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Le Motorcycle Cannonball : traverser l’Amérique sur des motos centenaires
CourseMotorcycle CannonballMotos anciennes
Le Motorcycle Cannonball est une épreuve d’endurance américaine imaginée par Lonnie Isam Jr. en hommage à Erwin « Cannonball » Baker. Née en 2010, elle fait traverser les États-Unis d’un océan à l’autre à des motos anciennes, dont le millésime maximal varie selon les éditions. Le règlement récompense la régularité plutôt que la vitesse : le vainqueur couvre le plus de miles dans les délais, et un barème départage les ex-aequo au profit des machines les plus anciennes. Les réparations se font le soir, sur les parkings des étapes. Excelsior, Indian, Henderson et Harley-Davidson se partagent le palmarès ; depuis 2018, la victoire revient à des monocylindres centenaires.
Sommaire
- Aux origines : Cannonball Baker et Lonnie Isam Jr.
- La régularité plutôt que la vitesse
- 2010 : de Kitty Hawk à Santa Monica
- Réparer le soir, repartir à l’aube
- 2012-2016 : des parcours toujours plus ambitieux
- 2018-2023 : le temps des monocylindres
- Harley-Davidson, Indian, Henderson, Excelsior : le palmarès des marques
- L’esprit Cannonball : des musées qui roulent
- Tableau récapitulatif
- FAQ — Questions fréquentes
Aux origines : Cannonball Baker et Lonnie Isam Jr.
Le nom de l’épreuve est un hommage. En 1914, Erwin « Cannonball » Baker relie San Diego à New York en onze jours environ, au guidon d’une Indian : c’est la première traversée chronométrée à moto entre les deux villes. Son surnom vient d’un journaliste new-yorkais, qui l’avait comparé au Cannonball Express, un train de l’Illinois Central. Baker accumulera 143 records de parcours, à moto puis en automobile.
Près d’un siècle plus tard, Lonnie Isam Jr., restaurateur de motos anciennes de deuxième génération installé à Sturgis, la ville du célèbre rassemblement biker d’août, commence en 2009 à tracer un itinéraire d’un océan à l’autre. Au départ, il ne songe qu’à sillonner les petites routes américaines avec quelques amis, chacun sur une machine d’époque.
Son idée tient en une phrase : sortir les motos anciennes des musées et les rendre à la route pour laquelle elles ont été construites. Si les pionniers ont franchi le pays sur des pistes à peine tracées, raisonne-t-il, des pilotes d’aujourd’hui peuvent en faire autant sur le bitume.
La régularité plutôt que la vitesse
Le Motorcycle Cannonball n’est pas une course de vitesse. Le vainqueur est celui qui couvre le plus de miles sur l’itinéraire officiel, en respectant chaque jour un horaire imposé. Arriver le premier ne rapporte rien : seuls comptent les miles parcourus sur le tracé et dans les délais.
La navigation se fait avec un road book remis chaque jour, les « Course Instructions ». Un compteur de vitesse et un totalisateur sont autorisés, mais tout GPS de cartographie est interdit. Chaque moto doit aussi pouvoir tenir 45 mph, soit environ 72 km/h.
Comme plusieurs dizaines de concurrents réussissent parfois le score parfait, chaque mile parcouru dans les temps, un barème départage les ex-aequo au profit des machines les plus anciennes et les plus rudimentaires ; en 2010, l’âge du pilote comptait aussi. Les classes séparent monocylindres et multicylindres, boîtes à une ou plusieurs vitesses, et les éditions récentes ont ajouté une division réservée aux machines centenaires.
Au nom de la sécurité, le règlement tolère des freins modernisés, disques compris, une charge électrique, des magnétos récentes et des réservoirs supplémentaires, pour une autonomie conseillée de 65 à 100 miles. Les carters moteur et de boîte doivent en revanche être d’origine, et les carburateurs d’époque, Linkert ou Schebler, restent la règle.
La journée obéit à un horaire serré. Lors de la première étape de 2021, les six classes s’élancent de dix minutes en dix minutes, de 9 h 30 à 10 h 20. Le soir, chaque pilote pointe au contrôle d’arrivée, où l’on vérifie qu’il est resté sur l’itinéraire.
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2010 : de Kitty Hawk à Santa Monica
Le 10 septembre 2010, 45 machines s’élancent de Kitty Hawk, en Caroline du Nord, localité associée au premier vol des frères Wright. Toutes sont antérieures à 1916. Seize jours et 3 294 miles plus tard, soit environ 5 300 km, le parcours s’achève à Santa Monica, en Californie.
Aux côtés des Harley-Davidson, Indian et Excelsior roulent des Henderson, BSA, Premier, Pope, Sears ou Militaire, plusieurs n’ayant qu’une seule vitesse. Les pilotes ont de 24 à 79 ans, et seules dix motos bouclent l’intégralité du parcours.
La victoire revient à Brad Wilmarth et à son Excelsior de 1913, un bicylindre à une vitesse. Chez les monocylindres, l’Allemande Katrin Boehner s’impose sur une JAP de 1907 de 250 cm³ : plus de 3 000 miles pour son premier voyage en Amérique, dans la lignée des pionnières de la moto. Elles n’étaient que deux femmes au départ.
Réparer le soir, repartir à l’aube
Une machine de cet âge ne traverse pas un continent sans broncher. Le Cannonball se joue le soir, sur les parkings des hôtels d’étape, où pilotes et assistants démontent et réparent tard dans la nuit. Il arrive qu’un moteur soit entièrement reconstruit sur place, et que son pilote reparte à l’aube, les yeux cernés.
Chaque concurrent peut s’appuyer sur un véhicule d’assistance ; en 2012, Mike Carson avait amené une remorque de course d’environ neuf mètres, aménagée en atelier d’usinage. Derrière le peloton roule le camion-balai, qui ramasse les machines immobilisées : les miles passés sur sa plateforme ne comptent pas.
Une panne n’est pas éliminatoire : le pilote réparé reprend la route dès qu’il le peut. En 2018, Mike Gontesky a même été récompensé, avec humour, pour ses 905 miles cumulés en six jours sur le camion-balai. À l’inverse, en 2023, Mark Zenor, en tête de sa classe avec un score parfait, a dû y charger sa Norton à quelques miles de l’arrivée.
La même année, Todd Cameron a dû changer ses pignons à de nombreuses reprises, parfois plusieurs fois par jour. Dave Currier, lui, ne pouvait laisser sa transmission par courroie tourner au ralenti sans risquer de la brûler : aux feux rouges, il tournait en rond ou poussait sa moto d’avant en arrière en attendant le vert.
Le règlement recommande d’emporter trousse à outils et trousse de secours, lampe, eau et feux de détresse ; l’extincteur, simplement conseillé en 2020, est devenu obligatoire en 2023.
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2012-2016 : des parcours toujours plus ambitieux
En 2012, l’épreuve s’ouvre aux machines construites jusqu’en 1929. Environ soixante-dix pilotes partent du musée Motorcyclepedia de Newburgh, dans l’État de New York, vers la baie de San Francisco, à près de 4 000 miles, environ 6 400 km. Le tracé passe par Milwaukee, Sturgis et la Beartooth Highway, et culmine au Granite Pass, dans le Wyoming, à 9 033 pieds, environ 2 750 m. Brad Wilmarth gagne une seconde fois, sur la même Excelsior.
En 2014, 101 pilotes s’alignent à Daytona Beach, sur ce sable où le Daytona 200 s’est couru à ses débuts, avec des motos antérieures à 1937. Près de 4 000 miles plus loin, à Tacoma, dans l’État de Washington, le Sud-Africain Hans Coertse l’emporte sur une Indian Scout de 1924 qui n’a connu aucune défaillance.
En 2016, une « course du siècle » réservée aux machines construites jusqu’en 1916 relie Atlantic City, dans le New Jersey, à Carlsbad, en Californie : environ 3 300 miles à travers quinze États, du 10 au 25 septembre, avec quatre-vingt-dix motos au départ. Frank Westfall s’impose sur une Henderson de 1912, la plus ancienne moto à avoir couvert chaque mile.
2018-2023 : le temps des monocylindres
Lonnie Isam Jr. ne verra pas la suite : atteint d’un cancer, il passe le relais à son associé et ami Jason Sims avant de s’éteindre en août 2017. En 2018, le tracé relie Portland à Portland, du Maine à l’Oregon, pour des machines antérieures à 1929.
Au terme de 3 441 miles, Dean Bordigioni l’emporte sur une Harley-Davidson de 1914, simple monocylindre à une vitesse. Plusieurs dizaines de pilotes ayant réalisé un score parfait, le barème fait la différence : pour la première fois, un monocylindre gagne le Cannonball.
Prévue en 2020, l’édition suivante est repoussée d’un an par la pandémie. En septembre 2021, le peloton relie Sault Ste. Marie, dans le Michigan, à South Padre Island, au Texas, avec des machines construites jusqu’en 1929 ; les intempéries écourtent une étape et font annuler la suivante. Dave Currier, 68 ans, gagne sur une Harley-Davidson 7A de 1911, monocylindre à courroie, en hommage à son père, ancien concessionnaire Harley-Davidson et Indian.
En 2023, la limite passe à 1933. Soixante-dix-sept motos quittent Virginia Beach, font halte au musée Wheels Through Time de Maggie Valley, puis filent vers l’ouest jusqu’en Arizona, où elles traversent Kingman et Oatman, deux étapes historiques de la Route 66. Le 24 septembre, à Oceanside, Todd Cameron triomphe sur une Indian monocylindre de 1909, devant Dave Currier.
Trois éditions de suite ont donc couronné un monocylindre plus que centenaire. Le barème y aide, mais encore faut-il qu’une machine de 1909 ou de 1911 tienne seize jours d’étapes dans les temps.
Harley-Davidson, Indian, Henderson, Excelsior : le palmarès des marques
Les organisateurs tiennent le compte : Excelsior gagne en 2010 et 2012, Indian en 2014 et 2023, Henderson en 2016, Harley-Davidson en 2018 et 2021. Après 2023, trois marques sont donc à égalité, avec deux victoires chacune.
Indian et Harley-Davidson, les deux grands constructeurs américains de l’époque, fournissent une bonne part des engagés. Comme le rappelle l’épopée de Harley-Davidson, leur histoire commence au tout début du XXe siècle, l’époque même des doyennes du Cannonball.
Les deux autres lauréats ont un destin commun. Excelsior, fondée à Chicago en 1907, passe au début des années 1910 sous le contrôle du fabricant de bicyclettes Ignaz Schwinn, qui rachète aussi Henderson en 1917. Née à Detroit en 1911, la marque des frères William et Tom Henderson s’était distinguée par ses quatre-cylindres en ligne, comme le 934 cm³ de 1912. Schwinn arrête ses motos en 1931. Frank Westfall disait s’être inspiré de Carl Stearns Clancy, auteur d’un tour du monde sur une Henderson de 1912.

pour garder au mur l’allure de ces pionnières qui ont traversé l’Amérique d’un océan à l’autre
Le reste du plateau mêle JAP, BSA, Rudge, Triumph, Velocette ou Norton à des américaines disparues depuis longtemps, comme Thor, Pope ou Militaire. En 2021, des BMW figuraient aussi au départ.
L’esprit Cannonball : des musées qui roulent
Perché sur une machine sans carénage, le pilote encaisse les éléments. En 2018, il a fallu affronter la pluie, la chaleur des plaines du Dakota du Sud, le froid et la neige du Montana, puis les vents violents de The Dalles, dans l’Oregon. Selon l’organisation, les pilotes en ont pourtant fait leur parcours favori.
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Ce qui rassemble les concurrents tient moins au classement qu’à une certaine idée de la moto. Le trophée « Spirit of the Cannonball » distingue cet état d’esprit : en 2012, il revient à Buck Carson et à son père Mike ; en 2023, à Doc Hopkins, engagé pour la quatrième fois sur une Harley-Davidson J de 1916 attelée à un side-car en osier.
Les vainqueurs reçoivent un bronze sculpté par Jeff Decker, mais d’autres exploits comptent : à l’issue de 2023, Jared Rinker était le seul à avoir bouclé quatre Cannonball avec un score parfait à chaque fois. En 2019, l’équipe a même lancé une épreuve sœur, le Cross Country Chase, pour les machines de 1930 à 1948, de Sault Ste. Marie à Key West.
L’édition 2023 est, à ce jour, la dernière dont les résultats ont été publiés. Le pari de Lonnie Isam Jr. est pourtant tenu : des machines centenaires ont prouvé qu’elles pouvaient encore traverser un continent, et, selon les organisateurs, la quête de motos éligibles a ranimé le marché de l’ancienne.
Tableau récapitulatif
| Édition | Départ | Arrivée | Machines admises | Vainqueur |
|---|---|---|---|---|
| 2010 | Kitty Hawk (Caroline du Nord) | Santa Monica (Californie) | Antérieures à 1916 | Brad Wilmarth, Excelsior 1913 |
| 2012 | Newburgh (New York) | Baie de San Francisco (Californie) | Jusqu’à 1929 | Brad Wilmarth, Excelsior 1913 |
| 2014 | Daytona Beach (Floride) | Tacoma (Washington) | Antérieures à 1937 | Hans Coertse, Indian Scout 1924 |
| 2016 | Atlantic City (New Jersey) | Carlsbad (Californie) | Jusqu’à 1916 | Frank Westfall, Henderson 1912 |
| 2018 | Portland (Maine) | Portland (Oregon) | Antérieures à 1929 | Dean Bordigioni, Harley-Davidson 1914 |
| 2021 | Sault Ste. Marie (Michigan) | South Padre Island (Texas) | Jusqu’à 1929 | Dave Currier, Harley-Davidson 1911 |
| 2023 | Virginia Beach (Virginie) | Oceanside (Californie) | Jusqu’à 1933 | Todd Cameron, Indian 1909 |
FAQ — Questions fréquentes
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Quand le Motorcycle Cannonball a-t-il été créé ?Imaginé en 2009 par Lonnie Isam Jr., il a donné son premier départ le 10 septembre 2010 à Kitty Hawk, en Caroline du Nord, pour rejoindre Santa Monica seize jours plus tard. L’épreuve s’est ensuite tenue tous les deux ans, sauf en 2020 : la pandémie a repoussé cette édition à 2021.
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Quelles motos peuvent participer au Motorcycle Cannonball ?Cela dépend des éditions : machines antérieures à 1916 en 2010, construites jusqu’en 1929 en 2012 et 2021, antérieures à 1937 en 2014, construites jusqu’en 1916 en 2016, antérieures à 1929 en 2018 et construites jusqu’en 1933 en 2023. Les carters moteur et de boîte doivent être d’origine, mais freins, éclairage et réservoirs peuvent être modernisés pour la sécurité.
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Comment le vainqueur est-il désigné ?Le vainqueur est le pilote qui couvre le plus de miles sur l’itinéraire officiel en respectant l’horaire de chaque étape. Comme de nombreux concurrents réalisent un score parfait, un barème départage les ex-aequo en favorisant les machines les plus anciennes et les plus simples, comme les monocylindres à une vitesse.
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Quelle distance les concurrents parcourent-ils ?Les éditions documentées vont d’environ 3 300 à près de 4 000 miles, soit de 5 300 à 6 400 km, le plus souvent en seize étapes. La première comptait 3 294 miles entre Kitty Hawk et Santa Monica, celle de 2018 3 441 miles entre Portland, dans le Maine, et Portland, dans l’Oregon.
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Quelles marques ont remporté le Motorcycle Cannonball ?Excelsior en 2010 et 2012, Indian en 2014 et 2023, Henderson en 2016 et Harley-Davidson en 2018 et 2021. Depuis 2018, la victoire est revenue trois fois de suite à un monocylindre de plus de cent ans : une Harley-Davidson de 1914, une Harley-Davidson de 1911, puis une Indian de 1909.

