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L'Elefantentreffen : le rassemblement moto le plus froid d'Europe
CultureElefantentreffenrassemblement hivernal
Fondé en janvier 1956 près de Stuttgart par le journaliste Ernst Leverkus, l'Elefantentreffen réunissait à l'origine une vingtaine d'attelages Zündapp KS 601, surnommés « éléphant vert ». Le rassemblement s'installe au Nürburgring en 1961, y attire des dizaines de milliers de personnes, puis perd son terrain après l'édition houleuse de 1977. Il trouve refuge au Salzburgring autrichien de 1978 à 1987, avant de rejoindre en 1989 le vallon de Loh, près de Solla, en Forêt de Bavière, choisi pour son enneigement. Neige, feux de bois, paille sous la tente et absence délibérée de confort y définissent un ethos hivernal que les règles adoptées en 2015 ont encore resserré.
Sommaire
- Janvier 1956 : vingt attelages et une idée saugrenue
- L'« éléphant vert » : la Zündapp KS 601
- Du side-car militaire au side-car de famille
- L'ère du Nürburgring (1961-1977) et la rupture
- L'exil autrichien du Salzburgring (1978-1987)
- Le « chaudron » de Loh, en Forêt de Bavière
- Le froid, la paille et les feux de bois
- Un inconfort revendiqué : les règles de 2015 et l'esprit du lieu
- Tableau récapitulatif
- FAQ — Questions fréquentes
Janvier 1956 : vingt attelages et une idée saugrenue
L'histoire commence dans les environs de Stuttgart, au cœur de l'hiver 1956. Ernst Leverkus, surnommé « Klacks », essayeur au magazine allemand MOTORRAD, a alors trente-trois ans et une conviction simple : une moto se conduit toute l'année, et l'hiver n'est pas une excuse pour la laisser au garage. Il lance donc une invitation à ceux qui roulent en attelage Zündapp KS 601, et leur donne rendez-vous en janvier, dans le froid, sans autre programme que de se retrouver.
Une vingtaine d'équipages répondent présent, sur le circuit de la Solitude, aux portes de Stuttgart. Rien d'un festival : pas de scène, pas de stands, rien qu'un point de rendez-vous et des machines couvertes de givre. Le bouche-à-oreille fait le reste, puisque l'année suivante les sources de l'organisateur recensent déjà quarante-quatre attelages Zündapp. Le rassemblement change ensuite de décor presque chaque année : Bad Dürkheim en 1958 avec environ deux cents machines, Stadtoldendorf en 1959 avec quelque quatre cents motards, puis le Grand Feldberg dans le Taunus, qui réunit neuf cents participants et près de cinq cents attelages en 1960.
C'est dès Bad Dürkheim, en 1958, que bascule la nature de l'événement : l'accès cesse d'être réservé aux seuls possesseurs de Zündapp et s'ouvre à toutes les motos. Le noyau de passionnés devient un rendez-vous ouvert, et le Feldberg voit débarquer en 1960 les premiers venus de l'étranger, Belges, Néerlandais, Danois et Suisses. C'est ce basculement qui explique la croissance vertigineuse des années suivantes.
L'« éléphant vert » : la Zündapp KS 601
Le nom du rassemblement ne vient ni d'un lieu ni d'un club, mais d'une machine. La Zündapp KS 601, produite à Nuremberg de 1950 à 1957 à un peu moins de cinq mille exemplaires, était une grosse routière à moteur bicylindre à plat de 597 cm³, développant 28 chevaux et 34 chevaux en version Sport. Elle passait, à son lancement, pour la moto de série allemande la plus rapide — un rang que la BMW R 68 lui reprend dès 1952 en devenant la première allemande de série à dépasser les 160 km/h —, mais c'est surtout son couple, disponible très bas dans les tours, qui la destinait à tracter un side-car chargé.
Le surnom vient de la presse. Dans le numéro 25/1951 du magazine Das Motorrad, le journaliste Carl Hertweck, alors rédacteur en chef, titre son essai de la machine « Grüner Elefant », l'éléphant vert, en raison de son poids, de son moteur très coupleux et de sa livrée verte caractéristique, d'autres teintes restant disponibles au catalogue. Le sobriquet colle immédiatement à la machine, puis au rassemblement de ses propriétaires : Elefantentreffen, littéralement « la réunion des éléphants ».
Il faut se représenter ce que représentait un tel attelage dans l'Allemagne de la reconstruction. La moto à trois roues n'était pas un jouet de passionné mais un véhicule utilitaire, souvent le seul véhicule familial du foyer. Les hommes qui se retrouvent en 1956 ne cherchent pas l'exploit : ils font simplement, un week-end de janvier, ce qu'ils font le reste de l'année.
Du side-car militaire au side-car de famille
La filiation technique de ces gros attelages remonte à la période militaire. Zündapp avait produit la KS 750, un attelage à bicylindre à plat de 751 cm³ dont la roue de panier était elle-même entraînée par arbre, avec blocage de différentiel et une boîte offrant, en plus de quatre rapports routiers, un rapport tout-terrain et une marche arrière. Plus de dix-huit mille exemplaires sortent des chaînes entre 1941 et 1945, aux côtés de la BMW R75, sa concurrente directe.
Cet héritage explique la culture allemande de l'attelage d'après-guerre : des milliers de mécaniciens et de conducteurs formés sur ces engins, une industrie qui sait les fabriquer, et un pays où la voiture reste hors de portée de la plupart des ménages. Le side-car civil des années 1950 hérite directement de cette école, jusque dans sa robustesse et sa capacité à rouler sur des routes déneigées à la pelle. La grande maison bavaroise a suivi une trajectoire comparable, comme le raconte l'histoire de BMW Motorrad.
Cette parenté mécanique se retrouve encore aujourd'hui sur le terrain, où les attelages russes et tchèques tiennent une place à part. Les machines issues de la lignée soviétique, dont l'histoire de la moto Ural éclaire la généalogie, y sont chez elles. Le trois-roues reste l'emblème visuel du rassemblement, très loin de la version sportive du genre décrite dans notre article sur le side-car de course.
L'ère du Nürburgring (1961-1977) et la rupture
En 1961, le rassemblement se fixe enfin. Le Bundesverband der Motorradfahrer, la fédération allemande des motards plus connue sous le sigle BVDM, en prend l'organisation et l'installe au Nürburgring, dans l'Eifel. Le décor change radicalement d'échelle : les campements s'étalent dans les bois qui bordent le tracé, sur un site que les motards du monde entier connaissent par ailleurs comme l'Enfer Vert.
La progression est spectaculaire. Les comptes de l'organisateur donnent mille participants pour cette première édition de 1961, puis 2 683 exactement relevés à la pointeuse en 1964, et quinze mille en 1972. En une quinzaine d'années, un rendez-vous de vingt attelages est devenu une marée humaine, avec tout ce que cela suppose de logistique, de bruit et de tensions avec les riverains.
L'édition de 1977 marque la fin de l'époque. Les estimations de fréquentation divergent fortement selon les sources, de l'ordre de trente-cinq mille à plus de soixante mille personnes, et les comptes rendus s'accordent sur un point : une part croissante des présents n'étaient plus des motards, mais des curieux venus en voiture et en autocar des grandes villes voisines. Un affrontement entre une quarantaine de participants et la police fait couler beaucoup d'encre, et le rassemblement perd son terrain. Il ne reviendra jamais dans l'Eifel sous cette forme.
L'exil autrichien du Salzburgring (1978-1987)
Privé de site en Allemagne, le BVDM traverse la frontière. L'édition 1978 se tient au Salzburgring, en Autriche, dans des conditions improvisées : l'autorisation ayant été retirée au dernier moment, quatre cents participants seulement se présentent, pour ce qui tient plus du sauvetage que d'une véritable édition. L'année suivante, la formule se stabilise et le rassemblement retrouve un rythme normal, jusqu'à atteindre dix mille participants en 1987, plafond de capacité du circuit autrichien.
Cette décennie autrichienne est celle de la reconstruction. Les organisateurs y mettent au point le dispositif qui fera la survie de l'événement : un filtrage strict à l'entrée et le refus assumé de tout ce qui ressemblerait à une foire commerciale. Le contraste est total avec les grandes messes bikers américaines, dont le Sturgis Motorcycle Rally est l'archétype.
L'édition de 1988 est finalement annulée : les exigences financières du circuit deviennent intenables pour une fédération à but non lucratif, qui refuse d'endosser ce risque année après année. Seul un rassemblement de secours monté par des particuliers réunit quelques centaines de motards. Ce trou d'un an oblige à tout repenser et débouche, dès l'hiver suivant, sur un déménagement définitif.
Le « chaudron » de Loh, en Forêt de Bavière
En 1989, le rassemblement s'installe dans un vallon de la Forêt de Bavière, au lieu-dit Loh, près du village de Solla, sur la commune de Thurmansbang, au nord de Passau et non loin de la frontière tchèque. Le critère de choix n'a rien de touristique : c'est l'enneigement. À cette altitude et sous ce climat, la neige est bien plus fiable qu'en Eifel ou au bord du Salzbourgeois.
La première édition bavaroise réunit environ trois mille sept cents motards. Le terrain, une cuvette encaissée que les habitués surnomment le « chaudron » — Hexenkessel en allemand —, s'avère parfaitement adapté : il concentre les campements, canalise les accès et retient la fumée des feux de bois. L'endroit devient l'adresse permanente du rassemblement, qu'il n'a plus quittée depuis.
Les chiffres actuels se lisent avec prudence, parce qu'ils dépendent énormément de la météo du week-end. La fédération et les sources encyclopédiques retiennent une fourchette de cinq mille à dix mille participants venus de toute l'Europe ; on relève plus de sept mille personnes en 2006, pour le cinquantième anniversaire, mais seulement quelque quatre mille deux cents en 2025, lors de la 67e édition, tenue sur une neige presque absente. Un hiver doux vide le vallon aussi sûrement qu'une tempête.
Le froid, la paille et les feux de bois
Ce qui distingue l'Elefantentreffen des autres rendez-vous européens tient en une phrase : on y vient à moto, quelles que soient les conditions. Les participants arrivent parfois après plus de mille kilomètres de route hivernale, certains avec des chaînes montées sur la roue arrière, d'autres avec des bricolages maison pour affronter le verglas. Le trajet fait pleinement partie de l'épreuve, et beaucoup le considèrent comme la vraie difficulté du week-end.
Sur place, le camping se pratique dans la neige, et la paille est l'accessoire de survie par excellence : répandue sous la tente, elle isole du sol gelé bien mieux qu'un matelas. Les feux de bois brûlent en continu, jour et nuit, autour desquels tournent les conversations, les casseroles et les mains bleuies. Il n'est pas rare que le thermomètre reste négatif pendant tout le séjour, avec des nuits nettement au-dessous de zéro dans une cuvette où l'air froid stagne.

pour affronter le vent glacé sans renoncer à l'allure
Aucune structure ne vient adoucir la chose : ni chapiteau chauffé, ni concert, ni fête foraine. La question de l'équipement devient alors strictement vitale, et ceux qui préparent une virée dans ces conditions ont tout intérêt à relire nos conseils pour ne plus avoir froid à moto en hiver avant de charger la sacoche.
Un inconfort revendiqué : les règles de 2015 et l'esprit du lieu
Au fil des décennies, une dérive s'était installée : des motos amenées en camionnette, des chapiteaux montés une semaine à l'avance, de l'alcool en gros et des visiteurs arrivés en voiture. En 2015, le BVDM a répondu par un plan en sept points au nom explicite, « back4future ». Le principe est redevenu littéral : on entre sur le terrain à moto, à side-car ou à trike dérivé d'une moto, et par ses propres moyens. Les quads et les voitures restent à la porte, les grandes tentes ne sont plus tolérées sur le terrain — ni aucune tente dressée avant le lundi de la semaine de l'événement —, et les pétards comme les canons à carbure sont confisqués à l'entrée.
Le règlement en vigueur pour l'édition 2026 prolonge cette logique jusque dans le détail : casque obligatoire sur le site comme sur la route d'accès, allure limitée à 7 km/h, alcool interdit au guidon, moteurs interdits entre minuit et sept heures du matin, et aucune circulation à moto en dehors de l'arrivée et du départ. Les seules distinctions décernées récompensent la plus longue distance parcourue, le doyen des participants ou la plus belle réalisation artisanale homologuée, jamais la performance. Rien à voir avec l'esthétique festivalière d'un Wheels & Waves.
Cette 68e édition se tient du 29 janvier au 1er février 2026, toujours à Loh. Un rendez-vous parallèle, l'Altes Elefantentreffen, se tient de son côté au Nürburgring sous ce nom depuis 1990, en général deux semaines après celui de Solla, comme un écho du site historique. Après les annulations de 2021 et 2022, le vallon bavarois a retrouvé ses feux dès 2023. Ernst Leverkus, mort en 1998 à soixante-quinze ans, avait pourtant tourné le dos à sa propre invention dès 1981 : arrivé cette année-là au Salzburgring, il y trouve une ambiance de beuverie, fait demi-tour sans même couper le moteur et ne reviendra plus. Le rendez-vous qu'il avait improvisé dans le froid de 1956 lui a largement survécu, et sans jamais rien céder sur l'inconfort qui en fait la substance.
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Tableau récapitulatif
| Période | Lieu | Fréquentation relevée | Fait marquant |
|---|---|---|---|
| 1956 | Circuit de la Solitude, près de Stuttgart | Environ 20 attelages | Premier rendez-vous lancé par Ernst Leverkus |
| 1957-1960 | Bad Dürkheim, Stadtoldendorf, Feldberg | 44 attelages en 1957, environ 400 en 1959, 900 au Feldberg en 1960 | Ouverture à toutes les marques dès 1958 |
| 1961-1977 | Nürburgring (Eifel) | 1 000 en 1961, 2 683 en 1964, 15 000 en 1972 | Le BVDM devient organisateur |
| 1977 | Nürburgring | Estimations de 35 000 à plus de 60 000 | Affrontement avec la police, perte du site |
| 1978-1987 | Salzburgring (Autriche) | 400 en 1978, jusqu'à 10 000 en 1987 | Édition 1988 annulée |
| Depuis 1989 | Loh, près de Solla (Thurmansbang) | 3 700 en 1989 ; fourchette de 5 000 à 10 000 aujourd'hui | Site choisi pour son enneigement |
| 2015 | Loh | — | Plan en sept points, arrivée à moto obligatoire |
| 2026 | Loh | — | 68e édition, du 29 janvier au 1er février |
FAQ — Questions fréquentes
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Quand et où se déroule l'Elefantentreffen ?Le rassemblement se tient chaque hiver au lieu-dit Loh, près de Solla, sur la commune de Thurmansbang, en Forêt de Bavière, au nord de Passau. La date tombe sur le dernier week-end de janvier ou le premier de février. La 68e édition est programmée du 29 janvier au 1er février 2026.
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Pourquoi ce rassemblement s'appelle-t-il « la réunion des éléphants » ?Le nom vient de la Zündapp KS 601, une routière de 597 cm³ produite à Nuremberg de 1950 à 1957. Dans le numéro 25/1951 de Das Motorrad, le journaliste Carl Hertweck l'avait surnommée « éléphant vert » pour son poids, son couple généreux et sa livrée verte. Les premiers participants de 1956 roulaient tous en attelage KS 601.
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Combien de motards y participent chaque année ?Les sources de la fédération organisatrice retiennent une fourchette de cinq mille à dix mille participants venus de toute l'Europe. Le chiffre dépend énormément de la météo : plus de sept mille personnes en 2006, mais environ quatre mille deux cents en 2025, lors d'un hiver très peu neigeux.
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Peut-on venir en voiture ou faire remorquer sa moto ?Non. Depuis le plan en sept points adopté en 2015, l'accès au terrain est réservé aux motos, side-cars et trikes dérivés d'une moto, arrivés par leurs propres moyens. Les voitures, les quads, les grandes tentes, les pétards et les canons à carbure sont interdits ou confisqués à l'entrée.
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Quelle différence avec l'« Altes Elefantentreffen » du Nürburgring ?Il s'agit d'un rendez-vous distinct, organisé séparément au Nürburgring sous ce nom depuis 1990, en général deux semaines après celui de Solla. Il perpétue le souvenir du site historique occupé par le rassemblement de 1961 à 1977, tandis que l'édition officielle du BVDM se tient en Bavière.

