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La FFMC : quarante ans de motards en colère sur le bitume français
CultureFFMCMutuelle des Motards
Née les 1er, 2 et 3 février 1980 au Havre, la Fédération française des motards en colère prolonge les rassemblements apparus après la manifestation parisienne du 22 septembre 1978. Son boycott de la vignette moto aboutit au retrait de la taxe en juin 1981. La fédération crée ensuite ses propres outils : la Mutuelle des Motards, agréée le 15 septembre 1983 et financée par quelque quarante mille souscripteurs, l'AFDM pour la formation, la commission ERJ pour la prévention en milieu scolaire. Les glissières métalliques, encadrées par la circulaire du 1er octobre 1999, et le contrôle technique deux-roues entré en vigueur le 15 avril 2024 restent ses dossiers les plus disputés.
Sommaire
- Avant la fédération : la colère de 1978
- Février 1980 : l'acte de naissance du Havre
- La vignette moto, premier bras de fer gagné
- 1983 : les motards deviennent leurs propres assureurs
- L'AFDM et l'ERJ : la contestation passée à la pédagogie
- Les rails de sécurité, un combat de longue haleine
- Le contrôle technique, quarante ans de va-et-vient
- Ce que pèse la fédération aujourd'hui
- Tableau récapitulatif
- FAQ — Questions fréquentes
Avant la fédération : la colère de 1978
À la fin des années 1970, la moto n'est plus l'affaire d'une poignée d'initiés. Les machines japonaises ont démocratisé la grande cylindrée accessible, le parc grossit vite, et les pouvoirs publics regardent ce phénomène avec une méfiance croissante. Les primes d'assurance triplent en quelques années, au point qu'un motard sur trois roule alors sans couverture, selon le récit qu'en font aujourd'hui les antennes de la fédération.
Le milieu s'organise en marge des structures officielles. Des dizaines de « motos clubs pirates », étrangers à la Fédération française de motocyclisme, se regroupent sous des bannières éloquentes : « Moto liberté », « SOS Moto survie », « Moto vivante ». Ces collectifs n'ont ni statuts nationaux, ni permanents, ni trésorerie.
L'étincelle vient de la radio. Au soir de l'arrivée du Bol d'Or 1978, Christian Gerondeau, alors délégué à la sécurité routière, tient sur les motards des propos qui mettent le feu aux poudres. Le vendredi suivant, le 22 septembre 1978, des milliers de machines convergent place de la Bastille, à Paris, et les clubs de province enchaînent à leur tour des rassemblements dans plus d'une vingtaine de villes. Le mouvement existe dans la rue ; il lui manque une structure.
Février 1980 : l'acte de naissance du Havre
Il faut un peu moins de dix-huit mois aux mouvements régionaux pour converger. L'acte fondateur de la Fédération française des motards en colère est signé les 1er, 2 et 3 février 1980 au Havre, devant deux cents délégués venus de toute la France. L'association loi 1901 est déclarée dans la foulée et sa création paraît au Journal officiel le 8 février 1980.
Le nom lui-même est un choix politique : en revendiquant la colère plutôt que la représentation sportive, les fondateurs se démarquent des fédérations existantes. La FFMC se définit d'emblée comme un mouvement d'usagers : elle défend le motard comme conducteur, comme consommateur et comme citoyen, et non comme licencié d'un sport.
La structure retenue est décentralisée : chaque département monte son antenne, qui garde la main sur ses actions locales tout en relayant les campagnes nationales. Un principe est posé dès l'origine et jamais abandonné : la fédération refuse toute subvention de fonctionnement, ce qui la prive de moyens mais lui garantit une liberté de parole totale. Pendant plus de quinze ans, elle fonctionne intégralement au bénévolat ; une modeste structure salariée n'est créée qu'en 1996.
La vignette moto, premier bras de fer gagné
La jeune fédération hérite immédiatement de deux dossiers brûlants. Le premier est fiscal : le gouvernement de Raymond Barre, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, étend la vignette automobile aux motocyclettes ; envisagée dès 125 cm³, la taxe est finalement appliquée aux machines de plus de 750 cm³, à compter de novembre 1980. Le second est réglementaire : depuis le 1er mars 1980, un nouveau permis moto en trois catégories (A1 jusqu'à 80 cm³ et 75 km/h, A2 de 80 à 400 cm³, A3 au-delà) ferme l'accès direct aux grosses cylindrées, une logique d'accès progressif qui structure encore le paysage actuel.
La réponse de la FFMC ne passe pas par la négociation mais par la désobéissance organisée : elle appelle au boycott de la vignette et monte en parallèle un collectif d'avocats chargé de défendre les motards verbalisés. Le calcul est simple : rendre la mesure inapplicable. Selon le bilan qu'en tire la fédération, huit motards sur dix auraient refusé de s'acquitter du timbre fiscal.
À l'approche de l'élection présidentielle de 1981, la FFMC interpelle par écrit les deux candidats du second tour ; seul François Mitterrand répond. La vignette applicable aux motos est retirée en juin 1981, moins de dix-huit mois après la naissance de la fédération, qui est ensuite conviée aux travaux d'une commission nationale moto pilotée par la délégation interministérielle à la Sécurité routière. Le mouvement de rue est devenu un interlocuteur institutionnel.

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1983 : les motards deviennent leurs propres assureurs
Le dossier de l'assurance, lui, ne se règle pas par un décret. Au début des années 1980, les compagnies pratiquent sur la moto des tarifs dissuasifs — de l'ordre de 10 000 à 12 000 francs, soit plusieurs mois de SMIC — quand elles n'excluent pas purement et simplement le risque deux-roues. La FFMC choisit alors de créer l'outil qui lui manque.
Le montage est peu banal. Faute de banque disposée à financer le projet, la fédération lance une souscription auprès des motards eux-mêmes : 250 francs de capital social et 30 francs de frais de dossier, collectés dans les concentrations, les clubs et jusque sur les trottoirs. Environ quarante mille personnes répondent, réunissant en deux ans près de dix millions de francs, soit environ 1,5 million d'euros.
La société obtient son agrément le 15 septembre 1983 sous le nom de Solidarité Mutuelle des Usagers de la Route, avant de devenir l'Assurance Mutuelle des Motards. Le premier contrat est signé ce même mois de septembre 1983. Le cas reste rare dans l'histoire de l'assurance : une compagnie fondée par ses futurs assurés, sans actionnaire. Installée à Pérols, dans l'Hérault, depuis février 2016, elle revendique au milieu des années 2020 environ 259 000 sociétaires et un chiffre d'affaires voisin de 148 millions d'euros. Son existence a durablement pesé sur les tarifs du marché, un paramètre qui compte encore quand on cherche à optimiser son contrat deux-roues.
L'AFDM et l'ERJ : la contestation passée à la pédagogie
La suite logique de la Mutuelle est la formation : un assureur mutualiste a tout intérêt à réduire la sinistralité de ses sociétaires. L'Association pour la Formation Des Motards naît au milieu de la décennie 1980, les sources situant sa création entre 1984 et 1986. Association loi 1901 elle aussi, elle travaille de concert avec la fédération et avec la Mutuelle sous une devise qui résume sa doctrine : plus de plaisir, moins de risques.
L'AFDM forme au permis, mais elle a surtout bâti une offre de perfectionnement post-permis dont le stage de deux jours constitue la pierre angulaire, l'élève travaillant freinage, regard et trajectoires sur sa propre machine. S'y ajoutent des stages spécifiques : maxi-scooters, side-cars, conduite en montagne, en duo ou en milieu urbain. L'association pilote également un label destiné aux moto-écoles partenaires et intervient dans les entreprises.
Le troisième étage de cette pédagogie vise les mineurs. La commission Éducation Routière de la Jeunesse, née d'une réflexion engagée au début des années 2000 avec la Mutuelle, repose sur des bénévoles qui interviennent gratuitement en collège, en lycée et en centre de formation d'apprentis. Le dispositif est agréé par l'Éducation nationale depuis 2010, agrément renouvelé en 2016 puis en 2023. En juillet 2013, la fédération recensait 242 animateurs formés et 480 interventions en collège, pour 37 430 jeunes rencontrés. Le message y porte autant sur le partage de la voie que sur l'équipement de protection.
Les rails de sécurité, un combat de longue haleine
Le dossier des glissières métalliques accompagne la fédération depuis ses premières années. La norme européenne EN 1317, qui régit les dispositifs de retenue routiers, a été conçue en pensant à l'automobile et au poids lourd. Le motard, lui, glisse au sol avant de heurter l'obstacle : il passe sous la lisse et rencontre les supports verticaux.
Les chiffres justifient l'insistance. Les travaux d'accidentologie situent autour de 30 % la part des accidents mortels de deux-roues motorisés comportant le heurt d'un obstacle fixe — glissière, arbre, poteau — et, hors agglomération, 42 % des motocyclistes tués le sont en courbe. La revendication de la fédération est restée constante depuis les années 1980 : doubler les rails d'une lisse basse, appelée écran moto, pour supprimer le vide entre la chaussée et la glissière.
L'administration a fini par écrire ces principes. La circulaire n° 93-20 du 5 mars 1993 ouvre la voie, avant d'être remplacée par la circulaire n° 99-68 du 1er octobre 1999 relative aux conditions d'emploi des dispositifs de retenue adaptés aux motocyclistes : elle prescrit la pose de lisses basses sur autoroutes et routes à chaussées séparées, notamment dans les courbes de rayon inférieur à 400 mètres avec sortie vers l'extérieur du virage. Un programme de 150 millions de francs est ensuite engagé sur la période 2000-2006 pour équiper les sites jugés les plus dangereux. Le chantier reste inachevé, et les antennes départementales continuent d'y consacrer une grande part de leur travail de terrain : recensement des points noirs et courriers aux conseils départementaux.
Le contrôle technique, quarante ans de va-et-vient
L'idée d'un contrôle technique appliqué aux deux-roues resurgit régulièrement depuis les années 1980. Elle prend corps en 2007, quand le Conseil économique et social le recommande. La fédération s'y oppose frontalement et le projet reste sans suite ; en mars 2009, alliée pour la première fois à 40 millions d'automobilistes, au Codever, à la FFM et à la branche deux-roues du CNPA, elle obtient par ailleurs le retrait des deux-roues motorisés de la procédure dite VE, pour « véhicule endommagé ».
Le cadre change avec l'Europe. La directive 2014/45/UE du 3 avril 2014 impose un contrôle périodique des véhicules de catégorie L à partir de 2022, tout en ouvrant une dérogation aux pays mettant en œuvre des mesures alternatives efficaces de sécurité routière. La France emprunte successivement les deux voies : un décret du 9 août 2021 fixe l'échéance au 1er janvier 2023, avant qu'un décret de l'été 2022 ne l'abroge au profit de mesures alternatives.
Le 31 octobre 2022, le Conseil d'État annule cette abrogation, jugeant les mesures alternatives insuffisantes au regard de la directive. L'arrêté du 23 octobre 2023 fixe alors le calendrier définitif, dont l'article 43 entre en vigueur le 15 avril 2024. La FFMC appelle à des manifestations nationales les 13 et 14 avril 2024, complétées par des opérations de recensement des centres agréés et par une pétition déposée à l'Assemblée nationale. Son argumentaire s'appuie sur l'étude européenne MAIDS, selon laquelle l'état technique du véhicule est en cause dans moins de 0,5 % des accidents de deux-roues. Le dispositif prévoit une clause de revoyure deux ans après sa mise en œuvre, échéance atteinte en avril 2026. Les points contrôlés portant notamment sur le freinage, l'éclairage et les pneumatiques, la mesure a renouvelé l'intérêt des motards pour l'entretien courant.
Ce que pèse la fédération aujourd'hui
Quarante-six ans après Le Havre, la FFMC revendique environ 85 antennes départementales et près de dix mille adhérents, pour une audience qu'elle estime à quelque 400 000 personnes. Elle refuse depuis l'origine toute subvention de fonctionnement, un choix qui explique la modestie de ses moyens autant que la constance de son discours.
Autour d'elle gravite un écosystème peu commun pour une association d'usagers. Les Éditions de la FFMC publient un titre né en 1983 sous le nom « Le Pavé dans la mare », devenu Moto Magazine dans les années 1990 et vendu en kiosque à partir d'avril 1994 ; avec une dizaine de numéros par an, il figure parmi les mensuels moto les plus diffusés de France. La fédération a aussi participé à la structuration du lobby motard européen : la Federation of European Motorcyclists est fondée en 1988 à Strasbourg, dans le sillage d'une eurodémonstration, avant de fusionner en janvier 1998 avec l'European Motorcyclists' Association pour donner la FEMA.
Le bilan matériel se lit dans les textes. La limitation française à 100 chevaux, instaurée par le décret n° 84-1065 du 30 novembre 1984 et applicable au 1er janvier 1985, a longtemps figuré au premier rang des textes dont la fédération réclamait l'abrogation ; elle a disparu au 1er janvier 2016 sous l'effet du règlement européen n° 168/2013. La circulation inter-files a suivi un chemin comparable : expérimentée dans onze départements à partir de 2016, étendue à vingt et un en août 2021, elle a été généralisée par le décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025. Entre le boycott de 1980 et l'écriture d'un décret, c'est tout le trajet d'un mouvement de rue devenu partie prenante de la fabrique réglementaire.
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Tableau récapitulatif
| Date | Événement | Portée |
|---|---|---|
| 22 septembre 1978 | Rassemblement place de la Bastille, à Paris | Première grande manifestation motarde française |
| 1er-3 février 1980 | Assemblée fondatrice du Havre, 200 délégués | Naissance de la FFMC, publiée au Journal officiel le 8 février |
| 1er mars 1980 | Nouveau permis moto en trois catégories | Fin de l'accès direct aux grosses cylindrées |
| Juin 1981 | Retrait de la vignette applicable aux motos | Première victoire nationale après un boycott massif |
| 15 septembre 1983 | Agrément de la Mutuelle des Motards | Assureur créé par environ 40 000 souscripteurs motards |
| 1983 | Lancement du journal « Le Pavé dans la mare » | Futur Moto Magazine, en kiosque depuis avril 1994 |
| Milieu des années 1980 | Création de l'AFDM | Formation initiale et perfectionnement post-permis |
| 1988 | Eurodémonstration puis fondation de la FEM à Strasbourg | Structuration européenne, devenue FEMA en 1998 |
| 1er octobre 1999 | Circulaire n° 99-68 sur les dispositifs de retenue | Pose de lisses basses dans les courbes de rayon inférieur à 400 m |
| 31 octobre 2022 | Décision du Conseil d'État sur le contrôle technique | Annulation du décret d'abrogation, retour du CT deux-roues |
| 15 avril 2024 | Entrée en vigueur du calendrier du contrôle technique | Manifestations nationales des 13 et 14 avril 2024 |
| 9 janvier 2025 | Décret n° 2025-33 sur la circulation inter-files | Généralisation à l'ensemble du territoire |
FAQ — Questions fréquentes
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Quand et où la FFMC a-t-elle été créée ?L'acte fondateur de la Fédération française des motards en colère a été signé les 1er, 2 et 3 février 1980 au Havre, devant deux cents délégués venus de toute la France. L'association loi 1901 a été publiée au Journal officiel le 8 février 1980. Elle est née de la convergence de mouvements régionaux apparus après la manifestation parisienne du 22 septembre 1978.
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Qu'était la vignette moto et pourquoi a-t-elle disparu ?Il s'agissait de l'extension de la vignette automobile aux motocyclettes. Envisagée dès 125 cm³, la taxe a finalement frappé les machines de plus de 750 cm³ à compter de novembre 1980. La FFMC a appelé au boycott et constitué un collectif d'avocats pour défendre les motards verbalisés. La mesure, devenue difficile à appliquer, a été retirée en juin 1981.
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Pourquoi les glissières de sécurité sont-elles dangereuses pour les motards ?Les dispositifs de retenue relevant de la norme EN 1317 ont été dimensionnés pour les automobiles. Un motard qui chute glisse au sol, passe sous la lisse et heurte les supports verticaux. La solution défendue par la fédération consiste à doubler le rail d'une lisse basse, ou écran moto, prescrite par la circulaire n° 99-68 du 1er octobre 1999 dans certaines configurations.
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Qui a créé la Mutuelle des Motards ?Elle a été fondée à l'initiative de la FFMC et financée par environ quarante mille motards ayant versé 250 francs de capital et 30 francs de frais de dossier. Agréée le 15 septembre 1983 sous le nom de Solidarité Mutuelle des Usagers de la Route, elle a signé son premier contrat le même mois et son siège se trouve aujourd'hui à Pérols, dans l'Hérault.
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Que fait l'AFDM ?L'Association pour la Formation Des Motards, issue de la FFMC au milieu des années 1980, assure la préparation aux permis deux-roues et surtout des stages de perfectionnement post-permis sur la machine de l'élève. Elle propose aussi des modules thématiques, des stages spécialisés et un label destiné aux moto-écoles partenaires.
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Depuis quand le contrôle technique moto est-il obligatoire en France ?Le calendrier fixé par l'arrêté du 23 octobre 2023 est entré en vigueur le 15 avril 2024, après une décision du Conseil d'État du 31 octobre 2022 annulant le décret qui abrogeait la mesure. Le cadre européen est la directive 2014/45/UE du 3 avril 2014, qui vise les véhicules de catégorie L.

