Le salut motard : d'où vient le V entre deux-roues qui se croisent

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Le salut motard : d'où vient le V entre deux-roues qui se croisent


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Le V tracé de la main gauche entre deux motos qui se croisent n'a pas d'acte de naissance. En France, il côtoie le pied droit tendu pour remercier ; aux États-Unis, le bras descend vers le sol ; au Royaume-Uni, où l'on roule à gauche, le signe de tête domine, avec un précédent policier documenté et le salut codé des patrouilleurs de l'Automobile Association. Les récits d'origine, des fondateurs de Harley-Davidson au V de la Victoire en passant par Barry Sheene, ne reposent sur aucun document d'époque. Reste une coutume qui s'efface devant la sécurité : un signe de tête suffit quand la route exige les deux mains.


Un salut, plusieurs gestes

Deux motos se croisent sur une départementale, et une main gauche quitte le guidon. Elle descend le long du réservoir, s'ouvre en V, index et majeur écartés, doigts tournés vers le bitume, puis revient aussitôt sur le levier d'embrayage. En face, le même geste répond bien souvent. L'échange dure moins d'une seconde et dit l'essentiel : on se reconnaît entre motards.

Le V n'est pas la seule forme en usage : on voit aussi l'index seul pointé vers le sol, la main ouverte à plat ou une simple main levée. Quand les mains sont occupées, un hochement de casque fait l'affaire, et lorsqu'un motard en double un autre, c'est parfois le pied droit qui se tend.

Chacun y met sa signification : la victoire, la paix, ou les deux roues qu'il faut garder au sol. Ces lectures sont venues après coup ; il n'existe aucune signification officielle, seulement un code transmis par l'exemple, sans texte fondateur.

À 80 km/h chacune, deux motos qui se croisent se rapprochent à 160 km/h, soit environ 44 mètres par seconde : le signe doit être bref, net et lisible. Il est tracé par une main gantée, puisqu'en France le port de gants certifiés est obligatoire à moto depuis le 20 novembre 2016.

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En France : le V de la main gauche et le pied droit

En France, la forme dominante est ce V de la main gauche, tendu à hauteur du guidon ou un peu plus bas. Les guides des assureurs spécialisés et des éditeurs de code de la route décrivent la même grammaire : la main droite reste sur l'accélérateur et le frein avant, la gauche se libère un instant, et le signe se rend à qui le donne.

La vraie singularité française se lit plus bas, au niveau du repose-pied. Quand un motard en double un autre, ou quand un automobiliste se décale pour lui faciliter le passage, il remercie en écartant la jambe droite, pied tendu vers la chaussée. Les descriptions anglophones du salut motard le citent comme une habitude française.

La logique est pratique : en pleine accélération, la main droite gère les gaz et la gauche peut avoir à débrayer, alors que le pied droit peut se libérer un instant. Mise en garde classique : sur une sportive, une jambe tendue à l'horizontale près d'une voiture peut passer pour un coup de pied dans la portière.

En ville, dans un trafic dense, un signe de tête remplace volontiers la main. Les appels de phares, eux, annoncent plutôt un danger, et les guides déconseillent d'y recourir pour rendre un salut. Aucun texte ne les impose : le Code de la route ignore ces gestes.


Aux États-Unis : la main basse du « biker wave »

Outre-Atlantique, on parle du « biker wave ». Sa forme classique est plus basse qu'en France : le bras gauche tendu vers le sol, sous le niveau du guidon, paume ouverte ou deux doigts pointés vers l'asphalte. On y roule à droite, et la main gauche est donc du côté du motard qui arrive en face.

La presse moto nord-américaine rattache volontiers les deux doigts à une formule, garder les deux roues sur la route, et décrit une évolution sociale : longtemps, les saluts se sont échangés surtout entre propriétaires de la même famille de machines, custom avec custom, sportive avec sportive. Cette frontière s'est estompée, et l'on salue désormais plus largement, quelle que soit la moto d'en face.

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Les mêmes chroniqueurs admettent qu'on s'abstienne en changeant de vitesse, en virage, face à un obstacle, ou sur les grands axes à chaussées séparées, où le trafic d'en face défile de l'autre côté du terre-plein.


Au Royaume-Uni : le signe de tête et les saluts d'autrefois

Au Royaume-Uni, on roule à gauche. Le motard qui arrive en face passe à votre droite, c'est-à-dire du côté de la main de l'accélérateur, qu'il n'est pas question de lâcher. La main gauche, elle, se trouve côté trottoir et saluerait dans le vide. Les Britanniques ont donc fait du signe de tête, le « nod », leur salut ordinaire.

Ce hochement a un antécédent documenté, et il est policier. À partir de 1948, Velocette produit la LE, un petit bicylindre refroidi par eau que plus de cinquante forces de police britanniques adoptent. Les agents de la police métropolitaine de Londres devaient saluer leurs supérieurs ; au guidon, on les autorisa à incliner la tête à la place. D'où leur surnom de « Noddies » et celui de la machine, la « Noddy bike », qui appartient à l'histoire de la petite maison de Birmingham qui a gagné le premier championnat du monde.

Certains font naître le « nod » des motards civils à l'école de pilotage de la police, à Hendon. L'hypothèse est séduisante, mais rien ne démontre ce passage de l'uniforme à la route. La police tient en tout cas une place à part dans cette histoire, comme le rappellent les motos de police, de la Harley du motard américain à la BMW de la Garde républicaine.

Le Royaume-Uni a connu un autre salut routier, lui aussi parfaitement documenté. Fondée en juin 1905 pour avertir les automobilistes des contrôles de vitesse, l'Automobile Association (AA) déployait des patrouilleurs, longtemps montés sur des motos à side-car, qui saluaient chaque véhicule portant son insigne. Après un jugement de 1910 assimilant l'avertissement d'un piège de vitesse à une entrave au travail de la police, c'est l'absence de salut qui devint le signal : le membre non salué devait s'arrêter et demander pourquoi. Ce salut codé fut abandonné en 1962, l'année même où les premières camionnettes jaunes commençaient à remplacer les motos : on lui reprochait d'obliger patrouilleur et automobiliste à lâcher une main des commandes.

Tout ce système reposait sur un objet : l'insigne métallique fixé à l'avant du véhicule, qui permettait au patrouilleur de reconnaître un membre d'un coup d'œil. L'association en fit même, dès novembre 1907, une version réduite pour les motocyclettes. Se reconnaître à un insigne avant d'échanger un geste : l'idée n'a jamais quitté la culture motarde.

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Les récits d'origine qui circulent

Comme la clochette accrochée au point le plus bas de la moto pour piéger les esprits malins de la route, le salut motard traîne sa collection de légendes, qui proposent toutes un moment fondateur là où l'histoire n'en offre aucun.

La plus répandue se déroule à Milwaukee en 1904. William Harley et Arthur Davidson, deux des fondateurs de la marque qui porte leurs noms, se seraient croisés dans les rues de la ville et salués de la main ; les habitants l'auraient remarqué, puis imité à mesure que les motos se multipliaient. L'anecdote a tout pour séduire qui connaît l'épopée de Harley-Davidson.

Deuxième récit : le V de la Victoire. Les soldats américains rentrés de la Seconde Guerre mondiale, qui auraient racheté en nombre des motos des surplus, auraient gardé entre eux le signe popularisé par Churchill, devenu salut de motards puis, plus tard, signe de paix. Le récit relie deux réalités connues par un fil que personne ne produit.

Le troisième invoque les chevaliers médiévaux relevant leur visière devant un pair. L'image flatte le goût des motards pour l'armure, mais des siècles la séparent du premier deux-roues, et aucune source ne fait le lien.

En France circule enfin une version européenne : le V viendrait de Barry Sheene, le champion britannique des années 1970, qui aurait salué la foule de deux doigts lors de ses tours d'honneur. D'autres y voient un clin d'œil aux victoires en Grand Prix, ou un rappel des combats militants des motards. Aucune de ces versions n'est datée par un document.


Ce que les sources permettent d'établir

Côté Harley-Davidson, la firme est fondée en 1903 à Milwaukee et, d'après la chronologie de la marque elle-même, William Harley commence en 1904 des études d'ingénieur à l'université du Wisconsin, dont il sort diplômé en 1907. Cette chronologie ne dit rien du fameux salut, et ceux qui racontent l'anecdote ne citent aucun document d'époque.

Le V de la Victoire, lui, est parfaitement daté. Le 14 janvier 1941, l'ancien ministre belge Victor de Laveleye, qui anime les émissions belges en français de la BBC, invite ses auditeurs à tracer partout la lettre V, initiale de « victoire » en français et de « vrijheid », la liberté, en néerlandais. Le 19 juillet 1941, Churchill en fait une campagne officielle. Mais aucune source ne jette de pont entre ce signe et le salut des motards.

Le V de Barry Sheene existe bel et bien, mais pas celui que l'on croit. Le plus connu date du 12 août 1979, au Grand Prix de Grande-Bretagne à Silverstone : en plein duel, Sheene adresse à Kenny Roberts le V insolent que les Britanniques réservent à ceux qu'ils veulent narguer. Au micro, le commentateur Murray Walker s'écrie que Sheene fait signe à Roberts, qui l'emporte finalement avec 0,030 seconde d'avance. La scène appartient à la légende du rebelle charismatique du 500cc, pas à celle du salut motard.

L'argument de la main gauche est le plus solide : là où l'on roule à droite, elle se trouve du côté du motard qui arrive et ne tient ni l'accélérateur ni le frein avant, et le « nod » britannique suit la logique inverse. Le Japon, où l'on roule aussi à gauche, montre pourtant que l'ergonomie ne décide pas de tout : on s'y salue main levée, et l'association japonaise pour la promotion et la sécurité du deux-roues (JMPSA) donne même un nom à l'échange, « YAEH », dérivé de « Yeah! ». Une explication répandue y voit une faute de frappe sur un forum internet du début des années 2000.

L'ergonomie explique donc quelle main se lève, pas pourquoi l'on salue. Sont établis le geste, ses variantes nationales et deux précédents britanniques bien réels : le hochement des policiers en Velocette et le salut codé de l'AA. Ce qui manque, c'est l'acte de naissance du V motard, sans date ni inventeur connus.


Saluer sans lâcher l'essentiel

Le salut reste une politesse, jamais une obligation. Le Code de la route, à son article R412-6, impose à tout conducteur de pouvoir, à chaque instant, effectuer aisément et sans attendre les manœuvres qui lui reviennent. Un geste qui entame cette disponibilité n'a donc pas sa place là où la route réclame les deux mains.

La main gauche est aussi la main de l'embrayage. Au moment de rétrograder avant un virage, de freiner dans une descente ou de traverser une plaque de gravillons, elle reste où elle est : les réflexes pour passer ses vitesses à moto comme un pro passent avant la politesse.

Au Japon, la JMPSA formule une consigne limpide : regarder autour de soi avant de saluer, éviter les grands mouvements, ne jamais lâcher le guidon des deux mains et se contenter d'un signe de tête quand le geste n'est pas sûr. Elle invite aussi à ne pas se vexer d'un salut resté sans réponse.

Entre compagnons d'une même sortie, les signes de la main atteignent vite leurs limites : annoncer une pause, un plein ou un changement d'itinéraire demande souvent plus qu'un V. D'où l'intérêt de pouvoir se parler en roulant, sans retirer la main du guidon.

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Tableau récapitulatif

Geste Comment Ce que l'on sait
V de la main gauche France Main gauche basse, index et majeur écartés Usage courant, origine non datée
Pied droit tendu France Jambe droite écartée en dépassant ou pour remercier Usage courant, cité comme habitude française
Biker wave États-Unis Bras gauche tendu vers le sol, main ouverte ou deux doigts Usage courant, origine non datée
Hochement de tête Royaume-Uni Signe du casque, mains sur le guidon Usage courant, précédent policier documenté
YAEH Japon Main levée, V ou salut amical Nom dérivé de « Yeah! »
Salut codé de l'AA Royaume-Uni, jusqu'en 1962 Patrouilleur saluant les membres, silence en cas de contrôle Documenté
Harley et Davidson en 1904 Milwaukee Salut échangé entre deux fondateurs Légende sans document d'époque
V de Sheene en 1979 Silverstone V insolent adressé à Kenny Roberts Fait établi, sans lien avec le salut

FAQ — Questions fréquentes

  • D'où vient le salut motard en V ?
    Personne ne peut le dater avec certitude. Les récits qui l'attribuent aux fondateurs de Harley-Davidson en 1904, aux vétérans de la Seconde Guerre mondiale ou à Barry Sheene ne s'appuient sur aucun document d'époque. Seuls sont établis l'existence du geste et ses variantes selon les pays.
  • Pourquoi les motards saluent-ils de la main gauche ?
    Dans les pays où l'on roule à droite, la main gauche se trouve du côté du motard qui arrive en face, tandis que la droite tient l'accélérateur et le levier de frein avant. Cette logique explique le choix de la main, pas l'existence de la coutume.
  • Pourquoi les motards britanniques font-ils un signe de tête ?
    Au Royaume-Uni, on roule à gauche : le motard d'en face passe du côté de la main de l'accélérateur, que l'on ne lâche pas. Le hochement de tête s'est donc imposé. Les policiers londoniens en Velocette LE étaient d'ailleurs autorisés à incliner la tête au lieu de saluer leurs supérieurs.
  • Que signifie le pied tendu d'un motard ?
    C'est un remerciement, surtout pratiqué en France : on écarte la jambe droite en doublant un autre motard ou quand un automobiliste se décale pour faciliter le passage. Mieux vaut le garder bas et discret, pour qu'il ne soit pas pris pour un coup de pied.
  • Faut-il toujours rendre le salut d'un motard ?
    Non. Le salut est une politesse, pas une obligation, et le Code de la route impose de rester en mesure de manœuvrer à tout instant. Dans un virage, en rétrogradant ou en ville, un signe de tête suffit, voire aucun geste.
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