Le trial : l'art de franchir sans jamais poser le pied

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Le trial : l'art de franchir sans jamais poser le pied


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Le trial se juge à l'envers : chaque pied posé au sol coûte un point, la chute cinq, et le vainqueur est celui qui en accumule le moins. Ses machines n'ont même pas de selle — la Montesa Cota 4RT 301RR pèse 73 kg pour 298 cm³ et 310 mm de garde au sol. Née des épreuves de fiabilité écossaises de 1909, la discipline bascule en 1965 avec la Bultaco Sherpa T de Sammy Miller. Suivront Jordi Tarrés et ses sept couronnes, Dougie Lampkin et ses douze titres, puis Toni Bou, trente-neuf fois champion du monde.


Le classement à l'envers : gagner en perdant le moins

Le trial est sans doute la seule discipline moto où l'on ne marque aucun point : on en perd. Le classement s'établit en pénalités, et le vainqueur est celui qui en a accumulé le moins à l'arrivée. Le barème tient en quelques lignes : franchir une zone sans jamais toucher le sol vaut 0 point ; un pied posé coûte 1 point, deux pieds ou deux appuis 2 points, trois appuis et plus 3 points ; la chute, le recul ou l'échec caractérisé valent 5 points, le maximum encaissable sur une zone. Le zéro, le fameux « clean », reste le seul résultat pleinement satisfaisant. Rien à voir, donc, avec la logique de chronomètre qui gouverne le flat track américain ou le speedway : ici la vitesse ne rapporte rien, la précision paie tout.

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La zone, le juge et le chrono

Une épreuve de trial n'est pas une course mais un parcours de liaison ponctué de zones, des sections balisées de quelques dizaines de mètres tracées dans les rochers, les racines et les ruisseaux — ou, en indoor, sur des empilements de blocs de béton, de troncs et de carcasses de camions. Chaque zone est délimitée par des rubans et des fanions numérotés que la machine doit franchir dans l'ordre imposé, sans jamais sortir des limites. Le juge de zone est seul maître à bord : il observe, compte les appuis et poinçonne la carte de contrôle du pilote. C'est lui qui tranche quand le pied a effleuré la pierre, quand la roue arrière a reculé d'un centimètre, quand le ruban a été franchi. Un temps imparti interdit de rester planté à réfléchir devant l'obstacle : en championnat du monde, il est passé en 2025 de quatre-vingt-dix à soixante secondes par zone, dépassement sanctionné d'un 5. Les concurrents repassent la même série de zones plusieurs fois dans la journée et les totaux s'additionnent ; en cas d'égalité, c'est le nombre de zéros qui départage.

Pilote de trial franchissant une dalle rocheuse
Une zone typique : quelques dizaines de mètres de rocher où tout se joue à l'équilibre, sous l'œil du juge. Photo : blmcalifornia, Public domain.

Une moto sans selle : l'outil le plus extrême du sport moto

Une moto de trial ne ressemble à rien d'autre. Elle n'a pas de selle — tout au plus une plaque symbolique — parce que le pilote reste debout sur les repose-pieds du départ à l'arrivée : s'asseoir n'aurait aucun sens quand tout se joue dans le transfert de masse. Elle est surtout d'une légèreté irréelle. La Montesa Cota 4RT 301RR, référence de la maison catalane passée dans le giron de Honda, annonce 73 kg pour un monocylindre 4-temps de 298 cm³ et 310 mm de garde au sol. Les boîtes sont très démultipliées, le premier rapport permettant d'avancer au pas puis d'arracher la machine d'un simple filet de gaz ; le réservoir contient moins de trois litres ; les suspensions à grand débattement encaissent des réceptions qu'aucune machine polyvalente ne supporterait. Rien de commun non plus avec la puissance brute exigée par le hard enduro le plus dur du monde : la moto de trial cherche la motricité, pas les chevaux.

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Des collines écossaises aux premières zones

Le trial est né en Grande-Bretagne, au début du XXe siècle, d'épreuves qui ne cherchaient pas le spectacle mais la fiabilité. En juillet 1909, l'Edinburgh Motor Cycle Club et Campbell McGregor lancent la première grande épreuve écossaise, cinq jours de route au départ d'Édimbourg, jusqu'à John O'Groats et retour. L'événement devient en 1912 le « Scottish Six Days Open Reliability Trial » et se dote dès 1914 d'un système de marquage assorti de pénalités de temps : la mécanique du classement moderne est en germe. La même année, dans le Yorkshire, Alfred Angas Scott met au défi les ouvriers de son usine de Shipley de rallier Burnsall à travers les Dales — 14 partants, 9 arrivants — et fonde ainsi le Scott Trial. Comme le Tourist Trophy l'a fait pour la vitesse pure, ces épreuves d'endurance tout-terrain ont imposé très tôt, dans l'histoire de la moto, une idée simple : une machine se juge d'abord à sa capacité à passer là où les autres renoncent. Le Scottish Six Days Trial se court toujours et demeure la plus ancienne épreuve de trial du monde.


1965 : la révolution Bultaco

Jusqu'au milieu des années 1960, on pratique le trial sur de lourdes 4-temps britanniques dérivées de motos de route. Tout bascule en 1965, quand le constructeur catalan Bultaco confie au Nord-Irlandais Sammy Miller le développement d'une machine légère bâtie autour d'un 2-temps de 244 cm³ : la Sherpa T. La mise au point est expédiée en une poignée de jours et le verdict tombe la même année : la Sherpa T devient la première machine non britannique, et la première 2-temps, à remporter le Scottish Six Days Trial. En quelques saisons, l'Espagne — qui triomphait déjà en Grand Prix avec Ángel Nieto — prend le pouvoir. Montesa décline sa Cota, OSSA confie sa monture à l'Anglais Mick Andrews, champion d'Europe en 1971 et 1972, dont la MAR (Mick Andrews Replica) reste l'icône absolue du trial classique. Quand la FIM transforme en 1975 son championnat d'Europe en championnat du monde, c'est un Britannique, Martin Lampkin, qui décroche le premier titre — sur Bultaco.


Offensive japonaise, intermède italien, revanche espagnole

Les Japonais ne tardent pas à réagir. Dès 1973, Yamaha débauche Mick Andrews pour développer la TY 250 — et les TY 80 et TY 175 sur lesquelles des générations entières découvriront la discipline ; Andrews ajoute deux Scottish Six Days à son palmarès, en 1974 et 1975. Honda frappe plus fort encore : le Belge Eddy Lejeune rafle trois couronnes mondiales consécutives en 1982, 1983 et 1984, et il le fait sur une 4-temps, à contre-courant total de l'époque. Suit un long intermède italien : SWM offre à Gilles Burgat le premier titre mondial français en 1981, Fantic sacre Thierry Michaud en 1985, 1986 et 1988, Beta lance Jordi Tarrés, et Aprilia place le Finlandais Tommi Ahvala sur le toit du monde en 1992. Puis l'Espagne reprend la main pour ne plus la lâcher : Gas Gas s'impose au milieu des années 1990, Montesa — passée sous contrôle de Honda depuis 1986 — revient au sommet en 1996 avec Marc Colomer et y campe encore aujourd'hui.


Tarrés, Lampkin, Bou : trois ères de domination

Jordi Tarrés ouvre la voie. En 1987, il devient le premier Espagnol champion du monde de trial et impose un pilotage nouveau, acrobatique, fait de bonds et d'appuis là où l'on cherchait jusque-là la trajectoire propre. Il totalise sept titres mondiaux : 1987, 1989, 1990 et 1991 sur Beta, puis 1993, 1994 et 1995 sur Gas Gas.

Le Britannique Dougie Lampkin, fils de Martin Lampkin, prend le relais avec une régularité insolente : sept titres outdoor d'affilée de 1997 à 2003 et cinq titres indoor consécutifs de 1997 à 2001, soit douze couronnes mondiales individuelles. Sa légende déborde même la discipline : en septembre 2016, il a bouclé les 60 kilomètres du Mountain Course de l'île de Man en roue arrière, sans jamais reposer la roue avant.

Et puis il y a Toni Bou. Né le 17 octobre 1986, le Catalan de l'équipe Repsol Montesa Honda a remporté son premier titre mondial en 2007, et n'a plus jamais lâché : depuis cette date, il a gagné tous les championnats du monde, en salle comme en plein air. Son compteur affiche 39 titres mondiaux19 en outdoor de 2007 à 2025 et 20 en indoor de 2007 à 2026. Lors de la seule saison TrialGP 2025, bouclée les 6 et 7 septembre en Grande-Bretagne, il a signé douze victoires. Aucun pilote, toutes disciplines moto confondues, n'a jamais aligné un tel palmarès — pas même les monstres sacrés de l'histoire du MotoGP.

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Le Trial des Nations

Le trial a lui aussi son rendez-vous par équipes nationales, créé en 1984 à Myślenice, en Pologne. Cette première édition sourit à la France, alignant Philippe Berlatier, Gilles Burgat et les frères Fred et Thierry Michaud. Les Bleus rééditent l'exploit en 1985 en Italie et en 1986 en Autriche, avant que l'Italie ne s'impose en 1987 à Tampere, en Finlande, la France terminant deuxième. Depuis, l'Espagne a fait du Trial des Nations une chasse gardée : Toni Bou y a décroché à lui seul vingt victoires par équipes en outdoor. Le principe reste celui d'une journée unique, chaque nation courant sous son drapeau — exactement l'esprit qui fait la saveur du Motocross des Nations, l'autre grand rendez-vous collectif du tout-terrain mondial.


Tableau récapitulatif

Repère Ce qu'il faut retenir
Barème d'une zone 0 point (« clean ») · 1 pied = 1 · 2 appuis = 2 · 3 appuis et plus = 3 · chute, recul ou échec = 5 (maximum)
Vainqueur Le pilote au total de pénalités le plus faible ; égalité départagée au nombre de zéros
Temps par zone 60 secondes en championnat du monde depuis 2025 (90 auparavant), dépassement = 5 points
Machine type Montesa Cota 4RT 301RR : 298 cm³ 4-temps, 73 kg, 310 mm de garde au sol, sans selle
Berceau de la discipline Écosse — première épreuve en juillet 1909, ancêtre du Scottish Six Days Trial
Bascule technique Bultaco Sherpa T 244 cm³ (1965), 1re machine non britannique et 1re 2-temps à gagner le SSDT
Championnats du monde Outdoor depuis 1975 (championnat d'Europe de 1968 à 1974) · Indoor depuis 1993
Jordi Tarrés 7 titres mondiaux : 1987, 1989, 1990, 1991 (Beta), 1993, 1994, 1995 (Gas Gas)
Dougie Lampkin 12 titres individuels : 7 outdoor (1997-2003) + 5 indoor (1997-2001)
Toni Bou 39 titres mondiaux : 19 outdoor (2007-2025) + 20 indoor (2007-2026), sur Montesa
Trial des Nations Créé en 1984 à Myślenice (Pologne), remporté par la France

FAQ — Questions fréquentes

  • Comment compte-t-on les points en trial ?
    À l'envers des autres sports : on additionne des pénalités et le pilote qui en a le moins gagne. Passer une zone sans toucher le sol vaut 0 point, un pied posé 1 point, deux appuis 2 points, trois appuis et plus 3 points, et la chute, le recul ou l'échec 5 points, soit le maximum sur une zone.
  • Combien de temps a-t-on pour franchir une zone ?
    Soixante secondes en championnat du monde depuis la saison 2025, contre quatre-vingt-dix auparavant. Le pilote qui dépasse ce temps imparti écope de 5 points, la pénalité maximale. C'est la règle qui interdit de rester planté devant l'obstacle à chercher indéfiniment la bonne trajectoire.
  • Pourquoi les motos de trial n'ont-elles pas de selle ?
    Parce que le pilote reste debout sur les repose-pieds du début à la fin. Tout le pilotage repose sur le transfert de masse du corps ; s'asseoir serait inutile et alourdirait la machine. La selle disparaît donc au profit d'une simple plaque, au bénéfice du poids et de la liberté de mouvement.
  • Combien de titres mondiaux Toni Bou a-t-il remportés ?
    Trente-neuf, un record absolu : 19 en trial outdoor de 2007 à 2025 et 20 en indoor (X-Trial) de 2007 à 2026. Depuis son premier sacre en 2007, l'Espagnol de l'équipe Repsol Montesa Honda a gagné tous les championnats du monde disputés, en salle comme en extérieur.
  • Où et quand le trial est-il né ?
    En Grande-Bretagne, au début du XXe siècle, à partir d'épreuves d'endurance et de fiabilité tout-terrain. La première grande épreuve écossaise date de juillet 1909 et donnera le Scottish Six Days Trial ; le Scott Trial, dans le Yorkshire, est lancé en 1914 par Alfred Angas Scott.
  • Combien pèse une moto de trial moderne ?
    Environ 70 kg. La Montesa Cota 4RT 301RR, machine de référence, annonce 73 kg pour un monocylindre 4-temps de 298 cm³ et 310 mm de garde au sol, avec une boîte très démultipliée et un réservoir de moins de trois litres.
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