Norton Commando (1967) : le chant du cygne glorieux des twins britanniques

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Norton Commando (1967) : le chant du cygne glorieux des twins britanniques


Sommaire


1967 : le baroud d'honneur de l'Angleterre moto

À l'automne 1967, sur le stand du salon d'Earls Court à Londres, Norton dévoile une moto qui va devenir un mythe : la Commando. L'époque n'est pourtant pas tendre pour l'industrie britannique. La Honda CB750 Four se prépare dans l'ombre au Japon, prête à balayer les vieilles recettes anglaises à coups de quatre cylindres et de démarreur électrique. Face à cette menace, Norton n'a ni les moyens ni le temps de tout réinventer : la marque doit composer avec un bicylindre déjà ancien, hérité de l'Atlas. Le pari de la Commando, c'est de transformer ce handicap en atout.

Produite de mars 1968 à octobre 1977 à près de 60 000 exemplaires, la Commando est l'aboutissement d'une lignée de twins qui a fait la gloire de l'Angleterre, aux côtés de rivales comme la Triumph Bonneville T120. Elle incarne le dernier grand sursaut d'un âge d'or décrit dans notre histoire de l'évolution de la moto : le chant du cygne, magnifique et un peu désespéré, des gros twins britanniques.


Le twin parallèle : de 745 à 828 cm³

Au cœur de la Commando bat un twin parallèle culbuté (OHV) de 745 cm³, dont l'annonce commerciale arrondissait joliment à « 750 ». Ses cotes très longue course de 73 mm d'alésage pour 89 mm de course sont directement reprises du moteur Atlas. Incliné vers l'avant pour la Commando, il développe environ 58 chevaux à 6 800 tr/min grâce à deux carburateurs Amal Concentric, de quoi propulser la machine à près de 185 km/h, une valeur redoutable pour l'époque.

En janvier 1972 arrive la fameuse version « Combat », gonflée à 65 chevaux par une culasse retravaillée et un taux de compression relevé. Mais cette recherche de puissance se paie cash : le moteur souffre de casses de roulements de vilebrequin et de pistons. Norton corrige le tir en adoptant les roulements renforcés dits « Superblend » et un taux de compression plus raisonnable. La leçon vaut d'ailleurs pour toutes les mécaniques anciennes, comme le rappelle notre guide pour entretenir sa moto en 7 étapes.

En mars 1973, la cylindrée grimpe : le nouveau 828 cm³, commercialisé sous l'appellation « 850 », gagne de l'alésage (77 mm) tout en conservant les 89 mm de course. Moins pointu que le Combat mais bien plus endurant, ce gros bicylindre coupleux devient l'unique motorisation à partir de la fin 1973. Il équipe notamment le millésime ultime, la Mk III de 1975, dotée d'un démarreur électrique (poussif à froid), d'un frein arrière à disque et d'un sélecteur passé à gauche pour se conformer à la réglementation américaine.


L'Isolastic : la parade géniale aux vibrations

Voici l'idée qui a sauvé la Commando. Un gros twin parallèle, par construction, vibre énormément à haut régime : de quoi engourdir les mains du pilote et fissurer les pièces. Plutôt que de rigidifier le moteur, l'équipe menée par l'ex-ingénieur Rolls-Royce Dr Stefan Bauer a choisi une approche radicale : isoler le pilote des vibrations au lieu de les supprimer.

Le système « Isolastic » monte l'ensemble moteur-boîte-bras oscillant sur des silentblocs en caoutchouc logés dans des bagues acier. Le bloc-propulseur peut ainsi bouger verticalement et longitudinalement pour absorber les tremblements, tandis que des cales (shims) bloquent tout débattement latéral qui ruinerait la tenue de route. Résultat : au-delà d'un certain régime, les vibrations disparaissent presque comme par magie, offrant un confort inédit pour une anglaise. Le réglage de ces silentblocs demande de la rigueur — sur la Mk III de 1975, Norton introduira des bagues réglables sans cales pour simplifier l'entretien.

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Le châssis et l'héritage Norton

Norton n'était pas n'importe qui en matière de partie-cycle. La marque devait sa réputation au légendaire cadre « Featherbed », référence absolue de tenue de route dans les années 50-60, célébré jusque dans les guidons bricolés des rockers de notre article sur Mods contre Rockers. Pour la Commando, Bauer conçoit un cadre neuf articulé autour d'un gros tube supérieur de 57 mm de diamètre, gage de rigidité, sur lequel vient se greffer tout le dispositif Isolastic.

Ce mariage entre rigueur de châssis et confort mécanique donne à la Commando un comportement routier salué par toute la presse. La moto n'était pas qu'un moteur : c'était un ensemble cohérent, agile et rassurant, capable d'aligner les kilomètres sur route ouverte comme le racontent nos conseils pour un road trip réussi. Cette compétence en partie-cycle s'illustra aussi en compétition, où Peter Williams hissa la Commando de course, à cadre monocoque, jusqu'à la victoire au Formula 750 TT en 1973 sur le mythique circuit de l'Île de Man (Tourist Trophy).


Cinq fois « Machine of the Year » face au raz-de-marée japonais

La consécration est venue de la presse. Le prestigieux magazine Motor Cycle News a décerné à la Commando son titre de « Machine of the Year » pendant cinq années consécutives, de 1968 à 1972. Un exploit qui dit tout de l'affection des motards britanniques pour leur dernière grande icône nationale.

Car le contexte était impitoyable. La déferlante nippone s'accélérait : après la CB750, la Kawasaki 900 Z1 et ses quatre cylindres allaient enterrer pour de bon les vieilles recettes. Face à ces machines plus modernes, plus rapides et plus fiables, la Commando tenait bon par son caractère, son couple généreux et cette signature Isolastic que personne ne pouvait copier. Elle représentait l'ultime fierté d'un savoir-faire séculaire, celui-là même qui a façonné toute l'histoire de Triumph et de Royal Enfield. La production s'éteignit finalement en 1977, faute de moyens pour financer la relève.


La base reine du café racer

Si la Commando n'a jamais vraiment disparu, c'est aussi grâce à une seconde vie inattendue. Sa ligne racée, son gros twin coupleux et son cadre réputé en ont fait une base de choix pour le café racer, ce style né dans les cafés britanniques et raconté dans notre dossier sur le café racer des années 50-60.

Guidon bracelet, selle monoplace, réservoir sculptural : la Commando se prête merveilleusement à la transformation, et les préparateurs du monde entier continuent d'en faire des machines aussi belles que rageuses. Aujourd'hui encore, une Commando bien restaurée est un objet de collection convoité, symbole absolu de l'élégance mécanique britannique. Un modèle qui inspire toujours le vestiaire des passionnés de vintage.

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Tableau récapitulatif

Caractéristique Détail
Présentation Salon d'Earls Court, septembre 1967
Production Mars 1968 à octobre 1977 (~60 000 exemplaires)
Moteur Twin parallèle culbuté (OHV), refroidissement par air
Cylindrée d'origine 745 cm³ (73 x 89 mm), « 750 »
Évolution 828 cm³ (77 x 89 mm) en 1973, « 850 »
Puissance ~58 ch (750) ; 65 ch pour la version Combat (1972)
Innovation phare Système Isolastic (moteur et bras oscillant sur silentblocs)
Boîte de vitesses 4 rapports, transmission par chaîne
Vitesse de pointe ~185 km/h (version 750)
Poids à sec ~190 kg
Distinction « Machine of the Year » (MCN) 5 fois, 1968-1972

FAQ — Questions fréquentes

Quelle est la cylindrée de la Norton Commando ?
À son lancement en 1967, la Commando reçoit un twin parallèle de 745 cm³ (annoncé « 750 »). En 1973, la cylindrée passe à 828 cm³, commercialisée sous l'appellation « 850 ».

Qu'est-ce que le système Isolastic ?
C'est un montage du moteur, de la boîte et du bras oscillant sur des silentblocs en caoutchouc. Ce dispositif filtre les vibrations du gros bicylindre pour épargner le pilote, des cales bloquant le débattement latéral afin de préserver la tenue de route.

Combien de fois la Commando a-t-elle été élue « Machine of the Year » ?
Cinq fois d'affilée, de 1968 à 1972, par le magazine britannique Motor Cycle News. Un record qui témoigne de son immense popularité.

Qu'était la version « Combat » ?
Une version plus puissante du moteur 745 cm³ lancée en janvier 1972, portée à 65 chevaux. Trop poussée, elle a souffert de casses de roulements et de pistons, corrigées par la suite avec les roulements « Superblend ».

Pourquoi la Commando est-elle prisée pour les café racers ?
Grâce à sa ligne racée, à son twin coupleux et à son châssis réputé, elle constitue une base idéale pour les préparations dans l'esprit café racer né en Angleterre dans les années 50-60.