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Le Pikes Peak International Hill Climb : la « course vers les nuages »
Sommaire
- Une course née en 1916 dans le Colorado
- Le parcours : jusqu'au sommet à 4 302 mètres
- L'air raréfié qui étouffe les moteurs
- La catégorie moto et ses légendes
- Une épreuve mortelle : terre, à-pics et vertige
- 2012 : le bitume intégral change tout
- La fin des motos et l'héritage de la « Race to the Clouds »
- Tableau récapitulatif
- FAQ
Une course née en 1916 dans le Colorado
Il existe des courses qui défient les pilotes, et d'autres qui défient la montagne elle-même. Le Pikes Peak International Hill Climb appartient à la seconde catégorie. Créée en 1916, cette course de côte américaine est la deuxième plus ancienne épreuve automobile des États-Unis, juste derrière les 500 Miles d'Indianapolis. Son surnom résume à lui seul toute sa légende : la « Race to the Clouds », la course vers les nuages.
L'histoire commence avec Spencer Penrose, entrepreneur et philanthrope du Colorado. En 1915, il transforme une étroite route à chevaux en une véritable Pikes Peak Highway menant au sommet. Pour faire parler de sa route et attirer les visiteurs vers son hôtel Broadmoor, il imagine une idée simple et spectaculaire : une course d'ascension jusqu'au toit de la montagne. La toute première édition se déroule les 10, 11 et 12 août 1916, et c'est Rea Lentz qui l'emporte en automobile, en 20 minutes et 55 secondes. Comme tant d'autres grandes épreuves qui ont marqué l'imaginaire des passionnés, à l'image du légendaire Daytona 200, Pikes Peak est né d'un mélange d'audace commerciale et de folie sportive pure.
Le parcours : jusqu'au sommet à 4 302 mètres
Le tracé de Pikes Peak n'a rien de commun avec un circuit classique. Il s'agit d'une route de montagne unique, tracée à flanc de falaise, longue de 12,42 miles (environ 20 kilomètres) et hérissée de 156 virages. Le départ est donné à environ 2 862 mètres d'altitude (9 390 pieds), une hauteur déjà supérieure à bien des cols alpins. Mais ce n'est que le début.
Car la ligne d'arrivée se situe tout en haut, au sommet du Pikes Peak, à 4 302 mètres (14 115 pieds). Sur les 20 kilomètres du parcours, les concurrents grimpent donc 1 440 mètres de dénivelé positif, sur une pente moyenne de 7,2 %. À mesure que l'on monte, le paysage change du tout au tout : on quitte la forêt de pins pour émerger au-dessus de la limite des arbres, dans un univers minéral, pelé, battu par les vents. Peu d'épreuves offrent une telle dramaturgie verticale, et parmi les grandes aventures mécaniques qui font rêver les motards, seul le mythique Paris-Dakar peut se targuer d'un décor aussi impitoyable.
L'air raréfié qui étouffe les moteurs
Ce qui rend Pikes Peak si redoutable, ce n'est pas seulement le vide sur le bord de la route. C'est l'altitude. À plus de 4 300 mètres, l'air contient près de 40 % d'oxygène en moins qu'au niveau de la mer. Or, un moteur brûle un mélange d'air et de carburant : moins d'oxygène signifie moins de puissance. Un moteur atmosphérique peut perdre près d'un tiers de ses chevaux en franchissant la ligne d'arrivée.
Cette contrainte a longtemps été un formidable terrain d'innovation. Les ingénieurs ont dû ruser : carburateurs recalibrés, mélanges spécifiques et, surtout, généralisation de la suralimentation (turbo et compresseur), qui compense en partie la raréfaction de l'air. Le pilote souffre lui aussi : le manque d'oxygène engourdit les réflexes et brouille la concentration, précisément là où la moindre erreur est fatale. Piloter à cette hauteur, c'est un peu comme rouler en apnée. Cela explique pourquoi la préparation d'une machine pour la montagne relève d'un art à part, très éloigné des circuits fermés du MotoGP où l'air, lui, ne manque jamais.
La catégorie moto et ses légendes
Contrairement à ce que l'on croit parfois, les motos ne sont pas des invitées de dernière minute à Pikes Peak : elles sont là depuis la toute première édition. Dès 1916, une catégorie deux-roues est disputée, et c'est Floyd Clymer qui s'impose sur une Excelsior américaine. Cette année-là, 19 des 29 engagés pilotaient d'ailleurs des Excelsior. La moto fait donc partie de l'ADN de la course, même si sa présence a été intermittente au fil des décennies.
L'ère moderne a écrit ses propres légendes. En 2012, l'Américain Carlin Dunne entre dans l'histoire en devenant le premier motard à passer sous la barre des 10 minutes, avec un chrono de 9'52 sur une Ducati Multistrada 1200 de série préparée. Surnommé le « King of the Mountain », il remportera l'épreuve à quatre reprises. La performance de sa monture illustre à merveille le savoir-faire de la marque de Bologne, dont on retrace tout le parcours dans l'histoire fascinante de Ducati.
D'autres constructeurs ont gravé leur nom au sommet. En 2017, Chris Fillmore établit un nouveau record moto sur une KTM 1290 Super Duke R, en 9'49 — un exploit à la hauteur de la réputation sportive du constructeur autrichien, dont on raconte l'ascension fulgurante. Et en 2019, l'Australien Rennie Scaysbrook établit le record moto absolu de la montagne en 9'44, au guidon d'une Aprilia Tuono V4, un chrono jamais battu depuis.
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Une épreuve mortelle : terre, à-pics et vertige
Si Pikes Peak fascine autant, c'est aussi parce qu'elle a longtemps été l'une des courses les plus dangereuses au monde. Pendant près d'un siècle, une grande partie du tracé n'était qu'une route en terre et en gravier, glissante, poussiéreuse, et surtout dépourvue de rails de sécurité. De chaque côté, ce n'était pas un bac à graviers qui attendait la faute, mais des à-pics vertigineux plongeant sur plusieurs centaines de mètres.
Sur ce ruban de terre suspendu dans le vide, la moindre glissade pouvait se transformer en chute mortelle. La montagne a marqué durablement les esprits en 2019 : Carlin Dunne, en tête et parti pour battre le record, est victime d'un highside dans le dernier virage, à quelques mètres de l'arrivée. Le pilote de 36 ans y perd la vie. Ce drame rappelle que, comme au Tourist Trophy de l'île de Man, l'aura d'une course se paie parfois au prix fort, et que le courage des pilotes force le respect autant qu'il inquiète.
2012 : le bitume intégral change tout
Le visage de Pikes Peak a radicalement changé au début des années 2010. Sous la pression réglementaire et environnementale, le goudronnage complet de la Pikes Peak Highway a été mené par étapes : le premier mile bitumé date de 2002, et les travaux se sont achevés en août 2011. L'édition 2011 fut ainsi la dernière à comporter des portions en terre (environ 25 % du tracé), et le 90e Hill Climb, en 2012, fut le premier disputé sur un revêtement entièrement bitumé.
Ce changement a bouleversé la course. Sur l'asphalte, les chronos ont chuté brutalement : c'est justement en 2012, sur ce nouveau bitume, que Carlin Dunne franchit pour la première fois la barre mythique des dix minutes. La sécurité et l'adhérence ont progressé, mais une partie des puristes regrette encore l'âme sauvage de la piste en terre, où le pilotage tenait autant du rallye que de la course sur route. Cette bascule illustre une tension éternelle du sport moto, entre performance pure et patrimoine vivant.
La fin des motos et l'héritage de la « Race to the Clouds »
La mort de Carlin Dunne a laissé une cicatrice profonde. Dès 2020, les organisateurs excluent les motos de l'épreuve, d'abord à titre provisoire. Puis, en août 2021, le conseil d'administration prend une décision lourde : la catégorie moto est purement et simplement abandonnée. Depuis, la « Race to the Clouds » est redevenue une affaire d'automobiles, et aucun retour des deux-roues n'a été officialisé à ce jour.
Pour autant, l'héritage moto de Pikes Peak reste immense. Pendant plus d'un siècle, des pionniers en cuir aux hyper-roadsters modernes, la montagne aura vu défiler quelques-uns des exploits les plus fous de l'histoire des deux-roues. Elle a poussé constructeurs et pilotes à repousser les limites de la mécanique et du courage, dans un décor à couper le souffle — au sens propre comme au figuré. Aujourd'hui encore, prononcer le nom de Pikes Peak devant un motard, c'est convoquer une image immédiate : celle d'une machine lancée vers le ciel, avalant les virages au bord du vide, en route vers les nuages. Un mythe qui rejoint le panthéon des grandes aventures qui ont façonné la culture moto.
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Tableau récapitulatif
| Élément | Détail vérifié |
|---|---|
| Création | 1916 (première édition les 10-12 août) |
| Fondateur | Spencer Penrose |
| Lieu | Pikes Peak, Colorado (États-Unis) |
| Surnom | « Race to the Clouds » (la course vers les nuages) |
| Longueur du parcours | 12,42 miles (~20 km), 156 virages |
| Altitude de départ | ~2 862 m (9 390 pieds) |
| Altitude d'arrivée (sommet) | 4 302 m (14 115 pieds) |
| Dénivelé / pente moyenne | 1 440 m de montée, 7,2 % de moyenne |
| 1er vainqueur moto (1916) | Floyd Clymer, sur Excelsior |
| 1er sous les 10 min à moto (2012) | Carlin Dunne, Ducati Multistrada 1200 (9'52) |
| Record moto absolu (2019) | Rennie Scaysbrook, Aprilia Tuono V4 (9'44) |
| Bitumage complet | Achevé en août 2011 (2012 : 1re course 100 % asphalte) |
| Fin de la catégorie moto | Exclusion en 2020, abandon définitif en 2021 |
FAQ — Questions fréquentes
En quelle année a été créée la course de Pikes Peak ?
Le Pikes Peak International Hill Climb a été créé en 1916 par l'entrepreneur Spencer Penrose. C'est la deuxième plus ancienne course automobile des États-Unis, après les 500 Miles d'Indianapolis.
À quelle altitude se trouve l'arrivée de Pikes Peak ?
La ligne d'arrivée est située au sommet du Pikes Peak, à 4 302 mètres d'altitude (14 115 pieds). Le départ se trouve déjà à environ 2 862 mètres, pour un dénivelé total de 1 440 mètres.
Pourquoi l'altitude rend-elle la course si difficile ?
À plus de 4 300 mètres, l'air contient près de 40 % d'oxygène en moins qu'au niveau de la mer. Les moteurs perdent une grande partie de leur puissance et les pilotes eux-mêmes souffrent du manque d'oxygène, qui émousse les réflexes.
Quand la route de Pikes Peak a-t-elle été entièrement bitumée ?
Le goudronnage a été mené par étapes de 2002 à 2011. L'édition 2011 fut la dernière avec des portions en terre, et le Hill Climb 2012 fut le premier disputé sur un revêtement entièrement asphalté.
Les motos participent-elles encore à Pikes Peak ?
Non. Après la mort du pilote Carlin Dunne en 2019, les motos ont été exclues dès 2020, puis la catégorie moto a été définitivement abandonnée en 2021. Le record moto de la montagne reste détenu par Rennie Scaysbrook (9'44 en 2019, sur Aprilia Tuono V4).

