La Triumph Bonneville T120 (1959) : l'icône britannique intemporelle

Culture & Patrimoine Moto -

1901 mots | Temps de lecture : 9 minute(s)

La Triumph Bonneville T120 (1959) : l'icône britannique intemporelle


Sommaire


Bonneville : un nom né dans le désert de sel

Avant d'être une moto, « Bonneville » est un lieu : les Bonneville Salt Flats, une immense étendue de sel dans l'Utah où l'on court après les records de vitesse depuis des décennies. C'est là qu'un pilote texan, Johnny Allen, entre dans la légende Triumph. En septembre 1955, à bord d'un streamliner baptisé « Devil's Arrow » propulsé par un twin Triumph de 650 cm³, il atteint une moyenne de 193,3 mph. En septembre 1956, il revient sur le sel et pulvérise la marque avec une moyenne de 214,17 mph (près de 345 km/h).

Chez Triumph, ce genre d'exploit ne reste jamais lettre morte : la marque de Meriden avait fait de la performance sa signature, comme le raconte l'histoire fascinante de Triumph. Quand un nouveau modèle sportif voit le jour en 1959, le choix du nom coule de source : ce sera la Bonneville, hommage direct à ces exploits sur le sel de l'Utah. Une manière habile de rappeler que ce twin anglais descend d'une lignée de recordmen.


Le twin parallèle de 650 cm³ signé Edward Turner

La T120 est dévoilée en 1959. Elle dérive de la Tiger T110 mais reçoit une préparation plus mordante : le fameux twin parallèle vertical de 649 cm³ (alésage × course de 71 × 82 mm), refroidi par air et à soupapes en tête, coiffé en série de deux carburateurs Amal et d'un arbre à cames plus pointu. Résultat : environ 46 chevaux à 6 500 tr/min et une vitesse de pointe autour de 108 mph (174 km/h), ce qui en faisait à peu près la moto de série la plus rapide de son époque.

Ce moteur est l'ultime dessin de production d'Edward Turner, le génial ingénieur qui avait déjà lancé Triumph dans l'ère du twin vertical dès 1937 avec la Speed Twin. La machine était si récente qu'elle n'a même pas eu le temps de figurer dans le catalogue Triumph de 1959. Avec ses 182 kg à sec environ, sa ligne fine et sa mécanique haute en couleur, la T120 s'impose comme un condensé de savoir-faire britannique. Pour comprendre à quel point ce twin parallèle a marqué l'ingénierie moto, notre article sur l'origine et l'évolution de la moto replace ce type d'architecture dans la grande histoire de la mécanique deux-roues.

🏍️ Envie de garder cette silhouette culte à portée de regard ? Découvrez notre sélection de motos miniatures pour exposer la légende chez vous.

Moto Miniature 1:12  BMW S1000RR Blanc & Bleu
Sur la boutique
Moto Miniature 1:12 BMW S1000RR Blanc & Bleu

La section sur le twin 650 et la silhouette culte de la T120 est le moment idéal pour proposer une miniature à collectionner, produit directement lié au patrimoine évoqué.

39,90 €
Voir le produit →

Star des sixties et culture rockers / café racer

Au début des années 1960, la Bonneville devient bien plus qu'une moto : un phénomène culturel. En Angleterre, une jeunesse en blouson de cuir se retrouve dans les fameux « transport cafés » le long des grandes routes. Ce sont les rockers, aussi appelés « ton-up boys » : leur graal, faire « the ton », c'est-à-dire franchir la barre des 100 mph. Le temple de ce mouvement, c'est l'Ace Café, sur la North Circular Road à Londres, ouvert dès 1938 et devenu QG des motards, avec le mythique 59 Club dans son sillage.

Rapide, relativement abordable et facile à préparer, le twin 650 de la Bonneville est un choix évident pour cette bande de passionnés. Beaucoup transforment leur machine en café racer : guidon bracelet, position couchée, tout ce qui dépasse retiré, parfois même le moteur Triumph glissé dans un cadre Norton « featherbed » pour obtenir le meilleur des deux mondes. Cet esprit de rébellion et de vitesse, on le retrouve dans notre panorama des cultures motardes et de leurs figures les plus célèbres, où le style anglais tient une place à part. La Bonneville n'a pas seulement roulé vite : elle a défini une esthétique.

🧥 Vous voulez rouler avec l'allure ton-up boy ? Faites un tour dans nos blousons et vestes moto pour trouver le cuir qui va avec la légende.


La Bonneville à l'écran et Steve McQueen

Impossible de parler du mythe Triumph sans évoquer Steve McQueen. L'acteur, motard passionné et pilote redoutable, a fait beaucoup pour l'image de la marque de l'autre côté de l'Atlantique. La scène la plus célèbre reste celle de La Grande Évasion (1963) : la moto allemande que McQueen enfourche pour tenter de sauter la clôture barbelée est en réalité une Triumph TR6 Trophy maquillée en BMW militaire. Le saut lui-même, McQueen n'a pas été autorisé à le réaliser pour des raisons d'assurance : c'est son ami et cascadeur Bud Ekins qui l'a exécuté.

McQueen et Ekins ne se contentaient pas de cinéma : en 1964, ils faisaient partie de l'équipe américaine engagée aux Six Jours Internationaux (ISDT), tous deux sur des Triumph. Cette aura hollywoodienne a durablement associé Triumph au cool américain, comme le racontent nos articles sur les motos emblématiques du cinéma et de la culture pop et sur les acteurs mordus de moto comme Keanu Reeves. La Bonneville, elle, incarnait ce même mélange de style et de mécanique brute.

🖼️ Pour afficher cet esprit vintage chez vous, jetez un œil à nos posters et affiches moto.


Faillite, John Bloor et la renaissance de Hinckley

Le rêve britannique se fissure dans les années 1970 et 1980. Face à l'offensive des constructeurs japonais, plus modernes et plus fiables, l'industrie moto anglaise s'effondre. La T120 laisse place à la 750 cm³ T140 en 1973, mais Triumph, à bout de souffle, finit par mettre la clé sous la porte. En 1983, l'homme d'affaires John Bloor rachète les droits de la marque et l'usine historique de Meriden ferme ses portes.

Plutôt que de bricoler l'existant, Bloor voit grand. Il investit massivement dans une usine ultramoderne à Hinckley, dans le Leicestershire, équipée d'usinage CNC et de robotique. Après avoir reconstruit la marque avec des modèles sportifs, il ressuscite l'icône : en septembre 2001, la nouvelle Bonneville (un twin de 790 cm³) est lancée. Le succès est quasi immédiat. Avec ses lignes classiques, sa fiabilité moderne et un tarif accessible, elle invente au passage un concept que tout le monde copiera : le « modern classic ». Cette capacité à renaître, on la retrouve chez d'autres géants britanniques comme Royal Enfield, autre légende qui a traversé les âges.


L'héritage néo-rétro

Vingt ans après sa résurrection, la Bonneville est plus vivante que jamais. En 2016, Triumph refond entièrement sa gamme « modern classic » autour d'un nouveau moteur à refroidissement liquide. La T120 renaît alors avec un twin de 1 200 cm³ à calage 270°, développant environ 80 chevaux, gorgé de couple et doté d'électronique moderne (accélérateur électronique, modes de conduite). À ses côtés, toute une famille : T100, Street Twin, Speed Twin, Thruxton café racer, Scrambler… tous héritiers de l'ADN de 1959.

Le génie de la Bonneville, c'est d'avoir su rester elle-même tout en se modernisant : la silhouette, les deux cylindres apparents, le nom né sur le sel de l'Utah. Elle a inspiré tout un pan du marché néo-rétro, et beaucoup de constructeurs lui doivent une part de leur succès actuel. Aux côtés d'autres monuments comme Harley-Davidson, la Triumph Bonneville reste l'une des motos les plus emblématiques jamais construites : une icône britannique véritablement intemporelle.


Tableau récapitulatif

Élément Détail
Modèle Triumph Bonneville T120
Lancement 1959 (production T120 jusqu'en 1975)
Concepteur Edward Turner (son dernier modèle de production)
Moteur Twin parallèle vertical 649 cm³, refroidi par air, OHV
Alésage × course 71 × 82 mm
Puissance ≈ 46 ch à 6 500 tr/min
Vitesse de pointe ≈ 108 mph (174 km/h)
Poids ≈ 182 kg
Origine du nom Records de Johnny Allen à Bonneville Salt Flats (1955-1956)
Renaissance Nouvelle Bonneville 790 cm³, usine de Hinckley, septembre 2001 (John Bloor)
Version moderne T120 1 200 cm³ refroidie par liquide, ≈ 80 ch (depuis 2016)

FAQ — Questions fréquentes

D'où vient le nom « Bonneville » ?
Il rend hommage aux Bonneville Salt Flats, dans l'Utah, où le pilote texan Johnny Allen a établi des records de vitesse avec un twin Triumph 650 : 193,3 mph en 1955, puis 214,17 mph en 1956.

Quelle était la cylindrée et la puissance de la T120 de 1959 ?
La T120 embarquait un twin parallèle de 649 cm³ développant environ 46 chevaux à 6 500 tr/min, pour une vitesse de pointe d'environ 108 mph (174 km/h), ce qui en faisait l'une des motos de série les plus rapides de l'époque.

Steve McQueen roulait-il vraiment en Triumph dans La Grande Évasion ?
La moto de la scène du saut est une Triumph TR6 Trophy maquillée en BMW militaire. McQueen n'a pas réalisé le saut lui-même : c'est son ami cascadeur Bud Ekins qui l'a exécuté. Tous deux ont couru sur Triumph, notamment aux Six Jours Internationaux 1964.

Qui a fait renaître la Bonneville après la faillite de Triumph ?
L'homme d'affaires John Bloor a racheté les droits de Triumph en 1983 et bâti une usine moderne à Hinckley. La nouvelle Bonneville (790 cm³) a été lancée en septembre 2001 et a inventé le concept de « modern classic ».

La Bonneville existe-t-elle encore aujourd'hui ?
Oui. Depuis 2016, la T120 est motorisée par un twin de 1 200 cm³ refroidi par liquide, à calage 270°, développant environ 80 chevaux, au cœur d'une large gamme néo-rétro (T100, Speed Twin, Thruxton, Scrambler…).