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Joe Bar Team : la bande dessinée qui fait rire les motards depuis 1990
CultureBande dessinéeJoe Bar Team
Le Joe Bar Team est une série de bande dessinée humoristique née dans les pages de Moto Journal sous le crayon de Christian Debarre, dit Bar2, avant un premier album publié par Vents d’Ouest en 1990. Elle suit une bande de motards de banlieue réunis dans le bar de Joe, chacun indissociable de sa machine : Honda CB750 Four, Kawasaki 750 H2, Norton Commando ou Ducati 900 SS. Fane reprend la série et la transpose dans les années 1990, avant un tome 7 signé Pat Perna et Henri Jenfèvre. Huit tomes plus tard, la bourre et l’arsouille font partie du vocabulaire commun des motards francophones.
Sommaire
- Bar2, un dessinateur venu de Moto Journal
- Le bar de Joe et sa bande de banlieue
- Les machines des années 1970
- L’humour de la bourre et des gamelles
- Fane, puis Perna et Jenfèvre : les relais
- Un vocabulaire passé dans la langue des motards
- Succès en librairie et héritage
- Tableau récapitulatif
- FAQ — Questions fréquentes
Bar2, un dessinateur venu de Moto Journal
Derrière le pseudonyme Bar2 se cache Christian Debarre, né en 1960 à Meudon. Ce nom de plume est un jeu sur son patronyme : ses collègues de Moto Journal l’appelaient « Bardeu », et il en a tiré sa signature. Le deux-roues le happe tôt : il le découvre à treize ans sur le cyclomoteur d’un cousin, puis s’offre une Kawasaki Z 650 d’occasion en 1978, sa première vraie moto.
Avant d’être un auteur, Debarre est un motard qui court. Il s’aligne en 1979 aux 6 Heures de Coulommiers, puis dans plusieurs coupes Kawasaki et Yamaha, où les blessures l’empêchent parfois d’aller au bout de ses courses. Côté métier, il obtient un CAP d’illustration publicitaire, collabore dès 1977 au magazine Plein Pot, travaille aussi pour Moto Crampons, avant d’entrer en 1985 à la rédaction de Moto Journal, où il est à la fois illustrateur et essayeur.
C’est dans cet hebdomadaire, à la fin des années 1980, que naissent les premiers gags du Joe Bar Team. Publiés semaine après semaine, ils préparent le terrain : le premier album, publié par Vents d’Ouest en 1990, rencontre un succès immédiat. Le trait, nerveux et plein de mouvement, doit beaucoup à André Franquin : l’historien de la bande dessinée Henri Filippini voyait en Bar2 le meilleur disciple du père de Gaston Lagaffe, alors même que l’auteur n’a dessiné que deux albums de la série.
Le bar de Joe et sa bande de banlieue
Le décor tient en une adresse : un bistrot de banlieue tenu par Joe, où se retrouve, dans les années 1970, une poignée de motards. Joe roule lui-même en Moto Guzzi et joue à l’occasion les directeurs de course pour ses habitués. On y boit un café au comptoir, on y compare les machines, on y refait la course de la veille, puis on repart en découdre sur la route.
La bande d’origine réunit quatre caractères bien trempés. Édouard Bracame, dit Ed la poignée, roule japonais ; Jean Manchzeck roule anglais ; Jean-Raoul Ducable, surnommé Jeannot la case, ne connaît qu’une commande, celle des gaz ; Guido Brasletti, l’Italien du groupe, ne conçoit pas la moto sans Ducati. Tous affichent une mauvaise foi à toute épreuve quand une course tourne mal, et c’est ce décalage entre leurs fanfaronnades et le résultat sur la route qui fait tourner la mécanique comique.
Ce point de ralliement rappelle les cafés routiers anglais où sont nés les café racers : un comptoir, un parking plein de motos et une rivalité permanente. Le lieu compte autant que les machines, car c’est là que se racontent les exploits, souvent enjolivés, qui nourrissent les gags.
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Les machines des années 1970
Le Joe Bar Team est d’abord une galerie de motos bien réelles, dessinées par un auteur qui était aussi essayeur de presse. Chaque personnage est indissociable de sa monture, et chaque monture incarne une école de la moto de la décennie.
Ed la poignée chevauche une Honda CB750 Four, la quatre-cylindres de 1969 qui a bousculé le marché mondial ; la sienne porte les modifications en vogue au milieu des années 1970, à la selle comme à l’échappement. Jeannot la case pilote une Kawasaki 750 H2 Mach IV, un trois-cylindres deux-temps de 750 cm³ réputé pour sa brutalité, monture toute trouvée pour un personnage obsédé par l’accélération.
Face aux japonaises, Jean Manchzeck tient le camp anglais avec une Norton Commando 850, évolution de la Commando apparue à la fin des années 1960, tandis que Guido Brasletti défend l’Italie sur une Ducati 900 SS à bicylindre en L. Autour d’une même table de bistrot se rejoue ainsi le grand affrontement de la décennie, quand les japonaises bousculent les maisons européennes installées.

pour garder sous les yeux les machines des années 1970 qui animaient le bar de Joe
L’humour de la bourre et des gamelles
La série fonctionne par gags d’une page ou plus, sans grande intrigue suivie. Son ressort principal est la bourre, ce duel improvisé entre copains qui s’engage sur un simple regard ou une provocation, et qui se termine régulièrement au fossé ou dans le décor. D’album en album, les chutes et les glissades sont un rendez-vous attendu du lecteur.
Le rire ne naît pourtant pas de la vitesse elle-même. Bar2 a expliqué que ce qui l’intéressait, c’était la personnalité de ces motards intrépides plutôt que l’action pure : la mauvaise foi après une défaite, les excuses improvisées, les rivalités de marque défendues avec une ferveur de supporters. Il a d’ailleurs écarté une idée de couverture jugée trop provocante, qui montrait une course au milieu d’un lieu fréquenté.
Cette autodérision explique la popularité durable chez les motards eux-mêmes : chacun reconnaît dans la bande un copain, un club ou une sortie du dimanche. La série se moque des travers du milieu sans jamais le mépriser, et les lecteurs en rient d’autant plus volontiers qu’ils se savent visés.
Derrière les gags, le lecteur averti retrouve pourtant une vérité moins drôle : dans la réalité, une glissade se paie en peau et en cuir râpé, et le réflexe de tendre les bras fait souvent des mains le premier point de contact avec le bitume.
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Fane, puis Perna et Jenfèvre : les relais
Après le premier album, Bar2 estime avoir fait le tour d’un univers qu’il juge assez étroit et passe le relais à Fane, alias Stéphane Deteindre. Formé à l’école Estienne, celui-ci a rencontré Bar2 à l’agence de publicité Twin Cam. Il signe le tome 2 en 1993, puis le tome 3 en 1995 et le tome 4 en 1997, avec un choix décisif : transposer la bande dans les années 1990.
Les anciens changent de monture : Ed la poignée passe à la Honda CB 1000 Big One, Jean Manchzeck à la Triumph 900 Daytona, Jeannot la case à une Suzuki GSX-R 750, tandis que Guido reste fidèle à la Ducati 900 SS, désormais demi-carénée. De nouvelles têtes arrivent avec des machines de leur temps : Jérémie Lapurée, dit Jéjé l’aspi, finit par rouler en Harley-Davidson Sportster 883, Paul Posichon, alias Paulo les gaz, en Yamaha XT 600, et Pierre Leghnôme, dit Pierrot la fouine, s’offre un Yamaha VMax 1200.
Bar2 revient pour le tome 5, paru en 2003, qui ramène la série dans les années 1970. Insatisfait de son propre dessin, il s’arrête en cours de route et complète l’album avec des croquis préparatoires, un choix que certains lecteurs lui ont reproché. Fane reprend la main pour le tome 6 en 2004.
Après six ans de silence, le tome 7 paraît en septembre 2010 sous la signature de Pat Perna au scénario et d’Henri Jenfèvre au dessin, autour de Jéjé l’aspi et de ses compagnons. La nouvelle équipe a retravaillé l’album en profondeur, écartant une trentaine de gags en chemin. En octobre 2014, Fane signe seul le tome 8, scénario et dessin compris.
Un vocabulaire passé dans la langue des motards
L’héritage le plus visible du Joe Bar Team est peut-être linguistique. Beaucoup de motards francophones parlent de partir en arsouille pour désigner une sortie rapide entre amis sur de petites routes sinueuses. Le mot existait bien avant la série dans l’argot français, et elle a largement contribué à l’attacher à la conduite sportive en groupe.
La série a aussi fait circuler la bourre, ce duel entre deux machines, et l’expression faire l’aspi, empruntée à la course pour désigner le fait de se caler dans le sillage d’un autre pilote. La plupart des surnoms des personnages, bâtis sur un prénom raccourci suivi d’un travers de pilotage, résument chacun une manière de rouler.
Elle a également popularisé des dictons de motards détournés de proverbes connus, que l’on retrouve notamment dans un almanach dérivé de la série. Tous reposent sur le même principe : un proverbe familier auquel on greffe un mot de mécanique, de freinage ou de pneumatique.
Ce vocabulaire a débordé des albums pour devenir un signe de reconnaissance entre motards : l’employer, c’est montrer qu’on appartient à la même tribu et qu’on a lu les mêmes classiques.
Succès en librairie et héritage
Les chiffres disent l’ampleur du phénomène. À la sortie du tome 7, en 2010, la série revendiquait environ cinq millions d’albums vendus en vingt ans ; en 2023, c’est le chiffre de six millions d’exemplaires qui était mis en avant. Son éditeur, Vents d’Ouest, rattaché au groupe Glénat, la présente volontiers comme l’un des grands succès de la bande dessinée.
L’univers s’est prolongé au-delà des huit tomes. Sont parus notamment L’Encyclopédie imbécile de la moto en 1998, rééditée en 2006, un Manuel de conduite à l’usage du motocycliste débutant en 2011, et Les Sportives cultes, paru en 2014, consacré aux motos de 1955 à 1985 et réédité en 2018. À partir de 2013, les Chroniques du Joe Bar, signées Chris Deb, autre pseudonyme de Christian Debarre, ont décliné l’esprit de la bande en nouvelles.
Le phénomène a également gagné les kiosques. À partir d’août 2005, Hachette a lancé une collection de figurines Joe Bar Team accompagnées de fascicules, dont le premier numéro montrait Édouard Bracame sur sa Honda 750 Four de 1969 ; la collection a dépassé la centaine de numéros.
Signe que ces dessins sont devenus des pièces de collection, Bar2 a proposé pour la première fois ses originaux aux enchères en juin 2023 à Paris : 29 pièces, parmi lesquelles des planches des tomes 1 et 5, des travaux de couverture et des illustrations réalisées pour des agendas, à l’encre de Chine, à la gouache et au crayon.
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Tableau récapitulatif
| Tome | Parution | Auteurs | À retenir |
|---|---|---|---|
| Tome 1 | 1990 | Bar2 | Premier album après la prépublication dans Moto Journal, décor des années 1970 |
| Tome 2 | 1993 | Fane | Passage aux années 1990 et arrivée de nouveaux personnages |
| Tome 3 | 1995 | Fane | La bande des années 1990 s’installe |
| Tome 4 | 1997 | Fane | Suite de la période des années 1990 |
| Tome 5 | 2003 | Bar2 | Retour du créateur et des années 1970, album complété par des croquis |
| Tome 6 | 2004 | Fane | Retour de la bande des années 1990 |
| Tome 7 | 2010 | Pat Perna (scénario), Henri Jenfèvre (dessin) | Reprise après six ans d’absence, autour de Jéjé l’aspi et de ses amis |
| Tome 8 | 2014 | Fane | Scénario et dessin signés par Fane seul |
FAQ — Questions fréquentes
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Qui a créé le Joe Bar Team ?Christian Debarre, dit Bar2, illustrateur et essayeur à Moto Journal. Les premiers gags paraissent dans cet hebdomadaire à la fin des années 1980, puis Vents d’Ouest publie le premier album en 1990.
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Combien de tomes compte la série ?Le catalogue de l’éditeur compte huit tomes numérotés, parus entre 1990 et 2014. Bar2 a signé les tomes 1 et 5, Fane les tomes 2, 3, 4, 6 et 8, et le duo Pat Perna et Henri Jenfèvre le tome 7. S’y ajoutent plusieurs albums dérivés, comme L’Encyclopédie imbécile de la moto.
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Quelles motos conduisent les personnages ?Dans la bande des années 1970, Édouard Bracame roule en Honda CB750 Four, Jean-Raoul Ducable en Kawasaki 750 H2, Jean Manchzeck en Norton Commando 850 et Guido Brasletti en Ducati 900 SS, tandis que Joe possède une Moto Guzzi. Les albums des années 1990 ajoutent notamment une Harley-Davidson Sportster 883, une Yamaha XT 600 et un Yamaha VMax.
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Que signifie « arsouille » chez les motards ?Le mot désigne une sortie rapide entre amis sur des routes sinueuses, où chacun exploite le potentiel de sa machine. Ancien terme d’argot, il a été popularisé dans ce sens par le Joe Bar Team.
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Combien d’albums du Joe Bar Team ont été vendus ?Environ cinq millions d’exemplaires étaient revendiqués en 2010, après vingt ans d’existence, et le chiffre de six millions était mis en avant en 2023.
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Pourquoi Bar2 a-t-il cessé de dessiner la série ?Il a expliqué avoir eu le sentiment d’avoir fait le tour d’un univers assez étroit, et ne pas éprouver assez de passion pour un métier aussi exigeant. Il n’est revenu que pour le tome 5, paru en 2003.

