Carlo Ubbiali : neuf couronnes mondiales dans les petites cylindrées

Pilotes de légende -

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Carlo Ubbiali : neuf couronnes mondiales dans les petites cylindrées


PiloteCarlo Ubbialipetites cylindrées

Carlo Ubbiali domine les petites cylindrées du championnat du monde de vitesse pendant une décennie. Né à Bergame en 1929, présent dès la saison inaugurale de 1949, il décroche son premier titre 125 cm³ en 1951 sur FB Mondial avant de rejoindre MV Agusta, où il conquiert huit couronnes supplémentaires jusqu'en 1960. Surnommé « La Volpe », il passe la première moitié de ses courses à observer ses adversaires avant de frapper dans les derniers tours, avec une seule blessure sérieuse en douze saisons et sans jamais disputer la catégorie reine. Sa rivalité avec Tarquinio Provini et sa retraite prise sur une double victoire à Monza referment un parcours de neuf titres mondiaux.


Bergame, 1949 : entrer dans le championnat par la plus petite porte

Lorsque la Fédération internationale met sur pied le premier championnat du monde de vitesse, en 1949, l'Italie relève ses usines et vend surtout de très petites cylindrées. Carlo Ubbiali, né à Bergame en septembre 1929, appartient exactement à cette génération : celle qui apprend la course sur des machines de 125 cm³ à peine plus puissantes qu'un cyclomoteur moderne, dans un pays où l'essence coûte cher et où la moto reste d'abord un moyen de transport.

Il est présent dès cette saison inaugurale, et il en sera longtemps après le dernier témoin vivant. Sa première victoire en Grand Prix tombe en 1950, et le titre suit dès l'année suivante : en 1951, à vingt et un ans, il devient champion du monde 125 cm³ au guidon d'une FB Mondial, la marque milanaise qui trustait alors la catégorie.

La suite est moins linéaire. En 1952, la couronne lui échappe au profit du Britannique Cecil Sandford, engagé par une jeune écurie encore peu titrée en course : MV Agusta. Ce revers pèse lourd dans la trajectoire d'Ubbiali, qui quitte Mondial pour rejoindre précisément le constructeur qui venait de le battre. Il ne changera plus jamais de camp, et l'histoire de MV Agusta en compétition se confondra pendant huit ans avec la sienne.


De Mondial à MV Agusta, en passant par le rouleau compresseur NSU

Le changement d'écurie ne produit pas d'effet immédiat. Les saisons 1953 et 1954 appartiennent à l'allemand NSU, dont les monocylindres à double arbre à cames raflent tout : Werner Haas est champion 125 en 1953, l'Autrichien Rupert Hollaus lui succède en 1954. Face à ces machines mieux nées, Ubbiali et MV Agusta apprennent, développent, et attendent.

Le retrait de NSU des Grands Prix rebat les cartes, mais encore fallait-il être prêt à en profiter. Ubbiali l'est : il reprend le titre 125 cm³ en 1955, puis le conserve en 1956 en y ajoutant, la même année, sa première couronne en 250 cm³. Ce premier doublé est aussi le premier titre de MV Agusta dans la catégorie des quarts de litre. Au Tourist Trophy 1956, il gagne les deux courses, la 125 et la 250, dans la même semaine.

Sa monture de prédilection en 125 est la MV Agusta Bialbero, un monocylindre à double arbre à cames en tête. En 250, il passe ensuite à la Bicilindrica, un bicylindre de 247 cm³ développé entièrement en interne par la firme de Gallarate, crédité d'environ 36 chevaux à 12 000 tr/min et engagé de 1957 à 1961. Ces machines n'écrasaient pas la concurrence par la puissance brute : elles demandaient un pilote capable d'en tirer la substantifique moelle sans jamais les casser.


« La Volpe » : gagner en dépensant le moins possible

Dans le paddock italien, on le surnommait « La Volpe », le renard. Le sobriquet dit tout de sa méthode. Ubbiali passait volontiers la première moitié d'une course dans le sillage de son adversaire, à observer où celui-ci freinait trop tôt, où il élargissait, où il perdait un dixième, avant de porter son attaque dans les tours finaux. Une course, pour lui, se gagnait à la fin, pas au premier virage.

Cette économie de moyens n'était pas de la timidité mais du calcul. Sur les circuits routiers de l'époque, bordés de murets, de fossés et de poteaux télégraphiques, la moindre sortie de piste se payait comptant. Ubbiali n'a connu qu'une seule blessure sérieuse en douze saisons de Grand Prix, une chute aux essais d'Assen en 1957 qui lui coûta trois épreuves, un bilan presque incongru pour un pilote des années 1950, où l'on comptait les morts par saison. Sa précision aux freins, à la poignée de gaz et sur les trajectoires servait autant sa longévité que ses chronos.

Sa carrure a aussi dicté sa carrière. De petite taille et de faible poids, il correspondait parfaitement aux petites cylindrées, où chaque kilo compte, et le comte Domenico Agusta répartissait ses pilotes selon leur gabarit. Ubbiali n'a donc jamais disputé le championnat 350 ou 500 cm³, ce qui l'a longtemps privé de la notoriété réservée à la catégorie reine. À Assen, où la finesse de pilotage prime sur la puissance, il montera sur le podium lors de neuf de ses dix participations, un rendement qui en dit long sur son rapport au tracé de la « Cathédrale » néerlandaise.


Provini, le rival qui l'a poussé dans ses retranchements

L'adversaire de sa vie s'appelle Tarquinio Provini. Les deux hommes sont italiens, se croisent d'abord chez des constructeurs rivaux, deviennent coéquipiers chez MV Agusta, et ne s'apprécient pas. La presse transalpine exploite abondamment cette animosité, au point que des spectateurs en viennent aux mains dans les tribunes pour départager leurs favoris.

1957 est l'année noire d'Ubbiali : Provini enlève le titre 125 cm³ sur Mondial, tandis que Cecil Sandford s'adjuge la 250, également sur Mondial. Blessé à la main dans sa chute d'Assen, Ubbiali manque trois épreuves et termine sans titre, troisième du championnat 125 cm³ malgré son doublé d'ouverture à Hockenheim et sa victoire de clôture à Monza. Le paysage change radicalement à la fin de cette année-là, lorsque les grandes usines italiennes annoncent leur retrait de la compétition pour cause de coûts insoutenables et de ventes en berne. Mondial, Moto Guzzi et Gilera rangent leurs machines ; MV Agusta, après avoir d'abord suivi le mouvement, revient sur sa décision et reste.

Provini rejoint alors MV Agusta, et les deux rivaux se retrouvent sous le même auvent. En 1958, Ubbiali reprend la 125 tandis que Provini remporte la 250. L'année 1959 tourne franchement à l'avantage du renard, qui rafle les deux titres et renvoie son coéquipier à une double deuxième place au championnat. Provini part chez Moto Morini pour 1960, décidé à battre les MV avec une machine plus modeste. Il n'y parviendra pas cette année-là, mais frôlera le titre 250 en 1963, battu de peu par un pilote Honda dont la carrière raconte une autre bascule du sport : Jim Redman.


1960 : deux titres, deux victoires à Monza, puis la sortie

La saison 1960 se dispute sur sept épreuves, de Charade en mai au Grand Prix des Nations de Monza le 11 septembre. Ubbiali y signe son troisième doublé 125-250, après ceux de 1956 et 1959. Le barème de l'époque ne retenait qu'un nombre limité de meilleurs résultats, ce qui récompensait moins l'accumulation que la capacité à gagner quand il le fallait — exactement son terrain.

Le scénario de sa dernière journée de course relève du romanesque : à Monza, devant son public, il remporte la course des 125 puis celle des 250, et raccroche sur cette double victoire. Peu de champions ont eu le loisir de quitter la scène sur un tel accord parfait. Il a trente ans ce jour-là, et fête son trente et unième anniversaire onze jours plus tard.

Les raisons de ce départ sont multiples et convergentes. MV Agusta s'apprête à concentrer ses moyens sur les grosses cylindrées, laissant les 125 et 250 à la vague japonaise qui déferle : dès 1961, Honda place ses pilotes au sommet des deux catégories. La mort prématurée de son frère Maurizio pèse également dans la balance, tout comme sa vie de famille naissante et sa lucidité sur un métier qui tuait beaucoup. Ubbiali choisit de s'arrêter tant qu'il gagnait encore, ce qui reste la décision la plus rare du sport moto.

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Neuf couronnes : la mesure exacte du record

Le décompte fait autorité : six titres en 125 cm³ (1951, 1955, 1956, 1958, 1959, 1960) et trois en 250 cm³ (1956, 1959, 1960), soit neuf couronnes mondiales. Sur le plan des courses, il compte 39 victoires en Grand Prix pour 71 départs, un ratio supérieur à une course sur deux, complété par 68 podiums et cinq succès au Tourist Trophy de l'île de Man.

Au moment de sa retraite, ces neuf titres constituaient le total le plus élevé du championnat du monde, toutes catégories confondues. Le record a tenu jusqu'en 1971, année où Giacomo Agostini décroche sa dixième couronne. Mike Hailwood avait égalé la barre des neuf en 1967 sans la dépasser.

Dans le domaine spécifique des petites cylindrées, sa marque a résisté plus longtemps encore. Il faut attendre 1979 pour qu'un pilote la rejoigne et 1981 pour qu'il la dépasse : Ángel Nieto, qui portera finalement son total à treize titres en 50 et 125 cm³. Vingt et un ans se sont donc écoulés entre le dernier titre d'Ubbiali et le moment où quelqu'un a fait mieux que lui dans son propre domaine. Aujourd'hui encore, ses neuf couronnes le maintiennent parmi les pilotes les plus titrés de l'histoire des Grands Prix, derrière Agostini et Nieto.


Ce qu'il laisse derrière lui

Ubbiali n'a pas coupé les ponts avec le sport. À Bergame, sa ville, il repère un très jeune pilote local et contribue à lui ouvrir les portes de MV Agusta. Ce garçon s'appelait Giacomo Agostini, et il deviendra le pilote le plus titré de l'histoire du championnat du monde. La filiation entre les deux Bergamasques est l'une des plus élégantes du sport moto italien.

Plus tard, dans les années 1990, on le retrouve auprès d'une petite structure privée engagée en 125, à laquelle il apporte son œil de vieux renard : où tel adversaire freine trop court, où tel autre se crispe. Sa lecture de course, elle, n'avait pas vieilli d'un jour. Intronisé parmi les MotoGP Legends en 2001, il reçoit en 2019 une distinction du Comité olympique italien pour l'ensemble de sa carrière.

Carlo Ubbiali s'éteint à Bergame le 2 juin 2020, à quatre-vingt-dix ans. Il était alors le dernier survivant de la toute première saison du championnat du monde, celle de 1949. Entre son premier Grand Prix et sa disparition, la moto de course avait changé trois fois de monde : des monocylindres à carburateur aux MotoGP à électronique embarquée, une trajectoire complète tenue par un seul homme, resté fidèle à une écurie et à deux cylindrées.

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Tableau récapitulatif

Année Catégorie Machine Repère
1951 125 cm³ FB Mondial Premier titre mondial, à 21 ans
1955 125 cm³ MV Agusta Reconquête après l'intermède NSU
1956 125 cm³ MV Agusta Premier volet d'un doublé
1956 250 cm³ MV Agusta Premier titre 250 de la marque
1958 125 cm³ MV Agusta Réponse à l'année Provini
1959 125 cm³ MV Agusta Deuxième doublé
1959 250 cm³ MV Agusta Sur la bicylindre 247 cm³
1960 125 cm³ MV Agusta Troisième doublé
1960 250 cm³ MV Agusta Dernière saison, retraite après Monza

FAQ — Questions fréquentes

  • Combien de titres mondiaux Carlo Ubbiali a-t-il remportés ?
    Neuf au total : six en 125 cm³ (1951, 1955, 1956, 1958, 1959 et 1960) et trois en 250 cm³ (1956, 1959 et 1960). Le premier a été acquis sur une FB Mondial, les huit suivants sur MV Agusta.
  • Pourquoi Carlo Ubbiali n'a-t-il jamais couru en 500 cm³ ?
    Chez MV Agusta, le comte Domenico Agusta répartissait ses pilotes selon leur gabarit. De petite taille et de faible poids, Ubbiali fut affecté aux 125 et 250 cm³ pendant toute sa carrière et n'a jamais disputé le championnat de la catégorie reine.
  • Qui était Tarquinio Provini, son grand rival ?
    Un pilote italien champion du monde 125 cm³ en 1957 sur Mondial, puis 250 cm³ en 1958 sur MV Agusta. Coéquipiers puis adversaires, les deux hommes ne s'entendaient pas et leur duel a passionné l'Italie de la fin des années 1950.
  • À quel âge Carlo Ubbiali a-t-il pris sa retraite ?
    Il a disputé sa dernière course le 11 septembre 1960, au Grand Prix des Nations de Monza, à trente ans, onze jours avant son trente et unième anniversaire. Il y a remporté la course des 125 et celle des 250 le même jour.
  • Son record de titres en petites cylindrées tient-il toujours ?
    Non. Ángel Nieto a égalé ses neuf couronnes en 1979 puis les a dépassées en 1981, avant de porter son total à treize titres en 50 et 125 cm³. Ubbiali reste toutefois l'un des pilotes les plus titrés de l'histoire des Grands Prix.
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