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Les motos de police : de la Harley du motard américain à la BMW de la Garde républicaine
Culture motoMotos de policeUn siècle de service
En 1908, la police de Detroit reçoit sa première Harley-Davidson ; à Paris, neuf gardiens de la paix montent sur des Blériot fin 1920. De ces débuts naît une lignée : Indian et Henderson dans la Californie des années 1930, Moto Guzzi Eldorado 850 au début des années 1970, puis les Kawasaki de patrouille que la série CHiPs, diffusée sur NBC du 15 septembre 1977 au 1er mai 1983, transforme en icônes. La France suit son propre fil, des BMW R50 de la gendarmerie aux R 1250 RT de l'escadron motocycliste de la Garde républicaine, créé le 1er janvier 1952.
Sommaire
- 1908-1930 : quand la moto entre dans la police
- Californie : de la Harley à la Kawasaki
- CHiPs, la série qui a mondialisé l'image
- France : gendarmerie et police nationale
- La Garde républicaine et l'escorte présidentielle
- Ce qui distingue une moto de police d'une moto de série
- Le métier de motard : douze semaines pour un brevet
- Cinéma et imaginaire collectif
- Tableau récapitulatif
- FAQ
1908-1930 : quand la moto entre dans la police
La moto de police apparaît presque en même temps que la moto elle-même, à une époque où la machine à deux roues sort tout juste de l'artisanat — un basculement que raconte notre histoire des origines de la moto. En 1908, le Detroit Police Department reçoit sa première Harley-Davidson, un Model 4 monocylindre à entraînement par courroie plafonnant à une soixantaine de kilomètres/heure. La police d'Evanston, dans l'Illinois, adopte elle aussi la moto : son premier motard, Leo Larkin, vaudra à la spécialité son surnom américain de motor officer. En 1911, à Berkeley, le chef August Vollmer met sur pied l'une des premières unités motocyclistes officielles des États-Unis.
L'argument est simple et purement pratique : sur un réseau routier encore embryonnaire, la moto passe là où l'automobile s'enlise. À la fin des années 1920, quelque 3 000 services de police américains roulent en Harley-Davidson, tandis qu'Indian se taille lui aussi une part solide de ce marché naissant.
En France, le mouvement est presque simultané. C'est à Paris, en 1920, que voit le jour la première unité motocycliste dédiée à la surveillance de la circulation routière. Fin 1920, neuf gardiens de la paix de la préfecture de police, sélectionnés par concours, forment cette brigade sur des machines Blériot ; l'année suivante, douze Indian et Harley-Davidson les remplacent. Les montures d'alors n'ont ni freins ni suspensions dignes de ce nom, l'embrayage se commande au pied et les vitesses se passent au levier, à droite du réservoir : les chutes sont fréquentes.
Californie : de la Harley à la Kawasaki
La California Highway Patrol (CHP) naît d'une loi signée le 14 août 1929 par le gouverneur C. C. Young. Dans les années 1920 et 1930, ses motards et ceux des services qui l'ont précédée roulent en Indian, Harley-Davidson et Henderson ; en 1941, l'académie de formation n'aligne plus guère que des Harley et des Indian. Le monopole américain tient jusqu'à la fin des années 1960.
Le tournant vient de Mandello del Lario. En novembre 1968, le LAPD invite une poignée de constructeurs à concourir pour une commande de dix machines, et Moto Guzzi est du nombre. Début 1969, le sergent Scotty Henderson, du service circulation du LAPD, débarque à l'usine italienne pour aider à mettre au point une version de service de la V7 : les ingénieurs réalèsent le moteur à 750 cm³ et y greffent pare-brise, sacoches, feux additionnels, radio et sirène. La V7 750 convainc et rejoint les flottes du LAPD comme de la CHP.
Au début des années 1970, la Californie cherche ouvertement un successeur à la Harley, au moment précis où les quatre-cylindres japonais nés de la Honda CB750 rebattent les cartes. Le LAPD et la CHP achètent en nombre la Moto Guzzi Eldorado 850, lancée en 1972 à 1 985 dollars : moins de 270 kg sur la balance contre près de 360 pour une Harley FLH, et un empattement plus court, précieux pour les demi-tours du quotidien.
C'est finalement Akashi qui rafle la mise. La lignée policière de Kawasaki dérive de la 900 Z1 et se décline en quatre séries : la Z1-P (une Z1 900 de 1975 transformée par kit, puis assemblée en usine dès 1976), la KZ900 Police Special (1977) — sa version C-2, produite en 1976 dans l'usine Kawasaki de Lincoln, dans le Nebraska, fut mise au point avec le concours du pilote et designer automobile Dan Gurney, dont l'atelier californien assurait la préparation policière ; un exemplaire offert par la CHP est aujourd'hui conservé au Smithsonian —, la KZ1000C (1978-1981), première Kawasaki conçue d'emblée pour les forces de l'ordre et animée par le moteur Z1 de 1 015 cm³, puis la fameuse KZ1000P (1982-2005), passée au moteur « J » de 998 cm³ et produite jusqu'en septembre 2005.
La CHP change ensuite de camp : elle adopte la BMW R 1100 RT-P à partir de 1996, séduite par un montage financier inédit — 15 828 dollars la machine contre 7 871 pour la Kawasaki concurrente, mais rachetées 9 928 dollars par le constructeur au bout de 60 000 miles, soit un coût net de quelque 5 900 dollars. En 2013, un appel d'offres public ramène la Harley-Davidson Electra Glide au premier rang, avec 121 machines commandées. Puis, en 2023, la CHP bascule sur la BMW R 1250 RT-P pour renouveler un parc d'environ 415 motos d'intervention.
CHiPs, la série qui a mondialisé l'image
Sans une série télévisée, la moto de police californienne serait restée une affaire locale. CHiPs est diffusée sur NBC du 15 septembre 1977 au 1er mai 1983 et suit deux motards de la CHP, Jon Baker (Larry Wilcox) et Frank « Ponch » Poncherello (Erik Estrada), sur les autoroutes de Californie du Sud.
La force du programme tient à son exactitude matérielle : les machines à l'écran sont celles du service. Les saisons 1 et 2 montrent des Kawasaki Z1-P et KZ900-C2 ; à partir de la saison 3, les héros passent sur la KZ1000-C1. Résultat, un gros quatre-cylindres refroidi par air, pare-brise haut et sacoches latérales, devient pour toute une génération et bien au-delà des États-Unis la silhouette de la moto de police — le carénage en fibre qui rendra la KZ1000P universellement reconnaissable n'arrivera qu'avec la série suivante, en 1982. Aujourd'hui encore, les KZP restaurées s'arrachent et plusieurs exemplaires sont conservés dans des musées américains, du Motorcycle Hall of Fame au musée de la police de New York.
🏍️ Le gyrophare et la sirène en moins, l'allure en plus : ces silhouettes de service se collectionnent aussi à l'échelle, du côté des motos miniatures.
France : gendarmerie et police nationale
Côté français, tout part d'une compétence administrative : la police de la route est attribuée à la gendarmerie en 1928. L'institution crée alors des brigades mixtes — gendarmes à pied, à cheval et à moto — et s'équipe au début des années 1930 auprès du constructeur français Dollar, installé à Joinville-le-Pont, qui livre 300 machines à moteur Chaise de 246 cm³. En octobre 1945, une circulaire ordonne la création d'une brigade motocycliste de quinze hommes au chef-lieu de chaque département ; en 1965 apparaissent les pelotons motorisés au niveau des groupements, suivis dès l'année suivante des premières unités autoroutières, sur l'axe Paris-Lyon. En 1999, les escadrons d'autoroute laissent place aux escadrons départementaux de sécurité routière (EDSR), qui regroupent sous un même commandement brigades motorisées et pelotons d'autoroute.
La police nationale suit un fil parallèle : les brigades routières motocyclistes sont intégrées aux CRS par une circulaire du 9 mars 1953 sous le nom de pelotons motocyclistes, lesquels deviennent des sections motocyclistes dans chaque compagnie en 1964.
Les machines, elles, dessinent une longue fidélité à Munich. Jusqu'en 1975, la gendarmerie roule en BMW R50 de 500 cm³ noires, puis en R60/5 de 600 cm³ ; la R60/7 arrive en 1978, cette fois en bleu et carénée. De 1992 à 1996, brigades motorisées et unités mobiles reçoivent la K75 de 740 cm³ dotée de l'ABS, tandis que la Garde républicaine hérite de la K100 de 1 000 cm³. Suivent les 1100 en 1996, les 1150 en 2000, puis un intermède Yamaha avec la FJR1300 à partir de 2005, un retour à la BMW R1200RT entre 2012 et 2015, et un nouveau cycle Yamaha à partir de 2016 avec quelque 600 Tracer 900 venues remplacer les TDM 900. Le marché passé par l'UGAP a ensuite ramené BMW pour la police nationale, la gendarmerie et les douanes, avec les F 750 GS, R 1250 GS et R 1250 RT livrées à partir du premier trimestre 2022.
La Garde républicaine et l'escorte présidentielle
L'escorte du chef de l'État est une mission à part. Dès 1935, le Groupe spécial de la garde républicaine mobile, à Satory, met en œuvre un peloton de motocyclistes chargé d'accompagner le président de la République et les hautes personnalités françaises et étrangères. L'ouverture de l'aéroport international d'Orly, bien plus éloigné de Paris que Le Bourget, rend ensuite l'escorte à cheval impraticable : le 1er janvier 1952, l'escadron motocycliste de la Garde républicaine est créé à Maisons-Alfort au sein du régiment de cavalerie, avec dix motocyclistes. La première escorte présidentielle a lieu le 20 juin 1952, au profit de Vincent Auriol, lors de la remise de la Croix de guerre 1939-1945 à l'École des officiers de la Gendarmerie nationale, à Melun.
L'unité assure depuis les escortes protocolaires du président de la République et des chefs d'État étrangers en visite — d'Eisenhower à Khrouchtchev, de Kennedy à Élisabeth II — mais aussi la sécurisation d'épreuves sportives sur la voie publique, à commencer par le Tour de France depuis 1953. Implanté depuis 2001 à la caserne de Rose, à Dugny en Seine-Saint-Denis, l'escadron compte environ 80 militaires répartis entre un groupe de commandement et trois pelotons. Depuis 2020, il opère en BMW R 1250 RT pour les missions quotidiennes et en Yamaha Ténéré 700 pour le tout-terrain — une filiation directe avec l'esprit du XT600 Ténéré. Son équipe acrobatique, elle, évolue notamment sur des BMW R 100 R. Le recrutement s'adresse aux sous-officiers et officiers justifiant d'au moins deux ans de permis moto.
Ce qui distingue une moto de police d'une moto de série
Une moto de service n'est pas une moto de série repeinte. La sérigraphie et les feux spéciaux ne sont que la partie visible d'un cahier des charges très concret, dont la Kawasaki KZ1000P reste le meilleur exemple documenté : pneus run-flat Dunlop capables de rouler dégonflés, carénage en fibre intégrant pare-brise et feux de poursuite, marchepieds rabattables à la place des repose-pieds, sacoches latérales, et surtout un circuit de charge surdimensionné pour alimenter sirène électronique et matériel radio.
C'est là le vrai sujet : l'électricité. Une machine de patrouille passe des heures au ralenti, gyrophares et radio allumés ; l'alternateur, la batterie et le faisceau doivent être dimensionnés en conséquence. S'ajoutent des protections — pare-carters, pare-jambes — parce qu'une moto de service tombe, et une ergonomie pensée pour les allures lentes et les manœuvres serrées plutôt que pour la vitesse pure. Le reste relève de l'entretien renforcé : les pneumatiques et les plaquettes d'une moto de police s'usent à un rythme sans commune mesure avec un usage privé — au point que les run-flat, trop gourmands en gomme et trop rudes pour les poignets, ont fini par être abandonnés au profit de pneus routiers classiques.
Le métier de motard : douze semaines pour un brevet
En France, le motard de la gendarmerie est formé au Centre national de formation à la sécurité routière (CNFSR), créé en 1963 et installé à Fontainebleau depuis 1967. Le parcours commence par un pré-stage de cinq jours, pendant lequel le sous-officier volontaire doit démontrer sa dextérité et sa capacité d'apprentissage ; les candidats reçus obtiennent le brevet militaire de conduite, dont le bénéfice reste acquis deux ans. Le filtre est serré : environ six candidats sur dix seulement poursuivent au-delà de cette semaine.
Vient ensuite la formation initiale proprement dite : douze semaines intensives, organisées trois fois par an et sanctionnées par le brevet de motocycliste. Les gendarmes appelés à évoluer sur des terrains difficiles complètent ce socle par une formation tout-terrain. Le cœur du programme n'est pas la vitesse mais la maîtrise fine : trajectoires, freinage, évolutions à basse vitesse avec une machine lourdement équipée — des fondamentaux que tout motard civil gagne d'ailleurs à travailler, à commencer par la prise de virage.
Cinéma et imaginaire collectif
Le cinéma s'est emparé très tôt de cette figure. Electra Glide in Blue, sorti le 19 août 1973 et présenté au Festival de Cannes la même année, est l'unique film réalisé par le producteur de musique James William Guercio : Robert Blake y campe un motard de la police de la route en Arizona, et le titre reprend littéralement le nom de la Harley-Davidson Electra Glide qui lui est affectée.
Dix-huit ans plus tard, Terminator 2 (1991) rejoue l'opposition des marques : le T-1000 de Robert Patrick, déguisé en policier, pilote une Kawasaki KZ1000P pendant qu'Arnold Schwarzenegger enfourche une Harley-Davidson FLSTF Fat Boy. L'acteur en garde d'ailleurs une pointe d'amertume, jugeant sa monture de service nettement moins flatteuse que le cruiser de son adversaire. Entre les deux, CHiPs aura installé durablement la silhouette Kawasaki dans la culture populaire, aux côtés d'autres motos devenues emblèmes du grand écran — l'envers exact du chopper d'Easy Rider, l'autre grande image américaine des seventies. Ces machines sont devenues un objet de collection à part entière.

Sirène muette, gyrophare figé, chrome impeccable : cette réplique réduite te met sur l'étagère une silhouette que tu n'as jamais aimé voir dans ton rétro.
🖼️ Cette imagerie-là, blanc, noir et chrome, tient très bien au mur : à voir du côté des posters et affiches moto.
Tableau récapitulatif
| Période | Force | Machines emblématiques |
|---|---|---|
| 1908-1911 | Detroit, Evanston, Berkeley (États-Unis) | Premières Harley-Davidson de police |
| 1920-1921 | Préfecture de police de Paris | Blériot, puis Indian et Harley-Davidson |
| Années 1920-1930 | California Highway Patrol (créée en 1929) | Indian, Harley-Davidson, Henderson |
| Années 1930 | Gendarmerie nationale | Dollar 246 cm³ (moteur Chaise), 300 machines |
| 1969-1974 | LAPD puis CHP | Moto Guzzi V7 Police 750, Eldorado 850 |
| 1975-2005 | CHP et polices américaines | Kawasaki Z1-P, KZ900 Police Special, KZ1000C (1 015 cm³, 1978-1981), KZ1000P (998 cm³, 1982-2005) |
| Jusqu'en 1975 | Gendarmerie nationale | BMW R50 500 cm³, puis R60/5 600 cm³ |
| 1992-1996 | Gendarmerie / Garde républicaine | BMW K75 740 cm³ / BMW K100 1 000 cm³ |
| 1996-2013 | California Highway Patrol | BMW R 1100 RT-P |
| 2005-2021 | Gendarmerie et police nationale | Yamaha FJR1300 et Tracer 900, BMW R1200RT (2012-2015) |
| Depuis 2020 | Escadron motocycliste de la Garde républicaine | BMW R 1250 RT, Yamaha Ténéré 700 |
| Depuis 2022-2023 | Forces françaises / CHP | BMW F 750 GS, R 1250 GS, R 1250 RT / BMW R 1250 RT-P |
FAQ — Questions fréquentes
Quelle est la moto de police américaine la plus emblématique ?
La Kawasaki KZ1000P, quatre-cylindres refroidi par air de 998 cm³, produite de 1982 à septembre 2005. Elle succède à la Z1-P de 1975, à la KZ900 Police Special de 1977 et à la KZ1000C de 1978-1981, et reste indissociable de la California Highway Patrol.
Quelles motos roulaient dans la série CHiPs ?
Des Kawasaki, comme les véritables motards de la CHP de l'époque : Z1-P et KZ900-C2 lors des saisons 1 et 2, puis KZ1000-C1 à partir de la saison 3. Ces modèles recevaient un simple pare-brise, le carénage en fibre n'apparaissant qu'avec la KZ1000P en 1982. La série a été diffusée sur NBC du 15 septembre 1977 au 1er mai 1983.
Quelle unité escorte le président de la République française ?
L'escadron motocycliste de la Garde républicaine, créé le 1er janvier 1952 à Maisons-Alfort. Sa première escorte présidentielle date du 20 juin 1952, au profit de Vincent Auriol. Il est implanté depuis 2001 à Dugny et opère en BMW R 1250 RT depuis 2020.
Qu'est-ce qui différencie techniquement une moto de police d'une moto de série ?
Au-delà de la sérigraphie et des feux, un circuit de charge surdimensionné pour alimenter radio et sirène, des sacoches, des protections, une ergonomie adaptée aux allures lentes et, sur la Kawasaki KZ1000P, des pneus run-flat et des marchepieds rabattables.
Combien de temps dure la formation d'un motard de la gendarmerie ?
Un pré-stage de cinq jours au CNFSR de Fontainebleau, installé là depuis 1967, débouche sur le brevet militaire de conduite, acquis pour deux ans. La formation initiale de motocycliste dure ensuite douze semaines, organisées trois fois par an, complétées par une formation tout-terrain pour les gendarmes affectés sur des terrains difficiles.

