992, 1993, 1995, 1997 et 1998. Formé à l'enduro et titré trois fois champion de France avec Husqvarna, il découvre le rallye-raid en 1988 au sein de l'équipe officielle Yamaha. Sa rivalité avec l'Italien Edi Orioli marque toute la décennie, notamment en 1996, où un carburant défectueux le contraint à l'abandon alors qu'il menait la course. Passé à l'automobile en 1999, il ajoute huit succès entre 2004 et 2021 avec Mitsubishi, Mini et Peugeot, portant son total à quatorze victoires, et reprend le départ en 2026 sur un Defender.


Un gamin de Haute-Saône élevé à l'enduro

Stéphane Peterhansel naît le 6 août 1965 à Échenoz-la-Méline, aux portes de Vesoul, en Haute-Saône. Rien ne destine ce garçon des forêts de l'Est à devenir la référence du rallye-raid, sinon une passion précoce pour le tout-terrain et des terrains d'entraînement gratuits à la sortie du village. Il entre en compétition vers quinze ans, en enduro, la discipline la plus complète qui soit : des heures de pilotage, un chronomètre impitoyable et une mécanique qu'il faut savoir dépanner soi-même au bord du chemin.

L'enduro lui apprend tout ce que le désert lui réclamera plus tard. Il enchaîne les titres nationaux, notamment sous les couleurs de Husqvarna, avec lesquelles il décroche trois couronnes de champion de France. Cette école-là, faite de spéciales chronométrées, de contrôles horaires et de liaisons interminables, est exactement celle des Six Jours internationaux, où se forgent depuis plus d'un siècle les pilotes réellement polyvalents.

En 1987, Yamaha France le recrute. L'année suivante, à vingt-deux ans, il découvre le Paris-Dakar au guidon d'une machine officielle de la marque aux trois diapasons. Il ne quittera plus vraiment l'épreuve. Détail révélateur du personnage : il ne lâche pas l'enduro pour autant et ajoutera deux titres de champion du monde à son palmarès, en 1997 puis en 2001, alors qu'il est déjà une vedette du sable.


1991 : la première, sur une Yamaha d'usine

Trois participations suffisent à l'apprenti pour comprendre le désert. En janvier 1991, à vingt-cinq ans, Peterhansel remporte son premier Dakar au guidon d'une Yamaha YZE 750 T, un prototype d'usine issu de la lignée Ténéré. La marque japonaise n'en est pas à son coup d'essai : c'est déjà une Yamaha, la XT 500 de Cyril Neveu, qui s'était imposée lors de la toute première édition, en 1979.

Entre ces deux victoires, douze ans ont passé et l'épreuve a changé de nature. Là où les pionniers partaient sur des monocylindres de série à peine préparés, les usines alignent désormais des prototypes conçus pour un seul objectif. La filiation reste pourtant parfaitement lisible dans les concessions : le Yamaha XT 600 Ténéré, apparu en 1983, a fait entrer le grand réservoir, la garde au sol et l'esthétique africaine dans la moto de tous les jours. La course nourrissait le catalogue, et le catalogue entretenait la légende.


1992-1993 : Le Cap, puis le triplé

L'édition 1992 reste l'une des plus démesurées jamais organisées. Partie de Paris le 23 décembre 1991, elle rejoint Le Cap le 16 janvier 1992 après 12 427 kilomètres à travers la Libye, le Niger, le Tchad, la Centrafrique, le Cameroun, le Gabon, le Congo, l'Angola et la Namibie, avec une traversée maritime entre Pointe-Noire et Lobito pour contourner le Zaïre. Peterhansel y signe sa deuxième victoire consécutive, sur un tracé qui tient autant de l'expédition que de la course.

Cette année-là, la catégorie auto est remportée par Hubert Auriol, qui devient ainsi le premier homme à gagner le Dakar sur deux roues puis sur quatre. L'ancien pilote s'était imposé à moto en 1981 et 1983 sur une BMW R80 G/S, la machine qui a inventé le trail routier moderne. Le jeune Franc-Comtois enregistre l'exemple : il sait désormais que le passage est possible.

En 1993, il remet ça et signe un troisième succès d'affilée sur la YZE 850 T, un bicylindre parallèle de 849 cm³ à cinq soupapes par cylindre dessiné pour un unique programme. La machine remplit son contrat en deux éditions et deux victoires, avant qu'un changement de règlement ne vienne rebattre les cartes. Le temps des prototypes purs touche à sa fin, et le rapport de forces avec la concurrence italienne va s'en trouver bouleversé.


Edi Orioli, l'adversaire d'une décennie

Né le 5 décembre 1962 à Udine, Edi Orioli est le contrepoint idéal du Français : un Italien méthodique, capable de gagner le Dakar avec trois marques différentes. Vainqueur dès 1988 sur une Honda NXR, puis en 1990 sur une Cagiva Elefant, il redevient le patron en 1994, l'année où le règlement impose des machines dérivées de modèles de série. Le duel entre les deux hommes structure toute la décennie, et il se joue rarement sur la vitesse pure : la navigation et la gestion mécanique tranchent presque toujours.

Peterhansel reprend la main dès l'édition suivante. En 1995, sur un parcours parti de Grenade, il devance l'Espagnol Jordi Arcarons et Orioli lui-même, relégué à la troisième place. Quatre victoires à vingt-neuf ans : le Français s'installe déjà dans une catégorie à part au sein de l'épreuve.

L'année 1996 fournit le chapitre le plus amer. Peterhansel et Orioli défendent alors les mêmes couleurs, au sein de l'équipe Yamaha officielle emmenée par Jean-Claude Olivier. Après Smara, un ravitaillement en carburant défectueux lui coûte environ trois heures et le contraint à l'abandon alors qu'il menait la course. Orioli rejoint Dakar avec plus d'une heure d'avance sur Arcarons, décroche sa quatrième couronne et égale, ce jour-là, le total de son coéquipier français.


1997-1998 : Neveu égalé, puis dépassé

La réponse ne tarde pas. En 1997, l'épreuve abandonne le départ européen et propose une boucle Dakar-Agadès-Dakar par le Ténéré, du 4 au 19 janvier. Peterhansel s'impose devant l'Espagnol Oscar Gallardo, sur Cagiva, relégué à plus de deux heures et demie, et devant son compatriote David Castera, troisième sur Yamaha. Cette cinquième victoire le met à hauteur de Cyril Neveu, vainqueur en 1979, 1980, 1982, 1986 et 1987, l'homme qui avait ouvert la voie et incarné la première décennie du rallye. La même édition voit Jutta Kleinschmidt devenir la première femme à gagner une étape du Dakar.

Un an plus tard, l'épreuve renoue avec le grand parcours Paris-Grenade-Dakar, disputé du 1er au 17 janvier 1998 sur dix-sept étapes. Peterhansel l'emporte une nouvelle fois et porte son total à six. Il quitte alors la catégorie moto au sommet, à trente-deux ans, sans avoir jamais eu besoin d'une saison de trop pour prouver quoi que ce soit.

Près de trois décennies plus tard, ce total de six n'a toujours pas été rejoint. L'Espagnol Marc Coma et le Français Cyril Despres, les deux grands dominateurs de l'ère suivante, se sont arrêtés à cinq succès chacun. La marque de 1998 reste donc la référence de la catégorie moto, dans une épreuve pourtant transformée par le GPS, les nouveaux règlements et le déménagement en Amérique du Sud puis en Arabie saoudite.


Les Yamaha du désert

Le palmarès de Peterhansel épouse celui d'une lignée technique. La YZE 750 T de 1991 est un pur prototype d'usine, taillé pour encaisser des étapes de plus de huit cents kilomètres. La YZE 850 T qui lui succède en 1992 et 1993 pousse la logique plus loin encore : bicylindre parallèle de 849,3 cm³, double arbre à cames en tête, cinq soupapes par cylindre. Elle gagne les deux seules éditions qu'elle dispute, ce qui reste un bilan rare dans l'histoire du raid.

Le changement de règlement de 1994 impose ensuite des machines dérivées de la série. Yamaha bâtit alors une nouvelle monture autour du moteur de la TDM 850 de série, tout en conservant l'architecture éprouvée de la YZE. Cette famille de motos remporte quatre Dakar consécutifs, de 1995 à 1998 : trois pour Peterhansel, un pour Orioli. Une version destinée aux pilotes privés est même commercialisée, à un tarif de l'ordre de cent quarante mille francs de l'époque, hors de portée du commun des amateurs.

Ce va-et-vient entre la course et la production explique une partie du patrimoine moto contemporain. Les gros trails que l'on croise aujourd'hui sur les routes descendent en droite ligne de ces prototypes : la Honda Africa Twin, née de l'esprit des NXR victorieuses, en est l'exemple le plus évident. Le désert a durablement dessiné la moto de voyage, bien au-delà des podiums.


Le passage aux quatre roues

La reconversion n'a rien d'un long fleuve tranquille. Dès 1999, Peterhansel dispute le Dakar en auto sur une Nissan et termine septième, sans la moindre victoire d'étape. Il lui faudra cinq ans pour transformer l'essai, le temps d'apprendre un métier radicalement différent : la lecture du roadbook à deux, la gestion des pneumatiques, le dialogue permanent avec un copilote.

Engagé par l'équipe officielle Mitsubishi, il remporte enfin l'épreuve en 2004 sur un Pajero Evolution, avec Jean-Paul Cottret à sa droite, devançant son coéquipier Hiroshi Masuoka de près de cinquante minutes. Il devient ce jour-là le deuxième homme, après Hubert Auriol, à gagner le Dakar à moto et en auto. Suivront 2005 et 2007 avec Mitsubishi, 2012 et 2013 sur Mini, puis 2016 sur Peugeot 2008 DKR et 2017 sur Peugeot 3008 DKR, lors d'un triplé de la marque au lion complété par Sébastien Loeb et Cyril Despres.

La huitième et dernière victoire automobile arrive en 2021, en Arabie saoudite, au volant d'un Mini John Cooper Works Buggy partagé avec Édouard Boulanger, son nouveau copilote. Peterhansel a alors cinquante-cinq ans et porte son total à quatorze succès, toutes catégories confondues. Aucun autre concurrent n'a jamais approché ce cumul dans l'histoire de l'épreuve.


Ce que pèsent six victoires à moto

Le chiffre de quatorze se décompose en six couronnes à moto et huit en auto, et chacune des deux moitiés constitue à elle seule un record de catégorie. Côté voitures, le Qatarien Nasser Al-Attiyah s'est rapproché en portant son propre total à six lors de l'édition 2026, remportée au volant d'une Dacia Sandrider. La marge reste confortable, mais l'histoire de cette épreuve a montré qu'aucun record n'y était éternel.

Peterhansel, lui, n'a pas raccroché. En janvier 2026, à soixante ans, il reprend le départ du Dakar en Arabie saoudite dans la catégorie Stock, au volant d'un Defender préparé, associé au copilote Mika Metge. Il y décroche des victoires d'étape et termine quatrième de sa classe, derrière les Defender de Rokas Baciuška et de Sara Price et le Toyota de Ronald Basso. L'épreuve qu'il a découverte en 1988 a changé de continent, de règlement et d'échelle, mais elle reste construite sur la même exigence de régularité que celle qui l'a mené six fois au bout du désert sur deux roues.

C'est peut-être là que réside la leçon la plus intéressante de cette carrière. Peterhansel n'a jamais été le pilote le plus spectaculaire de sa génération, ni le plus rapide sur une spéciale isolée. Il a été le plus constant, le plus économe de ses erreurs, celui qui arrive systématiquement au bivouac avec une machine en état de repartir. Le rallye-raid récompense cette forme de patience têtue plutôt que le panache pur.

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Tableau récapitulatif

Année Catégorie et parcours Machine ou voiture Fait marquant
1991 Moto, Paris-Dakar Yamaha YZE 750 T Première victoire, à vingt-cinq ans
1992 Moto, Paris-Le Cap Yamaha YZE 850 T 12 427 km jusqu'en Afrique du Sud
1993 Moto, Paris-Dakar Yamaha YZE 850 T Troisième succès consécutif
1995 Moto, Grenade-Dakar Yamaha dérivée de série Victoire devant Arcarons et Orioli
1997 Moto, Dakar-Agadès-Dakar Yamaha dérivée de série Record de Cyril Neveu égalé
1998 Moto, Paris-Grenade-Dakar Yamaha dérivée de série Sixième titre, puis départ vers l'auto
2004 Auto, Dakar africain Mitsubishi Pajero Evolution Premier succès en auto, avec Cottret
2021 Auto, Arabie saoudite Mini John Cooper Works Buggy Quatorzième victoire, avec Boulanger
2026 Auto, catégorie Stock Defender de rallye Retour à soixante ans, quatrième de classe

FAQ — Questions fréquentes

  • Combien de fois Stéphane Peterhansel a-t-il gagné le Dakar à moto ?
    Six fois, toujours sur Yamaha : en 1991, 1992, 1993, 1995, 1997 et 1998. Ce total reste le plus élevé de la catégorie moto, devant les cinq victoires de Cyril Neveu, Marc Coma et Cyril Despres.
  • Quel était son principal rival à moto ?
    L'Italien Edi Orioli, vainqueur en 1988, 1990, 1994 et 1996. En 1996, les deux hommes couraient dans la même équipe Yamaha officielle, et un carburant défectueux pris après Smara a coûté environ trois heures au Français avant de le contraindre à l'abandon.
  • Combien de victoires compte-t-il au total sur le Dakar ?
    Quatorze : six à moto et huit en automobile, obtenues en 2004, 2005 et 2007 sur Mitsubishi, 2012 et 2013 sur Mini, 2016 et 2017 sur Peugeot, puis 2021 de nouveau sur Mini.
  • Quand est-il passé de la moto à l'automobile ?
    En 1999, l'année suivant sa sixième victoire à moto. Il termine septième pour ses débuts sur quatre roues, au volant d'une Nissan, et doit attendre 2004 pour remporter l'épreuve en auto.
  • Est-il le premier pilote à avoir gagné le Dakar à moto puis en auto ?
    Non. Hubert Auriol, vainqueur à moto sur BMW en 1981 et 1983, avait déjà réussi ce doublé en remportant la catégorie automobile en 1992. Peterhansel est le deuxième à l'avoir fait, en 2004.
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